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Le judiciaire craint l?hémorragie
Travailler cinq ans de plus. Voilà une perspective qui fait beaucoup de mécontents au sein du judiciaire. Approuvé par l?Assemblée nationale, le Courts (Amendment) Bill repousse, en effet, l?âge de la retraite des juges de la Cour suprême de cinq ans. Il s?agit là d?une décision faisant suite à la publication du Pay Research Bureau (PRB). Cependant, certains seraient déçus de ne pas avoir été consultés avant l?adoption de cet amendement, et penseraient même à raccrocher la robe noire. Ce qui inquiète plus d?un, surtout au moment où le judiciaire fait face à un manque de juges qualifiés.
Face à cette situation, nombreux sont ceux qui pensent que le président de la République devrait surseoir son approbation de la loi et demander aux parlementaires de revoir leur copie.
Alors que le ministre de la Justice, Rama Valayden, parle de la mise en application des recommandations du rapport Mac Kay, les députés Alan Ganoo (MMM) et Fazila Jeewa- Dawreeawoo (MSM) ont fait part de leurs profondes divergences sur le fond, même s?ils confient être d?accord sur la forme. Certaines critiques sont émises par un éminent juriste très au fait de ce dossier. Il déplore la légèreté avec laquelle le ministre a fait son summing up lors des débats parlementaires.
Outre le manque de concertation avec les principaux concernés, c?est l?âge de la retraite, désormais fixée à 67 ans, qui fait débat. Alan Ganoo a confié son incompréhension, estimant que l?âge de la retraite des juges était fixé à l?étranger soit à 65 ans ou à 70 ans. « Les juges mauriciens, à l?inverse des juges britanniques travaillent sur tous les dossiers : juridiques, constitutionnels et criminels. Alors que leurs homologues britanniques travaillent sur les spécialisations. D?autre part, ils ne bénéficient pas de Research Assistant et n?ont pas la couverture médicale comme les juges britanniques. De ce fait, les juges mauriciens s?épuisent, car les conditions de travail ne sont pas optimales. Il aurait été plus judicieux de se pencher sur les conditions réelles des juges à travers une étude afin de connaître leurs desiderata », soutient Alan Ganoo.
« La majorité pourrait plier bagage à 62 ans »</B>
S?estimant désavantagés par le nouvel amendement, certains juges, proches des 62 ans, n?écartent pas la possibilité de faire valoir leur droit à la retraite.
« Si quelques juges seraient prêts à travailler jusqu?à 67 ans, la majorité d?entre eux pourrait plier bagage et se retirer avant ou au terme de leurs 62 ans, après avoir complété leur temps de service soit 33-1/3 ans », laisse entendre un membre influent du judiciaire. Et cela, explique-t-il, même s?ils devaient perdre une partie de leur pension. Un constat préoccupant qui alimente les conversations dans les couloirs du palais de justice.
En effet, cela pourrait décourager, certains ayant à attendre de longues années avant d?être promus comme Senior Puisne Judge ou comme chef juge. Avec l?actuel amendement, certains juges pourraient considérer qu?ils ont été privés de leur chance de pouvoir accéder aux plus hautes fonctions du judiciaire. Les juges estiment que tout prolongement pourrait leur être préjudiciable, car ils ne pourraient assumer de telles fonctions à un âge avancé.
Dans le milieu du judiciaire, on déplore qu?en dépit des points pertinents soulevés par les parlementaires, le gouvernement aurait voté cet amendement avec légèreté. Sans prendre en compte les points de vue des juges actuellement en fonction.
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