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Le marché des ACP n?est pas la priorité de l?UE

27 janvier 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Jayen Cuttaree, votre ministère et l?Unctad (United Nations Conference for Trade and Development) organisent depuis lundi un séminaire régional sur les grands dossiers à l?agenda de l?économie mondiale. Quel est l?objectif d?un tel atelier de formation ? </B>

Le plus grand problème que posent les négociations multilatérales est que tous les pays ne disposent pas de la même capacité à s?y engager. Les pays développés comme ceux de l?Union européenne (EU) et les Etats-Unis, de même que les grands pays en développement comme l?Inde et le Brésil disposent de ressources incroyables qui leur permettent de dominer les discussions au niveau mondial.

Les pays les moins avancés (PMA) et les petits pays en développement n?ont pas suffisamment de cadres formés à ces techniques de négociations. Ainsi, les négociations multilatérales ressemblent fort à une lutte inégale entre un pot de terre et un pot de fer.

Les pays en développement adoptent parfois des positions radicales qui ne sont pas dans leur intérêt. S?ils le font c?est faute d?avoir les outils et les cadres nécessaires pour une bonne analyse des enjeux.

Heureusement, il y a aussi la dimension politique qui permet aux petits pays de rétablir un tant soit peu l?équilibre et de compenser leurs faiblesses. Au niveau de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) il n?y a pas d?accord possible tant que tous les Etats membres ne sont pas d?accord. Les petits et les grands pays ont donc un vote égal. Cela protège les petits pays.

Les grands pays développés ont tendance à privilégier des accords bilatéraux pour créer des zones de libre-échange. Dans cette optique ils ne s?intéressent qu?à des économies ayant un potentiel commercial. Les Etats-Unis regardent vers Singapour et l?Afrique du Sud. L?Europe regarde vers l?Est.

Tout ceci pour dire que les pays puissants n?ont en fait pas besoin des négociations multilatérales. Malgré tout ce qu?on dit, l?OMC est véritablement ce qui protège les petits pays de la marginalisation dans le commerce mondial.

Le séminaire qui s?est ouvert lundi vise donc à aider les pays de la région à se doter du savoir-faire nécessaire pour s?engager dans les négociations multilatérales. Le ?capacity building? est un enjeu important et plusieurs institutions ? à commencer par l?OMC ? mais aussi l?UE et les Etats-Unis se sont engagés à former les cadres des PMA et en développement.

Maurice est un des rares pays où tous les cadres engagés dans les négociations commerciales ont été formés. Ils ont suivi des stages à Genève comme à Bruxelles pour se familiariser avec les réalités des négociations commerciales.

<B>A partir du 3 février, Maurice sera engagée dans des négociations cruciales avec l?UE concernant un accord de partenariat économique. D?abord, dites-nous pourquoi Maurice a choisi de s?aligner avec la région Eastern and Southern Africa (ESA) pour ces négociations ? </B>

L?origine du problème est que l?accord de Cotonou entre l?UE et le groupe des pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) est jugé incompatible avec les règles de l?OMC car les préférences commerciales prévues ne sont pas réciproques. Il faut donc un nouveau cadre où les ACP ouvriront également leurs marchés aux produits européens. Il a été recommandé que les nouveaux accords soient faits au niveau des sous-régions des ACP.

Le problème est que chaque région a ses propres spécificités et que cela risque de déboucher sur des accords différents selon les régions. Les ACP ont demandé des paramètres généraux pour assurer une certaine cohérence au niveau de chaque région. Le type de négociation proposé est important car il déterminera le genre de coopération entre l?UE et les sous-régions des ACP.

L?Afrique comprend quatre sous-régions, la Southern Africa Development Community (SADC), l?ESA, l?Afrique de l?Ouest et l?Afrique centrale. Les négociations ont déjà démarré dans les régions Afrique centrale et Afrique de l?Ouest.

Maurice appartient à la SADC comme au Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa). Nous avions donc un choix à faire. Tout en étant engagés envers les deux organisations, nous avons estimé qu?il serait économiquement plus logique de nous aligner avec le Comesa, ou plus exactement l?ESA qui en est une émanation. Le commerce régional que nous souhaitons voir se développer appartient davantage à cette région.

<B> Quels sont les enjeux des négociations qui vont s?ouvrir bientôt ? </B>

Ces négociations vont déterminer le type d?accord de partenariat avec l?UE. Elles détermineront aussi le degré de réciprocité que nous aurons à accorder à l?UE en termes d?ouverture des marchés.

Maurice n?a pas de ressources naturelles. Dans la conjoncture, les règles d?origine qui dicteront ce que nous pourrons exporter en hors taxes deviendront extrêmement importantes. Ces négociations sont également importantes pour nos exportations de sucre qui sont de plus en plus sous pression. Il y a d?une part la réforme de la politique agricole commune et d?autre part la remise en question du régime sucrier au niveau de l?OMC.

De plus, il n?y a pas que le commerce qui est en jeu. Au contraire, nous ne voulons pas que ces négociations se limitent à la dimension commerciale. Nous rechercherons aussi une assistance de l?UE ? financière et technique ? pour aider nos pays à se développer sur le plan économique. J?en ai déjà discuté avec le commissaire européen, Pascal Lamy.

Nous voulons que le nouvel accord de partenariat économique soit en fait une version améliorée de l?accord de Cotonou. Nous voulons obtenir davantage du nouvel accord.

