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Le long combat d?un père
Mardi, 16 h 15. Le verdict tombe à la cour d?assises. Prabhakar Takah, écope d?une peine de prison de 32 ans, alors que son complice, Sanjeeve Mungrah se voit imposer une peine de 26 ans. Tous deux ont été trouvés coupables du meurtre de Mujeeb Mir, un homme d?affaires indien, le 31 janvier 2005 à La Salette, Grand-Baie (voir hors-texte). Le verdict, prononcé par le juge Asraf Caunhye, plonge la salle dans un silence pesant.
Dans la salle d?audience, Ashraf Mir, le père de la victime, semble impassible. Il lâche simplement un soupir et échange des regards complices avec les membres de son entourage présents à l?audience.
Les excuses qu?a présentées Prabhakar Takah quelques minutes plus tôt ne semblent pas l?atteindre. Il quittera la salle d?audience tout aussi discrètement. Voilà plus de deux ans maintenant qu?il se bat pour obtenir justice. Deux ans qu?il remue ciel et terre pour que les assassins de son fils paient pour leur crime.
Détermination à obtenir justice
Le jugement rendu, c?est une satisfaction presque pudique qu?affiche cet influent homme d?affaires indien. « Il ne désire pas trop s?exprimer pour l?instant sur le verdict de la cour. Il préfère attendre de voir ce qu?il adviendra des autres suspects, avant de faire des commentaires », nous explique l?un de ses plus proches collaborateurs.
Depuis le début de l?affaire, Ashraf Mir est de toutes les audiences. Il ne compte plus ses voyages à Maurice pour s?entretenir avec ses hommes de loi et assister aux procès. Comme s?il voulait s?assurer que les meurtriers de son fils voient sur son visage la douleur d?un père, mais aussi sa détermination à obtenir justice.
Certains de ses proches craignent à l?époque qu?il ne délaisse son entreprise. C?était mal le connaître. Quand Ashraf Mir ne peut pas se déplacer, il envoie des proches. C?est ainsi que l?oncle de Mujeeb, Jayant Pal Singh, fera lui aussi le déplacement à Maurice pour représenter Ashraf.
Tous, amis, proches, et employés, se souviennent de cette tragique journée du 31 janvier 2005. « Nous n?avions appris le meurtre de Mujeeb que le lendemain. Nous n?arrivions pas à croire que cela puisse être vrai », laisse entendre un haut cadre de la société Cottage Industries Exposition Ltd, que nous avons joint en Inde.
Cette terrible nouvelle plonge la famille Mir dans une profonde douleur. Le père de Mujeeb, lui, est effondré. Il saute dans le premier avion à destination de Maurice pour s?enquérir de la situation. Il apprendra la torture qu?aura subie son fils, avant de rendre l?âme. « Apprendre la façon dont est mort son fils a été pour lui un véritable choc. C?est à ce moment qu?il a décidé de s?investir à fond pour que les meurtriers de Mujeeb soient jugés pour leur crime », nous apprend un proche de la famille Mir en Inde.
Depuis, il n?aura de cesse de se battre pour que justice soit rendue. Ce qui expli-que son incompréhension en mars 2006, lorsqu?il apprend que le Directeur des poursuites publiques (DPP) a accordé la liberté conditionnelle aux suspects arrêtés dans le cadre de l?enquête sur le meurtre de son fils. Il le fait clairement comprendre dans un affidavit juré en Cour suprême pour contester la décision du DPP : « The crime having been committed with such atrocity, we are baffled by the stand of the DPP in this matter. »
Indignation et amertume
On comprend sans peine son indignation et son amertume. Ashraf Mir ne sera toutefois pas autorisé à avoir recours au Conseil privé pour contester cette décision bien que les juges notent que la famille de la victime mérite une profonde sympathie pour la perte de leur proche.
Pour attirer l?attention de l?opinion publique, Ashraf Mir enchaîne les rencontres avec les hommes politiques du pays, ainsi qu?avec la presse. Même le Premier ministre indien, Manmohan Singh, évoquera le sujet avec de hautes personnalités de l?État, lors de sa visite à Maurice en 2005. Ashraf Mir mène une véritable campagne de sensibilisation tant à Maurice qu?en Inde pour réclamer justice. Il semblerait que tous ses efforts ont fini par payer.
Mais loin de se satisfaire de cette première « victoire », Ashraf Mir attend de voir la condamnation qu?écoperont les deux autres suspects arrêtés dans cette affaire, Digbeejaye Koonjul, dit Navin, et Ajay Dookee, alias Rajah. Leur procès s?est ouvert cette semaine. « Mais plus l?épilogue de toute cette affaire approche, plus le père de Mujeeb semble réaliser que tout cela ne soulage aucunement la douleur ressentie par la perte de son fils », note un des collaborateurs de l?homme d?affaires. Car rien, en fin de compte, ne ramènera Mujeeb à la vie?
Les faits remontent au 31 janvier 2005. Prabhakar Takah, 19 ans, employé chez Gray Security, monte la garde devant le campement de Mujeeb Mir, 34 ans (photo). Ce richissime homme d?affaires est l?héritier d?un empire de tapis persans en Inde et directeur de Cottage Industries Exposition Ltd. Il ne le sait pas encore, mais sa fortune fait des jaloux. Le jeune vigile, aidé de complices, a décidé de l?éliminer pour s?emparer de son argent. Son complice, Navin Koonjul, le rejoint à la nuit tombée. Celui-ci frappe à la porte de Mujeeb Mir en se faisant passer pour le réparateur du système d?alarme. Une fois à l?intérieur, les deux hommes se jettent sur l?homme d?affaires, avant de le rouer de coups.
Ils lui prennent ensuite sa montre Cartier, d?une valeur de Rs 300 000, et mettent la main sur ses cartes de crédit. Ils passent une nouvelle fois le ressortissant indien à tabac pour l?obliger à leur révéler les codes secrets.
Après s?être brièvement consultés, Navin Koonjul et Prabhakar Takah décident de se débarrasser définitivement de l?homme d?affaires, ne souhaitant laisser aucun témoin derrière eux. Ils font donc appel au jardinier Sanjeeve Mungrah, 28 ans, et placent leur victime, inconsciente, dans un sac poubelle avant de l?embarquer dans le coffre de sa voiture de location. Tous trois prennent la direction d?un champ de cannes, situé à La Salette, Grand-Baie. Mujeeb Mir est ensuite hissé hors du coffre. Ses trois tortionnaires, munis de pierres ramassées non loin de là, s?acharnent sur lui pour tenter de lui fracasser le crâne. Mais le malheureux s?accroche désespérément à la vie. Loin de renoncer, Navin Koonjul décide de l?achever en l?écrasant avec la voiture. En vain. Mujeeb Mir, gisant dans une mare de sang, continue de pousser des cris. C?est à ce moment-là que les trois complices choisissent d?immoler l?homme d?affaires. Ils ne lui laisseront aucune chance.
Ce crime d?une violence rare a terriblement choqué l?opinion publique, ainsi que les proches de la victime qui se sont longtemps battus pour obtenir justice.
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