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Le maintien de Raffarin provoque des grincements au Parti socialiste
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Le maintien de Raffarin provoque des grincements au Parti socialiste
Le maintien à Matignon de Jean-Pierre Raffarin a nourri les réactions indignées de la gauche. Au PS, la nouvelle était quasiment vécue comme un cadeau supplémentaire après la déroute électorale de la droite aux élections régionales et cantonales. Mais chez les dirigeants socialistes se profile aussi comme une inquiétude : celle que le mouvement social puisse devenir le réceptacle de la colère des Français. « Je ne suis pas favorable à ce que la rue prenne la place des urnes », a souligné François Hollande devant la presse. « Il risque d?y avoir un mécontentement social très profond », relève pour sa part l?ancien Premier ministre Laurent Fabius. Aussi le PS suggère-t-il de faire des élections européennes, le 13 juin, une sorte de troisième tour électoral.
Le PS : une alternative politique
« En reconduisant Jean-Pierre Raffarin, Jacques Chirac choisit de poursuivre avec les mêmes équipes la même politique, avec les mêmes résultats. C?est plus qu?une erreur, c?est une faute », a asséné M. Hollande au cours d?une conférence de presse. « Il prend le risque d?aggraver la crise de confiance, les tensions sociales et les conflits. »
Alors que des manifestations étaient prévues les 2 et 3 avril, à l?appel de six syndicats (CGT, CFDT, FO, CFTC, UNSA et le G10-Solidaires), pour répondre aux journées de mobilisation sur la défense des droits sociaux lancées par la Confédération européenne des syndicats (CES), M. Hollande estime que « le pouvoir n?est pas sans rendez-vous avec le peuple. Les Français auront les moyens, a-t-il insisté, à l?occasion des prochaines élections européennes, de faire de nouveau entendre leurs voix. » Pour le premier secrétaire du PS, le président de la République maintient « un gouvernement à bout de souffle, sans autre mandat que celui de gagner du temps ».
Un peu plus tôt, M. Fabius dénonçait, dans un communiqué, la décision du chef de l?État de reconduire M. Raffarin, l?accusant de rester « sourd au message clair que lui ont adressé les Français les 21 et 28 mars ». « Plus que jamais, a ajouté le numéro deux du PS, c?est à la gauche, dans les régions et à l?échelle de la nation, de se montrer à l?écoute des Français, de les aider au quotidien et de préparer l?avenir. » En fin d?après-midi, juste avant la réunion du bureau national du PS, il condamnait une attitude qui « n?est pas à la hauteur de ce que devrait faire un chef d?État ». Devant le siège du PS, rue de Solférino, Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS de l?Assemblée nationale, renouvelait son accusation : « Oui, j?ai dit que Jacques Chirac a adressé un bras d?honneur au peuple français. C?est ahurissant qu?un Premier ministre désavoué à ce point ait le front de vouloir continuer à diriger un gouvernement », commentait pour sa part l?ancien ministre des Finances, Dominique Strauss-Kahn. Pour Jean-Luc Mélenchon, cofondateur du courant Nouveau Monde, il n?y a plus qu?une chose à faire : infliger à la droite « une nouvelle raclée électorale ».
La prolongation du vote-sanction devient donc, pour le PS, le nouvel enjeu des élections européennes du 13 juin avec un mot d?ordre qui pourrait se résumer, selon M. Fabius, de la façon suivante : « On nous prend pour des billes, confirmez. » Dans l?esprit de l?ancien ministre, il faut veiller, cependant, à conserver, comme lors des régionales, « l?équilibre » du scrutin entre le contexte politique et la nature de l?élection.
C?est donc une nouvelle campagne sur le vote « utile » que s?apprête à mener le PS. Une réunion de « coordination » devait d?ailleurs se tenir au siège du parti sur le sujet. « Nous dirons de nouveau aux Français, servez-vous de votre bulletin de vote », affirme Julien Dray, porte-parole du PS. « Ce sera une occasion supplémentaire pour les Français de dire non », a souligné l?ancien ministre des Affaires européennes, Pierre Moscovici.
Au-delà de ce rendez-vous, le Parti socialiste veut marquer son avantage de plusieurs façons. En mettant en application très rapidement ses engagements dans les régions et en montrant, enfin, au niveau national, que le PS représente bien l?alternative politique.
2004 Le Monde ?
Isabelle Mandraud
Distribué par The New York Times Syndicate
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