<B>Il y a une première phase des négociations pour un accord cadre entre l?UE et l?ensemble des ACP. Cela semble n?avoir rien donné ?</B>

C?est vrai que cette première phase aurait dû avoir été bouclée depuis septembre 2003. Nous avons fait savoir qui nous n?étions pas heureux de la tournure des choses. Les négociations continuent parallèlement.

<B>Est-ce que ce n?est pas délibéré de la part de l?UE qui en définitive est peut-être plus intéressée au volet commercial qu?à l?aide au développement ? </B>

C?est moi qui ai présidé la première phase des négociations pour un accord cadre entre l?UE et tous les ACP. J?avais insisté que ces négociations devaient se tenir dans un climat de confiance et de bonne foi. Je n?ai aucune raison de douter de la parole de Pascal Lamy à ce sujet. Je lui avais dit que la crainte des ACP est que l?UE se désintéresse de notre sort et se désengage de notre cause. Je lui avais également expliqué que les ACP s?inquiétaient d?un éventuel éclatement de la cohésion du groupe. Pascal Lamy m?avait assuré que telle n?était pas l?intention de l?UE. De toute façon, ces négociations sont obligatoires.

<B>Dans la perspective d?une réciprocité commerciale avec l?UE, ne faut-il pas craindre que l?industrie locale n?arrive pas à survivre à la compétition des produits européens ? </B>

Quand il y a eu le protocole commercial de la SADC, nombreux sont ceux qui prédisaient que l?Afrique du Sud allait tuer notre industrie. Tel n?a pas été le cas jusqu?ici.

Il faut comprendre que l?ouverture des marchés se fera de manière asymétrique. Maurice a déjà un libre accès sur le marché européen mais dans le cadre d?un accord nous prendrons beaucoup de temps avant d?accorder un libre accès aux produits européens.

Nous établirons aussi une liste de produits sensibles et d?importance stratégique qui ne seront pas libéralisés. Outre ces précautions d?usage, ce qu?il faut comprendre aussi, c?est que les ACP ne sont pas le marché qui intéresse le plus l?UE actuellement. Leur priorité c?est le Brésil, l?Inde et la Chine.

<B>Certainement, mais même la plus petite entreprise européenne peut faire des dégâts sur le marché local ? </B>

C?est vrai qu?une petite entreprise européenne peut trouver le marché local ou le marché de la région ESA intéressant. Mais je le répète, le marché des ACP n?est pas la priorité de l?UE.

Quand nos pays se seront développés et que nous aurons un pouvoir d?achat plus important, certainement nous deviendrons des marchés potentiels pour l?UE. Mais nous n?en sommes pas encore là.

<B> Comment Maurice se prépare-t-elle à aborder ces négociations ? </B>

Le travail a démarré depuis longtemps. Il y a plusieurs groupes de travail qui travaillent chacun sur des secteurs et dossiers spécifiques. Il y aura une réunion de travail cette semaine pour une mise en commun. Le 2 février nos représentants à Bruxelles seront à Maurice et nous aurons avec eux ainsi qu?avec le secteur privé une autre importante réunion avant le début des travaux, le 3.

<B> Est-ce que ce sera facile de dégager une position commune avec l?ESA ? </B>

Je ne dis pas que ce sera facile mais on y arrivera. Des pays comme le Kenya, l?Ouganda, et Madagascar ont une identité de vue avec Maurice et une certaine cohérence concernant la stratégie de développement.

<B>Outre l?UE, Maurice recherche également un accord de coopération économique avec l?Inde. Pouvez-vous nous expliquer cette démarche ? </B>

Il est important pour un petit pays comme nous de multiplier le plus possible les partenaires économiques et commerciaux. Comme je vous l?expliquais plus tôt, les grands pays ont tendance à ne voir que les grands marchés et le risque est que des petits comme le nôtre se retrouvent finalement isolés.

Maurice a des partenaires commerciaux en Europe essentiellement. Notre éloignement géographique est un gros handicap pour le commerce des biens. Il est de plus en plus difficile pour nous de demeurer compétitifs.

Dans dix ou vingt ans le poumon de l?économie mondiale sera en Asie. Nous avons des relations très étroites avec l?Inde d?un côté et l?Afrique de l?autre notamment à travers notre appartenance à la SADC et au Comesa. Ce que nous souhaitons faire c?est d?établir avec l?Inde un accord qui nous permettrait d?intégrer l?immense marché asiatique. Si nous arrivons à attirer ne serait-ce qu?une goutte des investissements asiatiques, ce sera suffisant pour assurer notre développement économique.

Maurice a pour vocation d?être le pont entre l?Asie et l?Afrique. Nous croyons dans le marché régional, mais malgré tout, le potentiel africain ne s?est pas encore concrétisé. Maurice seule ne peut aider au décollage du continent. Nous avons besoin du soutien technologique de l?Inde pour pouvoir transformer les choses en Afrique.

En termes d?objectif politique, il n?y a rien de plus motivant que d?imaginer un tel axe de coopération Sud-Sud.

?Quand il y a eu le protocole commercial de la SADC, nombreux sont ceux qui prédisaient que l?Afrique du Sud allait tuer notre industrie. Tel n?a pas été le cas jusqu?ici.?

?Ce que nous souhaitons faire, c?est d?établir avec l?Inde un accord qui nous permettrait d?intégrer l?immense marchéasiatique. Si nous arrivons à attirer ne serait-ce qu?une goutte des investissements asiatiques, ce sera suffisant pour assurer notre développement économique.?

Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN

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