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Le génie aux multiples facettes
Rabindranath Tagore, le benjamin d?une famille aristocrate de 14 enfants, est né le 7 mai 1861 à Calcutta, à l?Est de la rivière sacrée, Le Ganges. Il mourra le 7 août 1941. Rappelons que dans divers textes sacrés et profanes de différentes civilisations, le nombre ?7? est symbolique. Pour exemples, le sept est le nombre des versets de la sourate liminaire du saint Coran, al-Fâtiha, que tous les musulmans connaissent par c?ur. Les Ahl al-Kahf sont de jeunes saints Chrétiens vénérés au Moyen Age, de l?Orient à l?Occident, connus sous le nom des ?7 Dormants d?Ephèse?. Aristote affirme aussi que couleurs et saveurs sont au nombre de sept. Il y a les sept notes de la gamme musicale?Le nombre ?7? est symbole de totalité et de complétude.
Autodidacte
Contrairement à ce que l?on pourrait penser, le jeune Rabindranath Tagore ne poursuit pas des études académiques poussées. Il étudie chez lui, sous la direction de tuteurs, passe peu de temps au Calcutta Training Academy, où il est perdu dans ses rêves, et rentre après seulement 17 mois de Londres, où il ne trouve pas la direction souhaitée à sa formation. Ce qui ne l?empêchera pas d?être un fin connaisseur de la littérature anglaise.
Comme son père, Debendranath, il est féru de Sanskrit. Il sera, à l?âge de 12 ans, son premier élève dans les Himalayas, à l?ashrasm de Shantiniketan. Habité du don d?émerveillement, il se nourrit d?une nature glorieuse. Et sa nature méditative se fait déjà remarquer. Certains disent que sous l?impulsion d?un neveu plus âgé que lui, il écrivit son premier poème à 7 ans, et publia son premier recueil à 17. Son ardeur juvénile se laisse apprécier dans les vers suivants :
?Come, my maiden gay, my heartless beauty.
What did I tell them over and over again ?
The wounds have split the bottom of my heart.
My mind and heart, O how they burn !?
Urnima Saha Ragoobar, auteur d?une thèse de doctorat sur Rabindranath Tagore, parle de ses premiers poèmes publiés en 1881, à l?âge de 20 ans, dont Abhilas (Desire), Bharat-Bhumim (The Indian Land), et Prakritir-Khed (Pangs of Nature). Tagore se consacre désormais totalement à ses créations. La poésie n?est guère le seul genre où il excelle. Ses incursions s?étendent à toutes les strates littéraires. Et il marquera de ses glyphes, aux empreintes indélébiles, toutes les avenues de l?espace littéraire. Toutefois, il ne se sent pas assez libre de sa vie. Au sein de sa famille aristocrate, il supporte mal d?être constamment sous la surveillance de multiples serviteurs. Il rêve de bien des ailleurs.
Il épouse en 1883 Mrinalimi Devi, à qui il enseigne le Bengali et le Sanskrit. Mais six mois plus tard, il s?amourache de sa belle-s?ur, Kadambari Devi, l?épouse de son frère. Cet épisode poussera la jeune femme au suicide. Des années après, Tagore, qui ne pouvait l?oublier, écrivit Chhabi (Picture), en hommage à The Poet within the poet?s heart. Par ailleurs, il perdra, en l?espace de six ans, femme, fils et fille.
La décennie 90 le voit au service des propriétés de son père. Il est alors au contact des villageois et s?émeut de leurs difficultés. Ses ?uvres prennent naturellement la coloration de la vie au village. Il donnera en 1912 toute une collection centrée sur le Bengal. Celui qui sera plus tard romancier, auteur de pièces de théâtre, dramatiques et lyriques, incluant chants et ballets, est aussi un éducateur-philosophe, qui, sans faire de la politique active, dévoilera l?humaniste, à la pensée réformatrice notable. Il demeure une personnalité marquante de la Renaissance indienne. Très au fait des tribulations de ses compatriotes sous le régime britannique, il est d?ailleurs un ami du Mahatma Gandhi et lutte pour l?Indépendance de son pays. Le patriote est, en 1911, l?auteur de l?hymne national indien, Jana Gana Mana, comme, en son temps, celui du Bangladesh.
Prix Nobel
Combinant mysticisme et réalisme, Tagore réveillera avec la véhémence du visionnaire la conscience endormie des fervents de rituels de l?orthodoxie. Lisez plutôt (nous tentons ici une traduction libre du texte anglais, signé de lui-même) : ?Quittez ces chants et cette répétition du chapelet ! Qui adorez-vous dans ce lieu sombre et solitaire d?un temple aux portes fermées ? Ouvrez donc l??il, et voyez. Votre Dieu n?est pas en face de vous !? Il s?agit du verset 11 de son recueil notoire, Gitanjali, qui, on le sait, lui vaudra en 1913 le Prix Nobel de littérature. Recueil traduit de l?Anglais par André Gide sous le titre de L?Offrande lyrique. En 1915, il sera fait Chevalier de l?empire britannique. Titre qu?il renverra au gouvernement anglais lors du massacre de Jallianwalla Bagh.
En 1918, Tagore fonde l?université Visva-Bharati, à Shantiniketan, au Bengal. ?The whole world in one nest.? C?est dire la portée de cette institution. Ce méditatif réaliste apprécie aussi la vie sociale. Et sa soif inextinguible pour les expériences nouvelles demeure intacte. Il parcourt le monde, donnant des conférence en Europe, en Amérique, en Indonésie, au Japon? Celui qui se mettra à la peinture à 60 ans écrira, à 70 : ?My eyes have seen much, but they are not weary. / My ears have heard much, but they search for more.?
A la veille de sa mort, il écrira deux ?terrible poems?, Sorrow?s dark night et Thou Guileful one, qui se termine par ?Koham ? Who am I ? And it lies the secret of Indian Philosophy?.
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