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Le MGI accueille une peinture insulaire

1 juillet 2007, 00:00

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Aujourd?hui plus que jamais, la peinture est avant tout un espace de liberté et de créativité. Chaque artiste se reconnaît le droit de peindre ce qu?il veut, y compris la surenchère la plus maladive et la plus pitoyable en matière d?originalité, et de l?exposer au public.

Cette quête de liberté, quand elle n?est pas l?affranchissement de certaines règles fondamentales, auxquelles certains ne parviennent pas à s?assujettir, faute de talents et de dons innés pour la peinture, date déjà d?un bon siècle et demi, pour ne rien dire des précurseurs qui, dès la Renaissance (pour ne pas parler, ici, des Arts Primitifs et autres Arts Nègres), ont été boudés par les pontifes et autres critiques de leur temps pour être ensuite ressuscités et comblés d?honneur et d?éloges par des connaisseurs .

L?art typique d?un pays donné est souvent assez uniforme pour tomber dans le simple artisanat, encore qu?à Maurice, y compris au ministère des Arts et de la Culture, on confond volontiers artistes et artisans, au point de baptiser Beaux-Arts ce qui n?est qu?un Bas-Arts ou bazar artisanal. Il paraît que ça rapporte un chiffre d?affaires d?un million de roupies. Inclinons-nous. Le Veau d?Or a parlé.

Il y a certes des exceptions de taille. La Grèce classique, par exem-ple, nous offre des dessins d?une grande finesse qui, pour être uniformes, confinent pourtant aux chefs-d??uvre et devant lesquels nos meilleurs dessinateurs, dont Picasso, Cocteau, Dali, Matisse, s?inclinent respectueusement. La peinture chinoise se reconnaît entre toutes, surtout quand elle uniformise et multiplie des chefs-d??uvre. On pourrait dire autant de l?art bouddhique et égyptien où la sérénité et même le sentiment d?éternité et d?immuabilité forcent le respect.

La soif insatiable de liberté

Il serait vain de nos jours de chercher ou d?obtenir des artistes d?un pays donné cette appartenance exclusive à une quelconque école de peinture ou de dessin et, a fortiori, le respect absolu des règles qui la régissent. Les artistes, réunis par la grâce d?Insul Art, n?échappent pas à cette soif insatiable de liberté et d?originalité. La diversité de leurs talents, exposés à Moka pendant une courte semaine, pour notre plus grand bonheur, en témoigne. Il n?y aurait donc pas encore de peinture insulaire, en dépit d?un grand renfort de pirogue amochée, de casiers suspendus, de dépôts de sel ou de sable blanc (faute d?y avoir goûté).

L?île tropicale figure certes et avec bonheur sur plusieurs toiles, grâce à la présence de palmes de cocotiers que le vent caresse, de fruits de la mer particulièrement réussis quand ils se résument, par exemple, aux seules ventouses pulpeuses à souhait du talentueux Afzal Shaafin Hasan des Maldives ou encore à l?élément à la fois liquide et marin de Françoise Hardy.

Devant d?autres toiles, on parlera plus volontiers de peinture tropicale ou encore universelle par la grâce d?une surenchère en matière d?originalité qui transcende nos frontières géographiques ou douanières.

De toute façon, l?essentiel est ailleurs, dans ce moment de grâce artistique que représente, pour les amateurs de belle peinture, le bonheur d?admirer des ?uvres d?artistes venant d?une douzaine d?îles s?urs. Cette félicité réside dans la satisfaction de pouvoir admirer de nouvelles visions esthétiques, de nouvelles manières de les transposer sur toile.

Il y a, bien sûr, l?une ou l?autre supercherie. Laissons leur auteur et les organisateurs d?une telle exposition collective assumer leurs responsabilités. Les se-condes économisées, en ne nous attardant pas plus que nécessaire devant elles, nous permettront de passer davantage de minutes devant les toiles les plus à même de susciter notre admiration et notre contemplation attentive.

L?intelligence du contemplateur

Nous pouvons accorder la palme d?excellence aux silhouettes malgaches de Mamy Rajoelisolo. Nous pouvons même parler d?insularité tant la réussite manifestée, ici, nous renvoie à coup sûr au Gauguin de Hiva-Oa. La touche malgache se retrouve avec bonheur dans ces silhouettes drapées de couleurs les plus nobles, allant du pourpre au violet foncé. Nous avons affaire à coup sûr à des pèlerins d?éternité.

Françoise Hardy a autant droit à cette palme d?excellence. Autant les silhouettes malgaches précitées illuminent la première salle, autant ses trois toiles attirent le visiteur dans la deuxième salle. Un vestibule, en fait, aux frontières de l?originalité en liberté non surveillée. La peinture abstraite règne en maître chez Françoise Hardy. N?y cherchons donc aucune forme concrète. L?artiste nous invite seulement à plonger dans un élément aquatique et à ouvrir les yeux pour admirer les con-tours colorés d?un élément fascinant car foisonnant de teintes bleutées, les unes plus étincelantes que les autres.

Nous avons déjà dit tout le bien que nous devons penser des ventouses pulpeuses d?Afzal Shaafin Hasan des Mal-dives. Nous retenons surtout, de ce pein-tre talentueux, son habileté à donner la priorité voulue à l?essentiel, en réduisant au minimum la place accordée aux détails.

L??uvre est intelligente car elle fait confiance à l?intelligence du contemplateur. Nous aurions aimé retrouver cette retenue dans le plant lafouche du Seychel-lois Georges Camille. Nous frisons, ici, la saturation en raison des multiples couches de peinture épaisse, déposées sur chaque centimètre carré d?une toile de grande surface. Du même Camille, nous préférons et de loin ses compositions graphiques se contentant d?un plat de poisson et de noix de coco-fesse qu?accompagne un assortiment de silhouettes humaines délicieusement africaines.

Le Comorien Abederemane Abdillah excelle dans une peinture-vitrail qui n?est pas sans rappeler un Fernand Léger qui abandonnerait ses silhouettes humaines massives pour une mosaïque-fête aux couleurs virevoltant autour d?un croissant lunaire blafarde à souhait et cernant un cercle verdâtre.

Nous pouvons attribuer les mêmes vertus à des silhouettes humaines faites de planchettes espacées sur fond mural bleuté. Mala Ramyead prouve qu?un peu d?imagination artistique suffit à meubler adéquatement de grands espaces.

La grâce d?une seule pointe de stylo

Le Sri-Lankais Thisath Thoradeniya parvient à la même réussite, mais par la seule grâce d?une pointe de stylo, crayonnant à multiples reprises un couvre-chef militaire sur fond de chaînes montagneuses, le tout perdu dans une immensité incolore que relèvent simplement une ou plusieurs armes blanches.

Nous lui devons également un baluchon en forme de bicorne napoléonien, posé sur un paquet de cannes à sucre, particulièrement réussi car il nous transporte plus sûrement dans la Martinique de Joséphine de Beauharnais que la chambrée de sportifs célèbres de Jean François Boclé, le compatriote de cette veuve, née Tascher de La Pagerie.

Notons pour terminer quelques réussites particulières, comme ce lagon vu à travers l?ouverture d?un casier de Nirmal Hurry, sans que nous sachions si le poisson, que nous sommes, est déjà capturé ou sur le point de l?être car la boette est tentante. Nirmala Luckeenarain renouvelle la photo de pirogues dans le lagon en les éloignant afin de centrer le point focal sur un dessin de dodo flottant, au fil de l?eau, au premier plan. Les lithographies de Pratibha Sarkar d?Andaman parsèment joliment cette exposition qu?on visitera toujours avec profit, cette semaine.

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