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Le labyrinthe

19 janvier 2007, 00:00

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Espagne 1944. La petite Ofélia (Ivana Baquero) est horrifiée à l’idée de vivre dans la maison de cet homme que sa mère veuve a épousé, le très autoritaire et très cruel capitaine Vidal (Sergi Lopez), officier dans l’armée franquiste. Elle se retrouve devant un monde parallèle peuplé de créatures mythiques. Ce monde existe-t-il réellement ou est-il un produit de son imagination ?

C’est une question que Guillermo Del Toro, auteur (réalisateur et scénariste) du Labyrinthe de Pan, préfère laisser sans réponse ; peut-être parce qu’elle est sans importance. On pourra toujours avancer que pour échapper à l’horreur au quotidien, l’imagination humaine est parfaitement capable de se recréer un autre univers. À plus forte raison lorsque cette imagination est celle d’une petite fille avide de conte de fées.

Le côté mythique offre une échappatoire, mais ce royaume invisible dans lequel veut entrer la petite Ofélia est régi par des lois implacables. On admirera la façon dont Guillermo Del Toro met ces deux univers face à face : d’un côté, un régime fasciste triomphant personnifié par le beau-père, avec son lot de brimades, d’exactions et d’atrocités ; de l’autre, un monde habité par des fées, mais aussi par d’autres créatures moins rassurantes et au moins une qu’on trouvera carrément monstrueuse.

Bien que les deux univers soient présentés comme réels, le royaume invisible a un aspect visuel impressionnant, évoquant un côté sombre de Lewis Caroll ou encore, l’univers de Jean Cocteau, colorié de teintes tirant sur le rouge sang. Le faune, gardien du royaume est aussi magnifique qu’inquiétant et le spectateur ne risque pas d’oublier la séquence du festin et cet ogre dont les yeux se trouvent dans la paume des mains. Le film nous laisse établir un rapport entre cette créature malfaisante et le beau-père, ce dernier s’avérant bien plus monstrueux. De plus, il est très réel aussi ; c’est le genre de personnage auquel tout régime totalitaire est bénéfique, comme la crasse l’est pour les cloportes.

Guillermo Del Toro, cinéaste mexicain, a déjà montré un intérêt prononcé pour la Guerre d’Espagne. Ce conflit était la toile de fond de L’Échine du Diable, excellent film qu’il signait en 2001. Cette fois, bien qu’étant officiellement terminée en 1938, cette guerre est très présente, car la répression impitoyable qu’exercèrent les franquistes se prolongea bien longtemps après. Ce capitaine Vidal qu’incarne Sergi Lopez est une brute qui pratique la répression et la cruauté comme mode de vie.

Comme on pourrait s’y attendre, le personnage est aussi obsédé par la mémoire de son père qu’il tient à transmettre au fils qu’il attend de sa nouvelle épouse. N’étant pas doublé dans la version française, l’acteur garde son accent espagnol et curieusement, cela n’enlève rien à sa prestation. Au contraire, il n’en est que plus convaincant. Le reste de la distribution est également remarquable : Ivana Baquero incarnant à la fois l’innocence et le désespoir et Maribel Verdu héroïque dans son rôle de résistante. Car cette histoire comporte également des héros.

Le Labyrinthe de Pan est un film dont l’écriture est soignée jusque dans ses moindres détails. Tout y est cohérent, le mythe croisant la réalité sans qu’il y ait la moindre interruption dans le flot du récit. Et, Del Toro le scénariste parvient à maintenir l’intérêt de son public pour les deux aspects de l’histoire, le fantastique alimentant le réel et vice versa. C’est aussi un film contenant des images saisissantes, certaines bénéficiant d’effets spéciaux, certes, mais toutes démontrant une savante utilisation de l’espace et de la lumière. On se demande bien lequel des deux ovationne le plus : Del Toro le scénariste ou Del Toro le réalisateur ?

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