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Le jeûne : regard d?une convertie

13 septembre 2008, 00:00

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Comme débarrassée du superflu. Matériel et mental. Grâce à sa conversion de Hema à Faiza. Entre la cuisine longue comme un couloir et la chambre à coucher où il n?y a aucun meuble, Faiza Meenowah renvoie l?image d?une pénitente apaisée.

C?est sans saliver qu?elle fait sonner le psst invitant de la bouteille de boisson gazeuse, ouverte en guise d?accueil. La menue jeune femme de 28 ans n?est pas non plus incommodée par l?odeur alléchante des samoosa et des catless, qu?elle dispose sans effort sur une assiette creuse. Faiza se conscare pourtant tout entière au jeûne du ramadan.

D?une main preste, elle éloigne de sa bouche le gâteau que sa fille cadette lui tend. Cela fait plusieurs heures qu?elle n?a rien mangé. Mais rien n?y paraît. Le calme de sa ruelle, perpendiculaire à la rue Gorah Issac, à Port-Louis, est encore plus profond dans le deux-pièces où elle vit avec son mari et ses deux filles.

Malgré l?acné qui lui ronge les joues, son expression est lisse. Aucune trace des moments fort mouvementés de sa vie. Comme quant elle a suivi l?homme qu?elle aime, avec pour seul bagage les vêtements qu?elle avait sur le dos à ce moment-là. Pour ensuite, trois jours plus tard, embrasser la religion de celui-ci : l?Islam.

«Je n?ai jamais eu d?ambition», confie-t-elle. «Ma vie est celle d?une femme au foyer.» Pourtant, son histoire tient du romanesque. Ce sont les péripéties d?une jeune fille née dans une famille hindoue, qui, à 18 ans, fait le choix de devenir musulmane. Par amour.

C?était en 1999. Un soir où toute la famille se préparait à aller au cinéma voir Mann, film bollywoodien avec Aamir Khan à l?affiche. A l?époque, Faiza est une jeune fille, qui a arrêté ses études, après avoir complété sa Form V au SSS Soondar Manrackan à Montagne Longue. «Pour le fun», elle travaille à la section empaquetage dans l?usine de textile d?un proche.

Pour cette soirée cinéma, un des oncles de Faiza doit accompagner la famille. Il se pointe en voiture, en compagnie d?un jeune homme que Faiza ne connaît pas?encore. «La salle de cinéma de Quatre-Bornes était déjà comble. Le film était projeté à Port-Louis aussi, sauf qu?il ne restait que dix minutes avant le début de la séance». Le jeune homme, qui avait pris le volant,«ti rape sa zour là». Et ils arriveront à temps pour le film.

De fil en aiguille, l?amitié s?installe entre Faiza et le jeune homme. Quand celle-ci décide d?aller passer quelques jours chez le grand-père maternel, pour aider sa mère à soigner ce dernier, le jeune homme lui, n?y tient plus. Il se débrouille pour trouver un numéro de téléphone où la joindre. «Li dir moi li ena enn zafer bien importan pou dir moi.» Elle, tout étonnée, veut tout savoir, et tout de suite. L?impatience la ronge. Monsieur déclare qu?il lui dira ce dont il s?agit quand ils seront face à face.

Et le moment fatidique arrive. Le jeune homme lui avoue sa flamme. Que son absence lui a fait comprendre à quel point elle lui était indispensable. Il parle de mariage. Mais Hema, qui n?est pas encore devenue Faiza, dit non. «A koz so larelizion». Qui lui semble être un obstacle insurmontable. En vérité, «mo pa ti kone mem kouma li ete», confie-t-elle. Avant d?ajouter d?une voix plus forte, «jamais il ne m?a demandé de me convertir».

Quelques jours plus tard, le jeune homme réitère sa déclaration. Faiza, qui a pris le temps de réflechir, lui dit oui cette fois. «C?est parce que je me suis rendu compte à quel point il me manquait».

Sauf que la nouvelle provoque un tollé chez elle. Interdiction de sortir, d?utiliser le téléphone, de voir ses amis. Son père lui assène plusieurs paires de claques. Sa mère lui reproche son ingratitude.

Mais un jour où elle est seule à la maison ? malgré la précaution prise par sa mère et le téléphone débranché ? Faiza sort, trouve une cabine

téléphonique et appelle son chéri. Lui, délaisse les préparatifs entamés pour l?anniversaire de sa s?ur et accourt. Elle est frappée par ses paroles. «Zour tonn pare, moi monn pare pou pran to sarz.» Et ledit jour arrive très vite. Faiza le suivra sans rien emporter de son ancienne vie. Pas même sa brosse à dents.

Nouvelle scène, cette fois chez la belle-famille. Selon la tradition, une famille musulmane ne peut offrir son hospitalité à un non musulman au-delà de trois jours . Son futur beau-père lui demande de faire un choix. Soit faire «nikka», le mariage religieux ? synonyme de conversion ? soit repartir chez ses parents.

« Il parle de mariage. Mais Hema, qui n?est pas encore devenue faiza, dit non. ?A koz so larelizion?. Qui lui semble être un obstacle insurmontable.(?) jamais il ne m?a demandé de me convertir.»</I>

Il n?est pas question pour Faiza de regarder en arrière. Ce sera la conversion. «Li ti natirel», explique-t-elle. Comme si cela coulait de source. Presqu?une décennie plus tard, Faiza, qui depuis, a accouché de deux filles, dit qu?elle fréquente toujours la madrassa ? école coranique?, où elle apprend les «hadith», les paroles du prophète Mahomet.

Presque une décennie plus tard, quand elle évoque sa conversion et les changements que cela implique au quotidien, ses phrases courtes, presque laconiques, gomment les difficultés. Les révolutions toutes personnelles. De la jeune fille, «dingue», comme elle se décrit. La jeune fille de son temps. Vivant au sein d?une famille aisée de Montagne Longue, «kot ena depite, profeser». Où il suffisait de claquer les doigts pour que ses souhaits soient exaucés. Qui aimait porter mini-jupes et pantalons?

Aujourd?hui, selon les préceptes de la religion qu?elle a choisie, «il faut avoir du respect pour son corps». Ce qui pour elle se traduit par, «porter le ?tiouss? et des manches longues tout le temps».

Et son premier ramadan ? Egale à elle-même, Faiza redit qu?elle n?a rencontré aucun problème particulier pour s?adapter au rythme du jeûne. «Au contraire, mo bolom pa ti pe leve, me moi mo pa ti pe rat ler».

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