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Le maillon manquant

21 février 2004, 20:00

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Le classement d?un site mauricien dans la liste du patrimoine mondial devient un problème. C?est le directeur général de l?Unesco qui, sans le vouloir, a refroidi les ardeurs des autorités sur ce dossier. La déclaration de Koichiro Matsuura, annonçant que l?agence onusienne ne fera inscrire qu?un seul site local parmi les lieux-symboles du monde, met le gouvernement dans une situation délicate.

Voilà une nouvelle épine dans la chair du pouvoir. Nos gouvernants avaient cru réussir un coup de maître en faisant reconnaître deux sites comme lieux de mémoire à Maurice. Or, aujourd?hui, le sujet devient embarrassant. Le ministre de la Culture aura à faire preuve de beaucoup de doigté pour gérer la situation qui a été maintenant créée. Sa première réaction, après avoir entendu les précisions du directeur général de l?Unesco sur la question, étale au grand jour son désarroi. « C?est une question difficile dans un pays comme le nôtre », dit-il. Quel aveu d?incapacité dans la conjoncture !

L?alliance MSM-MMM s?égare et c?est le pays qui rate le train. La déconvenue enregistrée est l?aboutissement logique de la démarche parcellaire du gouvernement en matière culturelle. On l?a souvent dit, l?approche officielle qui consiste à appréhender la population dans sa diversité sans jeter des passerelles est une politique qui s?avérera divisionniste. Elle est vouée à l?échec.

Toutefois, il serait injuste d?imputer à l?actuel gouvernement seulement, l?absence de sentiment d?appartenance commune à la nation. Les différentes alliances qui se sont succédé au pouvoir n?ont pas entrepris de gros efforts pour que les Mauriciens s?approprient leur histoire. Nos compatriotes ont été encouragés à connaître les pays de peuplement. C?est une bonne chose. Nous savons d?où viennent nos ancêtres. Nous connaissons leurs souffrances, la douleur endurée en raison de la captivité, du travail forcé et de l?exil. Toutefois, nous ne savons pas grand-chose de leur vie en communauté sur le sol mauricien.

Nos ancêtres venus de différents horizons ont vécu ensemble, se sont côtoyés. Le Mauricien est métis. Etant entendu que l?identité n?est ni seulement un phénotype ni le résultat des seuls constituants ethno-religieux.

Mais hélas, les Mauriciens ont intériorisé l?histoire du pays comme une suite d?épisodes liés à des immigrations successives venant des différents horizons. Les lieux et les édifices symboles ne sont pas encore perçus comme des éléments du patrimoine national. Ils n?ont pas encore été appropriés par toute la nation. Et pourtant, on voulait que deux d?entre eux fassent partie du patrimoine mondial.

La requête du gouvernement mauricien à l?Unesco, pour louable qu?elle soit, est marquée par ce détestable souci clientéliste. Mais la nation mauricienne n?est pas une fédération de tribus. Il est possible de renverser la tendance et de trouver des sujets qui unissent les Mauriciens. Par exemple, Anjalay Coopen est bien le symbole du travailleur agricole tombé au nom de la lutte ouvrière. Sa communauté importe peu. Dans le temps, Siven Chinien et ses amis avaient pu ancrer en régions rurales le mythe de Ratsitatane l?esclave révolté.

Cette démarche unitaire, qui ignore les clivages ethniques, a été abandonnée au profit des initiatives perçues à tort ou à raison comme des « trade-off » ethno-religieux. Ce raisonnement privilégiant l?équilibre fabriqué a conduit à des blessures de part et d?autres. Il a contribué davantage à ériger des murs qu?à jeter des passerelles.

Ce sont les politiciens qui pourront influencer les choses et aider les Mauriciens à trouver ce maillon manquant dans la construction de l?identité nationale. L?un des politiques le plus attaché à l?unité nationale et le plus sincère dans la quête d?une meilleure entente entre les communautés est à la tête du gouvernement. Souhaitons qu?il parvienne à s?affranchir des lobbys dont il est l?otage et réaliser son rêve.

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