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Le MMM : du bolchevisme à la social-démocratie

17 juillet 2005, 20:00

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A la mi-juillet 1980, une rumeur enfle et prend de l?ampleur. Il paraît que le MMM songe à mettre des glaçons dans son vodka marxiste communiste. On parle de nouvelle orientation politique, sinon idéologique. Les plus méchants titrent : ?Du bolchevisme à la social-démocratie !?. Ce terme déplaît souverainement au MMM. Il a le don de faire grincer les dents de son puissant secrétaire général. Les propos de Sirius ne sont pas faits non plus pour jeter du baume sur son c?ur meurtri. Cet éditorialiste parle de la ?social-démocratie : un mot qui fait peur?. Il fait ressortir que Bérenger avoue avoir changé d?optique politique. Il date ce changement aux élections de 1976 quand Bérenger avoue à Alain Gordon-Gentil : ?Je souhaite être dépassé par le changement?. (N?y voyons surtout aucune allusion à un changement nommé Navin Ramgoolam). Sirius pose la question : que se serait-il passé à Maurice si le MMM avait gagné les élections de décembre 1976, avant donc son changement d?orientation politique ? Il prônait alors des nationalisations pures et simples, sans compensation, la cogestion, le monocapitalisme d?Etat, l?abolition de la propriété privée. Le 25 juin 1980, le MMM hurle toujours ?jamais !? quand on lui parle de social-démocratie. Ce ?jamais? doit pourtant fondre comme neige au soleil. Le MMM se met graduellement à parler de changements dans les mesures à prendre, de réorientation, entre autres de sa politique étrangère. On se fait fort d?obtenir davantage de l?Occident impérialiste que n?ont pu le faire Ringadoo et Ramgoolam. Le MMM s?efforce de plus en plus de rassurer, bref de pactiser avec la bourgeoisie, risquant de perdre dans l?affaire son noyau dur et pur.

Au congrès de Rose Hill (Cinéma Hall) de la mi-juillet 1980, Paul Bérenger ne va pas encore jusqu?à adopter le terme honni de social-démocratie mais il parle déjà de socialisme autogestionnaire qui ne cesse d?évoluer positivement. Jugnauth s?empresse de corriger qu?il n?y a aucune comparaison entre le socialisme permanent du MMM et le socialisme électoraliste du PTr.

Bérenger s?explique : le MMM prône un socialisme auto-gestionnaire qui doit inévitablement évoluer, compte tenu des événements mondiaux et locaux. Cette évolution doit se faire de façon positive. Il estime que la révolution culturelle du MMM est entrée dans les m?urs mauriciennes. Le MMM s?est toujours inspiré d?un marxisme corrigé par la pensée libertaire. Il s?est toujours montré critique envers les pays communistes de l?Europe de l?Est. Il s?est toujours inspiré des événements mondiaux (Mai 1968, Prague 1968, crise énergétique, crise alimentaire, scandales locaux). Il tient compte de l?expérience parlementaire acquise.

Bérenger explique le socialisme suivi par le MMM depuis 1970. Il réfute les allégations selon lesquelles ce parti est devenu occidentalo-centriste. Il admet que ce parti au pouvoir est condamné à changer. Il rappelle que le débat sur l?orthodoxie idéologique du MMM date de 1970. On y parle déjà de socialisme pourtant. Les multiples débats à ce sujet prouvent en tout cas l?existence du droit de tendances en son sein. Il est donc inévitable que son socialisme change depuis 1969. Il continuera d?ailleurs à subir d?autres changements à l?avenir. Cela ne met aucunement en cause son socialisme autogestionnaire foncier.

Le MMM a créé à Maurice une véritable révolution culturelle. L?existence de tendances en son sein plaide en faveur de l?existence d?une démocratie militante. Pour Bérenger, les militants sont des ?enfants de Mai 1968?, les enfants d?un mouvement contestataire dans lequel on injecte des idées libertaires et autogestionnaires. Bérenger considère que les expressions comme ?dictature du prolétariat? ont été faussées et polluées par ce qui se passe dans les pays d?Europe de l?Est.

Le MMM ne veut pas faire de la population mauricienne une société communiste comme celles qu?on voit en Europe de l?Est. Il tiendra de plus en plus compte des données économiques locales et de l?expérience parlementaire acquise. Au pouvoir et confronté directement aux problèmes sociaux-économiques, le MMM risque fort de se mettre à dos son noyau idéologique le plus dur. Le travail bâclé sera un autre risque de recul. C?est qu?il n?y a pas de solutions miracles. Il devra aussi tenir compte des efforts de la droite capitaliste pour mettre le bâton dans les roues d?un gouvernement socialiste autogestionnaire. La mobilisation populaire et syndicale demeure donc nécessaire.

Jugnauth accuse le PTr de brandir le slogan socialiste seulement à des fins électoralistes. La GWF est prépondérante dans la lutte des travailleurs. La dignité de ceux-ci sera toujours respectée. Ils doivent avoir une part appréciable de la richesse qu?ils produisent. Il dit s?être toujours opposé au courant révolutionnaire au sein du MMM pour soutenir le courant électoraliste. Les faits lui ont donné raison. Il termine en parlant du fiasco de l?économie mixte.

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