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Le militant Navin

2 mai 2004, 20:00

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La campagne électorale pour les législatives de 2005 s?est enclenchée avec les meetings du 1er Mai. Les discours des leaders ont permis de lever le voile sur les grandes orientations des deux camps.

Chez Navin Ramgoolam, une ligne directrice très claire se dégage. Son discours s?articule autour d?un seul axe : l?affrontement entre les possédants et les autres. Ce thème marxisant n?est pas tout à fait nouveau chez le leader du PTr mais l?extrémisme et la radicalité de ses propos ont surpris cette fois.

Déjà il avait profité du deal Illovo pour jouer sur les ressentiments à l?égard des capitalistes. Mais il était alors plutôt confus sur la notion de redistribution des richesses. Il était imprécis sur les mesures à prendre au cas où il reviendrait au pouvoir. Depuis, il a eu le temps de clarifier sa pensée. Il décrit aujourd?hui, outre une vision romantique de la lutte contre les capitalistes, les moyens concrets de combattre ceux qui possèdent les moyens de production.

Le leader du PTr n?hésite pas à promettre qu?il annulera des mesures prises par le gouvernement actuel concernant notamment Agalega et les projets IRS. Il se passe des non-dits. Sauf quand il fait l?amalgame entre le groupe IBL, la Mauritius Commercial Bank et Vanessa Lagesse. Il n?ose pas dire pourquoi il fait un lien entre ces trois sujets qu?il évoque, du reste, dans le même souffle.

Navin Ramgolam plonge dans l?histoire et va chercher dans des écrits de l?époque pour justifier son réquisitoire contre le MMM, qu?il accuse d?être l?instrument du gros capital. Sa posture ressemblait jusqu?ici à un gadget électoral destiné à séduire un segment social susceptible de succomber à un langage de haine. Ce n?est plus le cas. On a désormais l?impression d?entendre un homme de conviction. Peu importe, si la politique qu?il prône a conduit à la ruine de plusieurs économies, dont celle du Zimbabwe, tout récemment. Ses attaques contre les ?partisans de l?apartheid? et les ?groupes hôteliers? ne relèvent pas de la manipulation politique mais bien d?une profession de foi d?un authentique militant.

La répartition inégale des richesses est un sujet auquel est attentif un grand nombre de Mauriciens. Ce fait n?échappe pas au ministre des Finances, Pravind Jugnauth, qui a fait de la démocratisation de l?économie un des thèmes forts de ses dernières interventions. Il a créé des attentes. S?il rate l?occasion du budget pour annoncer des mesures symboliques, il risque d?attiser davantage les braises du front social.

Pour sa part, Paul Bérenger a placé la dernière année de son mandat sous le signe de la politique. Il dit avoir conçu un ?winning formula? en guise d?arrangement avec son partenaire, le MSM. Ce politicien expérimenté réalise qu?au-delà de la performance de l?économie, l?électorat reste sensible aux rapports de force entre groupes sociaux. Il mesure bien la portée symbolique des termes de l?alliance que son parti contractera avec le MSM. Sous peine de voir les deux partis affaiblis, il devra négocier un accord que les partisans du MMM trouveront honorable et ceux du MSM équitable.

Le leader du MMM se trouve depuis peu dans un état d?esprit consensuel mais sa tendance à se montrer généreux et désintéressé n?a pas que des conséquences heureuses. Il vient de donner son accord à un projet de réforme électorale vide de substance.

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