Publicité
?Le mauvais caractère de Bérenger a détruit le rêve de 1982?
Par
Partager cet article
?Le mauvais caractère de Bérenger a détruit le rêve de 1982?
● Vous avez été un des protagonistes du premier 60-0, dont on célèbre aujourd?hui les 25 ans. Quel regard portez-vous sur cette période ?
En 1982, Maurice était bloquée. Le gouvernement ne pouvait plus prendre de décisions. Il y avait de la fraude, de la corruption, des ministres ont dû démissionner. Le pays avait besoin de respirer, il fallait un nouveau départ.
Mais pendant la campagne électorale, il y a eu les premiers problèmes. Sir Anerood Jugnauth, en tant que leader, parlait en dernier, aux meetings (après Paul Bérenger et Harish Boodhoo, NdlR). Mais à ce moment, la moitié des gens quittaient les meetings. Il y avait un certain complexe d?infériorité chez sir Anerood Jugnauth.
Après les élections, les problèmes ont encore surgi au sein du Mouvement militant mauricien (MMM). D?abord, avec le partage des ministères, les choix ont été déterminés par l?appartenance communautaire et non par rapport aux compétences.
● Comment expliquez-vous de telles dissensions ?
Pour expliquer le désastre qu?il y a eu après 1982, il faut regarder ce qui s?est passé également en 1993, 1997, 1998, 1999 et après 2005. Après 1993, le MMM s?est cassé en deux et la crème du parti est partie. En 1997, Paul Bérenger est sorti du gouvernement Parti travailliste-MMM. En 1999, l?alliance MMM-Mouvement socialiste militant s?est cassée?
En d?autres mots, l?histoire a prouvé que Paul Bérenger est la cause des cassures, des déceptions du peuple. Parce que, comme en 1982, en 1993 ou en 1997, il ne peut pas s?adapter au sein d?une structure. Il ne peut pas accepter qu?il y ait des gens plus intelligents qui ont de meilleures idées ou projets.
En 1982, il ne pouvait pas s?adapter à une structure, aux règles. Il veut les changer. En 1982, c?était le bureau politique (du MMM, NdlR) qui avait la préséance sur la Constitution. Alors que c?est le contraire qui doit prévaloir et c?est la Constitution qui est sacrée. Il n?a pas pu s?adapter?
● Quelle était la situation au sein du gouvernement de 1982 ?
Chaque réunion du cabinet était un cauchemar pour la plupart des ministres. La veille, certains ne dormaient pas. Paul Bérenger faisait régner la terreur. Même sir Anerood Jugnauth restait tranquille. Les ministres venaient se plaindre à moi ou à Jean-Claude de l?Estrac. Dès les premières réunions du cabinet, le germe de la destruction était là (?).
J?ai été un rempart au sein du gouvernement contre la dictature, la violence, les nationalisations. 10 000 personnes avaient encerclé la maison de sir Seewoosagur Ramgoolam, le 12 juin. J?ai suggéré aux dirigeants MMM-Parti socialiste mauricien (PSM) de lui rendre visite. Certains n?ont pas apprécié? Et quand sir Gaëtan Duval et Nicol François ont été désignés comme best losers, il y a eu des manifestations violentes devant l?Assemblée nationale.
Il y a eu les premières bagarres au sein du MMM, contre Kader Bhayat. Paul Bérenger a réclamé sa révocation. Encore une fois, le bureau politique est passé outre la Constitution? Puis cela a été contre sir Anerood Jugnauth? J?ai rallié tout le monde autour du Premier ministre et réclamé que la Constitution ait la préséance.
En octobre 1982, Paul Bérenger voulait mettre Ramduth Jaddoo à la place de sir Anerood Jugnauth. Puis le bureau politique a pris la décision de mettre dehors le PSM (?). Après les élections de 1982, Paul Bérenger a coupé le contact avec tout le monde. Aujourd?hui encore il agit de cette façon (?).
● Et quelle était la situation dans le pays, à cette époque ?
Elle était comme en 1967, il y avait un regroupement des minorités et du secteur privé avec Paul Bérenger et la communauté majoritaire et quelques groupes avec sir Anerood Jugnauth et moi.
Paul Bérenger s?était mis à dos les États-Unis, l?Inde, la Chine? Lorsque j?ai invité (l?ancien Premier ministre indien) Indira Gandhi à venir à Belle-Terre (village où réside Harish Boodhoo, NdlR), il ne m?a jamais pardonné.
Paul Bérenger recherche toujours un paravent hindou. C?était le cas pour Prem Nababsing, Anil Bachoo, sir Anerood Jugnauth et moi-même, puis Navin Ramgoolam et Ashock Jugnauth. Aujourd?hui, il est à la recherche d?un autre paravent (?).
Il est travailleur, discipliné, intelligent, il a rendu service aux travailleurs. Mais il n?y a pas de démocratie au MMM. S?il n?était pas un leader historique il n?aurait pas récupéré l?électorat de sir Gaëtan Duval, après 1967. Il n?aurait pas survécu politiquement (?). C?est le mauvais caractère de Paul Bérenger qui a détruit le rêve de 1982.
Propos recueillis par Thierry CHATEAU
Publicité
Publicité
Les plus récents