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Le miracle italien

9 juillet 2006, 20:00

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Dieu a reconnu les siens. Et ils sont italiens. Ainsi soit-il.

Hier soir, à Berlin, capitale du monde, carrefour de l?histoire, il est donc revenu à Fabio Cannavaro, capitaine courage de la Squadra Azzura, l?immense et le rare privilège de soulever le plus précieux sésame de l?humanité, cette Coupe du monde qui fait tourner toutes les têtes, qui symbolise mieux que tout l?excellence, le pouvoir, la foi.

La boucle est bouclée. Et désormais l?histoire d?Italie s?écrira avec Cannavaro. Aux côtés de Jules César, de Leonardo Da Vinci, d?Enzo Ferrari. Irréelle, déplacée la comparaison ? Peut-être, mais c?est comme ça ! Car le football, opium du peuple, élément fédérateur, lien entre les générations, n?a de cesse, au gré des exploits des uns et des autres, de revendiquer une place à part dans l?histoire.

Cannavaro, dont la modestie n?a d?égale que le talent, peut, lui, sereinement tourner le dos à une carrière qui fut, à n?en pas douter, exemplaire, lui l?essuie-glace de service, la tour de contrôle, le poumon d?une défense italienne étonnamment solide et fiable.

Pour la France, le rêve est passé. Zinedine Zidane, son capitaine, son maître, son génie, son dévoué serviteur, méritait certainement une meilleure sortie. C?est encore d?un coup de tête que l?enfant de Marseille a fait basculer la finale. Mais, hier, il a choisi le mauvais moment, la mauvaise cible. Qu?importe, on retiendra de ce joueur qu?il a été, et c?est incontestable, le plus brillant, le plus élégant de sa génération. Zidane donnait du plaisir au ballon. Il était le football. Et on le regrettera.

On l?a déjà écrit ici-même, il n?est pas dans les habitudes de l?Italie, inventrice du catenaccio, de nous faire rêver. Pour Marcelo Lippi, caporal propulsé général, maître tacticien respectable et respecté, seul le résultat compte. Tant pis pour les puristes qui, comme nous, ont plus d?une fois dénoncé le style et les méthodes de la Squadra. À ce niveau, on l?a appris à nos dépens, la manière ne compte pas. L?histoire, en effet, ne retient que le nom du vainqueur.

Cette Coupe du monde, toute l?Italie la voulait. Elle est à elle. Pour quatre ans. Une parenthèse à l?échelle du temps, une éternité à l?échelle du football.

Ne s?effacera jamais, aussi, cette quatrième étoile qui sera greffée dès demain sur le maillot bleu ciel de l?Italie. Cannavaro, mais aussi Totti, Del Piero et Inzaghi, ses fidèles et glorieux compagnons d?armes, ne la porteront jamais, eux qui ne repartiront plus jamais au combat, usés qu?ils sont par l?âge et la gloire.

À Rome, comme à Milan, à Naples, à Gênes ou à Palerme, la même ferveur a accompagné les trois coups sifflés par l?arbitre Horacio Elizondo. A l?heure où nous mettions sous presse, la belle et fière Italie était déjà descendue dans la rue pour célébrer ses fils prodiges, pour célébrer ce qui, à défaut d?être la plus belle conquête du sport italien, n?en demeure pas moins sa plus surprenante, mais peut-être aussi sa plus mémorable.

Il y a seulement deux semaines, au sortir d?un match mal négocié face aux États-Unis d?Amérique, l?Italie s?était retrouvée, malgré elle, au pied d?une montagne. Lynchée par l?opinion publique, calomniée par la presse, cette Squadra-là, vieillie, saturée, donnait l?impression d?être au bout du bout.

?Dieu que nous avons été pitoyables ! Quelle honte pour l?Italie?, s?était lamentée la Gazetta dello Sport, qui, comme l?ensemble de ses confrères, croyait détenir le monopole de la vérité.

Et puis le miracle, version italienne. Contre la République tchèque, un réveil brutal. Contre l?Australie, une confirmation douloureuse. Contre l?Ukraine, un véritable récital. Contre l?Allemagne, une nette montée en puissance. Et puis, en finale, hier, à Berlin, face à la France, l?immortalité, la gloire, le bonheur?

En football, rien n?est écrit d?avance.

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