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Le langage des pierres

13 février 2004, 20:00

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La petite maison de bardeaux de Bel-Etang, cachée du regard par une végétation luxuriante, est un écrin inattendu pour ce qu?y cache le propriétaire des lieux. Aucun signe de somptuosité. Aucune pancarte voyante. Saoud Khadim a choisi une autre manière de faire les affaires. Une manière plus délicate, plus subtile. Plus digne en somme du produit qu?il vend.

Saoud Khadim est diamantaire. « Nous recevons notre clientèle uniquement sur rendez-vous», explique-t-il. Son cocktail de bienvenue à la main, le visiteur déambule vers la pièce principale, la plus agréable, nichée entre deux arbres majestueux qui lui font une ombre rafraîchissante. Le décor très british achève de donner une certaine classe au lieu.

Braqués par des projecteurs telles des stars, les bijoux font de l??il aux nouveaux venus. Ils sont délicatement posés dans de larges présentoirs en velours, au centre de la pièce et le long des murs. L?atmosphère est feutrée. « Il est important de mettre les visiteurs dans un état d?esprit serein. » Serein ? Pas si sûr. Le c?ur s?emballe à la vue des rivières de diamants. Il s?accélère lorsque s?ouvrent les vitrines.

Ici, la pierre reine, le diamant, est portée en triomphe par une dizaine de topaze encore à l?état brut. Leur couleur apaisante détone avec le vert translucide du jade. Là, une ribambelle de petits diamants originaires d?Afrique s?est organisée pour rivaliser d?éclat avec les améthystes de la Grande île. Plus loin, des colliers de perle du Brésil, aux teintes chatoyantes, contrastent avec celles d?un gris presque mystique, acheminées des îles du Pacifique sud. Un tour du monde. « Je me rends personnellement dans ces pays pour choisir les pierres », admet le propriétaire des lieux, guidé dans son choix par l?expérience et l?amour des pierres précieuses.

A chaque occasion sa pierre

Valentin a dicté sa loi et obligé à faire de la place pour une multitude de pendentifs en c?ur, non moins prestigieux. Selon la demande du client, le joaillier peut incruster sur un c?ur en or massif, des diamants, des rubis, des émeraudes ou autres. Si monsieur craque, il offrira aussi le pendentif et les boucles d?oreilles assortis. Pour ceux qui auront choisi la date bénie pour joindre à jamais leur destinée, des alliances nuptiales, serties de diamants taillés en poire, complimentent l?iris. Une finesse que l?on jugerait suspecte : veulent-elles rendre moins lourd l?engagement aux jeunes couples ?

Ainsi, à loisir, bagues, gourmettes, chaînettes, chevalières rappellent combien l?orfèvre est artiste. C?est retranché dans une bâtisse située à quelques encablures de la joaillerie, au bout d?un petit sentier cahoteux qu?on le retrouve, penché sur son métier. Muni d?un appareil ressemblant à peu de chose près à une fraise de dentiste, à l??il nu, il procède avec minutie au sertissage des pièces précieuses. Il retient son souffle, une goutte de sueur perle au front. Réussir à placer avec précision quelques 85 diamants de quelques millimètres autour d?un saphir monté sur une bague en or mettent les nerfs à rude épreuve. « Nous n?avons parfois que quelques heures pour façonner une pièce et la livrer parce qu?un client doit prendre l?avion. Nous mettons alors tout en ?uvre pour le satisfaire dans le délai qui nous est imparti. »

Cette fois, pas de délai à respecter. Au bout de deux jours de concentration et de patience ? des conditions idéales ? l?homme est arrivé à bout du bijou. La dernière pierre est en place. Dernière vérification d?usage avant qu?elle ne soit exposée au regard de tous. La pièce sera ensuite méticuleusement rangée dans une vitrine en attendant d?être dévorée des yeux par ces dames.

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