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Le jazz des sommets se porte bien

26 novembre 2005, 00:00

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L?affiche était alléchante. Le concert a fait sortir une évidence. Il a porté et imposé des artistes locaux dont le style est à mille lieux de la mouvance commerciale, vers des sommets jamais atteints. Leurs mélodies, celles qui imposent une empreinte, touche au c?ur et déroule l?incroyable tapis de la création artistique, ont été lumineuses. Les musiciens avaient cette formidable envie de jouer, tandis que ceux qui ont chanté, avec des voix magnifiquement mêlées ou relevées.

Ensemble, ils ont porté le blues, le jazz et le swing mauricien, vers un zénith insoupçonné. Il n?était même plus question d?aimer le blues et ses dérivés, il s?agissait de savoir apprécier des hommes dont la musique prend possession de tous les sens. Sur une scène au décor minimaliste, entourée d?une luxuriante végétation, ces artistes ont imposé leur talent, en forçant l?admiration.

Damien Elisa, décrit comme « le chaman de la chanson mauricienne » par un Boris Faure qui se régalait, a torturé le verbe mauricien avec brio. Se jouant des mots, les tournant et les retournant pour servir son dessein, raconter ses vérités ou décrier l?esclavage, cet authentique chanteur, a donné du plaisir sans faire de scandale. Avec une légèreté pleine d?équivoques, il s?appuie sur nos pires expressions, pour en faire de la poésie. Les libertés qu?il prend avec le verbe et le vocabulaire, déclenchent une forme d?hilarité jamais vécue sur scène. En misant coûte que coûte sur un art décalé, loin des marchandises qui envahissent notre musique locale, le chantre de notre langage fleuri, assis derrière son piano, a fait merveille.

Et le blues valse sur le jazz et devient plus joyeux. Il s?habille du swing entraînant d?Eric Triton, guitare éloquente, alors que l?homme, seul sur scène, assis sur un tabouret, propose le dernier acte à ce concert innovant. Charmeur et à l?écoute, il égrène sa mélancolie toujours à un mètre du public. Vrai musicien et interprète virtuose, l?homme reste tributaire d?un répertoire qui lui est propre et que le public reprend avec bonheur.

On adapte, on adopte, avec en bonus, nos pieds qui se laissent entraîner. On a en plus envie d?écouter et surtout d?applaudir cet auteur-compositeur-interprète qui rallie les foules à l?Olympia. Et quand les musiciens s?installent derrière leurs instruments, c?est la déferlante. En bons artisans, ils sèment tous leurs accords le plus simplement du monde. Ils captivent alors de tout leurs poids.

Ils proposent un voyage facile d?accès, même pour ceux qui a priori, ne sont pas les adeptes de ce son jazzy. Et c?est l?explosion, sur scène, ou dans le public. Entre force et douceur, tout est dit. ça vibre et c?est étonnamment vivant. Après presque quatre heures de conversation avec un public conquis, nos artistes ont donné leur version des notes, des rythmes et des mélodies, et on en voulait encore et encore.

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