Publicité

Le messager de la mode

29 novembre 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Au point de lui faire décrocher le premier prix de stylisme dans la catégorie professionnelle. Cela peut avoir l?air banal dit ainsi mais Emilien Jubeau ne s?attendait pas à remporter ce premier prix. Trois jours après son sacre, il est clair que ce jeune homme de 23 ans, diplômé en stylisme auprès de l?Industrial and Vocational Training Board, en est encore presque à se pincer pour vraiment prendre conscience qu?il ne rêve pas. Il explique pourquoi l?annonce de sa victoire l?a pris de court. «Le thème sur lequel les stylistes étaient invités à travailler était l?environnement. Lorsque j?ai décidé d?y participer, je me suis dit que les autres stylistes réaliseraient probablement des collections de vêtements inspirés de la nature, donc verts. Moi, j?ai décidé de miser sur l?environnement social avec mon concept Guerriers de Foi. La couleur que j?ai utilisé est le grayscale, terme graphique qui est un mélange de blanc et de noir pour donner un gris particulier. Lorsque les organisateurs ont pris connaissance de mon concept, ils étaient très surpris. J?ai alors pensé que j?étais peut être hors sujet»?

C?est relativement tard au cours de son développement éducatif, c?est-à-dire en Form IV, qu?Emilien qui fréquente le Curepipe?s College, découvre qu?il est doué pour l?art. Son enseignante d?alors l?encourage vivement à persévérer dans cette voie. Il l?écoute, optant non seulement pour l?art mais aussi pour le Design and Communication dans lesquels il obtient des jolis résultats de School Certificate. N?étant pas très intéressé à poursuivre plus loin ses études académiques, Emilien se fait admettre à l?IVTB en pensant qu?il va se spécialiser en graphisme.

Mais après le cours d?art et de design de première année, il réalise que le stylisme est beaucoup plus vaste que le graphisme qui lui, ne s?arrête qu?à l?ordinateur et au papier. Il complète donc ses études en Fashion Design. Cet hyper créatif décide tout de même de mettre à l?épreuve son avis sur la question et d?apprendre le graphisme dans une agence de publicité. Il se retrouve à DIMAGE, boîte dirigée par le graphiste et photographe Daniel Villiers. Ce dernier a de grands projets. «Il m?a formé en graphisme et j?ai tout appris sur le sujet de lui. Son projet était de développer le côté textile et moi, j?allais y apporter la touche graphique. Même si je préfère le stylisme qui est de mettre des vêtements en forme, force est de reconnaître que les motifs sur le textile sont de nos jours graphiques car réalisés par ordinateur».

Le hic est que Dimage connaît certaines difficultés. Emilien décide alors de prendre le large. Il reste cinq mois sans rien faire car il ne veut pas faire du stylisme commercial rien que pour gagner sa vie. A force de cogitations, il a une idée lumineuse qui, mise sur papier, donne le concept des Zarbiens qui est de réunir toutes les formes d?art. Concept qui accroche et donne lieu aux manifestations que l?on sait. Depuis, Emilien a pris ses distances de ce mouvement «qui a pris un tournant plus social que culturel, tout en donnant un coup de main» aux têtes pensantes de ce mouvement. Tout comme il réalise bénévolement les affiches graphiques de concerts organisés par son ami, Gavin Poonoosamy, au pub Laribluz à Curepipe.

Un jour, sa route croise celle de Ben Mootoocurpen, jeune entrepreneur à la tête de Heaven Multimedia Ltd, société de chat-sms. Celui-ci veut promouvoir de jeunes talents. Ensemble, ils conçoivent une marque de vêtements décontractés mais dont la réalisation effective coûterait quelques millions de roupies. Argent qu?ils n?ont bien évidemment pas. Ils en seraient restés là s?il n?y avait eu le Festival de la Mode.

Ben Mootoocurpen décide de parrainer Emilien pour qu?il participe à cette manifestation. Le jeune styliste accepte et réfléchit au concept qu?il veut développer. Il a en tête un conte particulier autour d?une île qui pourrait bien être Maurice et qui souffre des ravages du racisme et de la drogue. Ceux qui peuvent sauver l?île, ce sont les Guerriers de Foi, élus divins non-armés qui, par leurs méditations au jardin de la foi, dégagent une fumée nommée Métisse. Emanations qui se propagent et apportent la paix.

A partir de là, Emilien élabore trois costumes pour hommes qui ne sont pas sans rappeler les tenues des guerriers mongols. Les matières qu?il utilise et sur lesquelles il imprime des motifs religieux - car c?est de paix dont il est question -, sont la dentelle, le coton et la laine qu?il marie. «J?aime la fusion. Je suis un grand adepte du métissage car je crois que c?est la solution aux divisions». Certes mais métissage ne signifie-t-il pas perdre son identité originelle ? «On la perd un peu certes mais on gagne beaucoup. On crée quelque chose de tout nouveau. Par exemple, en mélangeant le noir et le blanc, on a le gris».

<I>«J?ai décidé de miser sur l?environnement social avec mon concept «Guerriers de Foi». La couleur que j?ai utilisé est le grayscale»

Etant un perfectionniste, il met un mois et demi à peaufiner cette collection, travaillant jusqu?à 4 heures du matin à tout fignoler et à préparer un portfolio en français, anglais et créole. Il confie à Stéphane Bellerose la réalisation d?un petit film explicatif de la collection en créole, langue qu?il adore. Film sous-titré en français et qui est projeté en boucle dans le stand qui lui a été alloué.

Comme il l?a dit plus haut, lorsqu?il présente son concept aux organisateurs, de par leur attitude, il a l?impression d?être passé à côté du sujet. Mais au fur et à mesure que se déroule le Festival, il reçoit des félicitations pour sa collection. Celles qui le touchent particulièrement viennent du styliste Mario Guillot, créateur du concept et de la marque IV Play. «On a tous été fan de IV Play à un moment ou à un autre. Et recevoir des compliments de Mario Guillot, ça voulait dire beaucoup pour moi».

Il ne comprend pas non plus l?effervescence de certains membres étrangers du jury à se faire photographier avec lui. Il est tellement stressé que les participants lui donnent le surnom d?Emilien l?Ouragan. Il obtient la réponse à toutes ses interrogations samedi dernier au cours de la Nuit de la Mode. Emilien dit devoir beaucoup à sa mère qui l?a aidé dans ses travaux de sérigraphie et à ses amis ? Daniel Villiers, Tati Fidou Vishpa, Ghalib et Clara ?- qui l?ont beaucoup soutenu.

S?il n?a reçu qu?un trophée, Emilien s?est fait plusieurs contacts intéressants, notamment des étrangers basés à Maurice qui l?ont sollicité pour le design d?une collection de vêtements casual. Il a été mis en présence de deux autres propositions toutes aussi intéressantes. Mais Emilien n?a pas encore dit oui car sa loyauté va à Ben Mootoocurpen qui l?a aidé. «Tout dépendra de lui et si on va de l?avant avec le lancement de la marque que nous avons créée».

En fait, le rêve d?Emilien serait d?avoir toujours les coudées franches pour créer un concept et une collection engagée à partir desquels il pourrait décliner des modèles plus commerciaux.

C?est tout le mal qu?on pourrait lui souhaiter?

Publicité