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Le mauvais cinéma des braqueurs

3 septembre 2006, 00:00

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Ils avaient monté de véritables opérations commando. Armés et déterminés, ils braquaient des hôtels avec une facilité déconcertante avant de prendre la fuite en hors-bord. Désiré Miguel (45 ans), Boatman au Pavillon, Yanesh Chimajee (21 ans) et son frère Ravindra (17 ans), Jean-Fernando Labonne (22 ans), skipper, et France Auguste (21 ans), mécanicien, croyaient être de vrais caïds.

Tel aurait pu être le cas, mais ces habitants de La Gaulette ont du jour au lendemain commencé à afficher leur « réussite » financière. Ce qui n?a évidemment pas été sans soulever des interrogations chez les habitants du village mettant par extension la puce à l?oreille des enquêteurs.

À La Gaulette, l?arrestation des cinq suspects fait jaser. Ces derniers, expliquent ceux qui les connaissent, étaient quelque peu turbulents mais « ne faisaient de mal à personne ». Un voisin concède cependant que les cinq compères étaient, depuis quelque temps, « plus proches » et faisaient souvent des virées ensemble. Et pour cause, ils dépensaient sans compter leur argent mal acquis qu?ils « récoltaient » depuis le début du mois d?août.

Le gang frappe le 3 août

Le gang de braqueurs frappe en effet pour la première fois le 3 août à l?hôtel Berjaya. Encagoulés et armés, les malfrats accostent auprès de la boat house en hors-bord, avant de se ruer dans le hall de l?hôtel. Le gardien de sécurité, pris par surprise, ne peut se défendre. Ils l?obligent, sous la menace d?une arme blanche, à les conduire à l?auditeur. Ce dernier expliquera plus tard aux policiers qu?il revenait des toilettes lorsque trois des cinq suspects ont pointé sur lui une arme à feu, le forçant ainsi à leur remettre l?argent de la caisse. Les malfaiteurs font alors main basse sur Rs 89 000 et deux enveloppes contenant des devises. Après quoi, ils partent comme ils sont venus, en hors-bord. Et les recherches entreprises par la police peu après pour retrouver les malfrats ne donnent rien. Même l?hélicoptère de la police, sollicité pour aider aux recherches, ne peut retracer l?embarcation?

Grisés par leur premier coup, les cinq compères récidivent. Treize jours plus tard, ils font irruption à l?hôtel Indian Resort, à Rivière-Noire. Là encore, le scénario est sensiblement le même. Ils prennent en otage le directeur et le forcent à les mener à l?auditeur de nuit qui se trouve dans un bureau à l?étage. Sous la menace d?une arme, celui-ci est contraint de remettre aux braqueurs environ Rs 450 000 dont une partie en devises.

Le mode opératoire est le même

Le mode opératoire de ces voleurs reste invariablement le même. Désiré Miguel et Jean-Fernando Labonne, qui connaissent bien les hôtels, sont aux commandes du hors-bord. Il leur incombe d?accoster et de se tenir prêts à repartir en vitesse si besoin est. Yanesh Chimajee, son frère Ravindra et France Auguste doivent eux « intercepter » un employé de l?hôtel qu?ils obligeront ensuite à les conduire au coffre. Désor-mais bien rodés, les compères veulent passer à la vitesse supérieure et amasser un butin plus important.

C?est ainsi qu?ils choisissent de s?attaquer au Pavillon. Les suspects, menés par Désiré Miguel, qui est employé dans cet hôtel, pénètrent à l?intérieur de l?établissement aux alentours de 3 h 30 du matin. Mais là, les malfrats ne parviennent à mettre la main que sur Rs 1 400. Déçus, ils refusent d?en rester là et décident de s?en prendre immédiatement à un autre établissement hôtelier, en l?occurrence Le Paradis, situé non loin de là.

Toujours armés de sabres, les suspects pénètrent dans le hall, désert, et se jettent sur le réceptionniste de garde. Ils le forcent à leur remettre l?argent que contient la caisse, soit Rs 16 500. Les braqueurs exigent ensuite d?être conduits à la salle des coffres où sont entreposés de l?argent et des objets de valeur qui appartiennent aux clients de l?hôtel. « Ouvert kof for la sinon nou koup twa », lancent les malfrats. Deux d?entre eux accompagnent l?employé de l?hôtel au coffre-fort, pendant que les trois autres s?assurent que personne ne vient les déranger.

Mais profitant d?un instant d?inattention des bandits, trop occupés à surveiller leurs arrières, le réceptionniste arrive à s?engouffrer dans la salle des coffres et referme la porte sur lui avant que les suspects n?aient le temps de réagir. Une fois à l?intérieur, il actionne l?alarme. Les bandits, tentent d?enfoncer la porte, puis décident de à prendre la poudre d?escampette au moment même où les gardiens de sécurité arrivent.

Les policiers, avertis d?un braquage à l?hôtel Le Pavillon, arrivent alors sur les lieux. Mais une fois de plus, les opérations de recherches ne donnent rien. Et comme les malfaiteurs sont masqués, les bandes de vidéo surveillance des différents hôtels ne sont d?aucune aide. Toutefois, la présence de plusieurs patrouilles de police dans la région a pour résultat de dissuader un autre braquage, cette fois, à l?hôtel Dinarobin. Mécontents du montant de leur butin, les braqueurs avaient, en effet, envisagé de monter une troisième opération avant de se replier. Mais ils se ravisent, craignant de se faire prendre par les nombreuses patrouilles de police à proximité des hôtels.

Un étalage de richesses

Les malfrats n?auront cependant pas le temps de profiter de leur butin. Ils rechignent en effet de devoir attendre un peu pour se faire oublier et préfèrent faire étalage de leur fortune aussi subite qu?étonnante. « Zot ti bann ti dimounn ek enn zour, ou nek truv zot roul dan gros loto ek aste meble mett dan lakaz », explique un habitant de la localité, à qui le nouveau mode de vie de ces cinq comparses n?a pas échappé. Les « nouveaux riches » louent en effet des voitures et font des achats qui, un mois auparavant, étaient au-dessus de leurs moyens. C?est cet étalage de richesse qui a mis la puce à l?oreille des policiers. Résultat des courses : la bande a été appréhendée mardi par la Criminal Investigation Division (CID) de Plaines-Wilhems-Black-River.

Plusieurs unités de police avaient été mobilisées pour ce faire. L?arres-tation des cinq hommes n?a surpris qu?à moitié les habitants de La Gaulette, qui se doutaient bien qu?ils n?avaient pu obtenir honnêtement autant d?argent en si peu de temps. Le hors-bord utilisé pour commettre les braquages a également été retrouvé par les policiers à Rivière-Noire, dissimulé sous une bâche. Traduits en cour mardi, les suspects ont été placés en détention. Comme quoi, bien mal acquis ne profite jamais.

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