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Le gouverneur Farquhar meurt le 20 mars 1830 (Partie I)
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Le gouverneur Farquhar meurt le 20 mars 1830 (Partie I)
Il a peut-être manqué aux Hollandais de pouvoir compter à leur arrivée à Maurice un bâtisseur aussi doué que Labourdonnais ou un magicien aussi habile que Farquhar pour réussir leur colonisation. Il appartient à chacun d?entre nous de nous imprégner de leur volonté créatrice pour que notre nation aille de succès en succès et pour qu?elle demeure à jamais la clé et l?étoile de la Mer des Indes. Il nous appartient d?éperonner nos serviteurs, que sont nos dirigeants politiques, pour qu?ils soient davantage à la hauteur de leurs missions et de leurs responsabilités et pour qu?ils soient dignes de leurs prédécesseurs.
Il y a deux ans, nous avons à peine commémoré le 250e anniversaire du décès de Bertrand François Mahé de Labourdonnais. Il semblerait que Farquhar ne soit pas mieux loti, cette année, car rien ou presque n?est annoncé, à ce jour, pour commémorer dignement, en cette fin de mars 2005, le 175e anniversaire d?un décès dont l?annonce à Maurice, le 30 juin 1830, causa une vive émotion au sein d?une population n?ayant rien oublié ni de ses bontés pour l?ancienne population française d?avant la conquête, ni les services nombreux et inestimables rendus, à l?industrie sucrière mauricienne. Farquhar inaugure une belle lignée de gouverneurs britanniques, ayant autant servi notre île pendant la durée de leur mandat à Maurice que de retour dans leur pays natal, n?hésitant jamais à défendre leurs anciens administrés quand ils étaient outrageusement calomniés par des détracteurs ou des revanchards de bas étage.
On ne peut faire l?éloge d?un administrateur sans rendre justice à la contribution de ses devanciers. Farquhar n?aurait pas pu si bien donner le coup d?envoi décisif à l?industrie sucrière mauricienne si Adriaan van der Steel n?avait pas introduit ce roseau saccharifère à Maurice et si Mahé de Labourdonnais et ses successeurs n?avaient pas encouragé leurs administrés à développer cette industrie si prometteuse. Les statistiques de la première moitié du XIXe démontrent tout ce que ce secteur agro-industriel doit à Farquhar. Il a d?autant plus de mérite puisque c?est à Londres et plusieurs années après son départ qu?il rend ce service à une île plus francophone et catholique qu?anglicane et anglophone et dont il est le premier gouverneur anglais.
À l?arrivée de Farquhar à Maurice, la production sucrière est de l?ordre de quelques centaines de tonnes seulement. Quand il quitte Maurice, elle dépasse les 10 000 tonnes annuelles. L?année de sa mort, ce secteur industriel produit déjà 33 963 tonnes de sucre.
À l?occasion du 175e anniversaire de son décès, souvenons-nous des faits marquants de la vie de Farquhar. L?historien Patrick Barnwell sera notre guide. Il lui consacre une longue notice dans le fascicule No 16 du Dictionnaire de Biographie Mauricienne. Robert Townsend Farquhar voit le jour le 14 octobre 1776. Il est le puîné du baron Walter Farquhar, futur George IV. Le jeune Farquhar est envoyé aux Indes, puis à Penang, Malaisie, comme lieutenant-gouverneur. Il sera bon diplomate et habile négociant. En 1809, il épouse une dame Latour, une habitante de Madras.
Avant même la conquête de l?Isle de France, il est nommé gouverneur de Maurice et signe une proclamation visant à rassurer par avance les colons français. Ce document est distribué à Maurice pendant la seconde moitié de l?année 1810. Farquhar débarque à Port-Louis le 4 décembre 1810 et loge temporairement chez Foissy. Du 18 avril au 15 juillet 1811, Farquhar est sous les ordres par le commandant des troupes Warde. Le 19 novembre 1817, il quitte Maurice et laisse l?île sous la direction de gouverneurs militaires qui se rendent impopulaires. Il retourne à Maurice le 5 juillet 1820 qu?il quitte définitivement le 20 mai 1823, après l?avoir gouvernée pendant dix des treize premières années de la colonisation anglaise.
En décembre 1810, Sir John Abercromby parle de Farquhar comme relevant du service civil de Madras. Il se considère compétent et serviable mais craint quelque peu ses penchants dépensiers. Effectivement, il se veut le plus populaire possible.
Farquhar investit pour la réfection des routes et des ponts, la fourniture d?eau, entre autres. Il sait bénéficier de la protection du Prince Régent, et obtient que les contribuables anglais financent le développement de Maurice. Des fonds publics, il accorde des prêts à des entrepreneurs individuels, les encourageant à négocier avec d?autres pays. Il réglemente le commerce extérieur en obligeant les négociants à s?enregistrer et à solliciter des permis d?exploitation. Après le grand incendie de 1816, il refait de Port-Louis un port franc, ouvert aux navires de tous pavillons. Il affiche une certaine autonomie par rapport à Londres, n?hésitant pas à prolonger certains privilèges accordés sur une base temporaire.
Sa popularité parmi la population mauricienne d?origine française grandit. Il est ferme et énergique, toujours diplomate, cherchant à adoucir les règlements anglais imposés à d?anciens Français. Il se mêle à la société mauricienne. Il renoue avec les fastes d?antan de la Saint-Louis et fait revivre le faste des séjours hivernaux au Port-Louis. Il encourage l?émancipation de la population de couleur avec l?aide du révérend Jean Lebrun, lui accordant des droits et des privilèges qui lui étaient contestés.
Il reçoit d?éminents représentants de la population de couleur, comme Jacmin, Jean Labonté et Tabardin. Il les encourage à soumettre leurs doléances à Londres. Il collabore avec les loges maçonniques et s?arrange pour rendre inoubliable le séjour de Lord Moïra en août 1813. Il encourage la Table Ovale à célébrer dignement le centenaire de la première prise de possession de Maurice par la France. Il embellit les jardins du Réduit. Il encourage les élèves du collège Royal à le rencontrer par groupe de douze. Il encourage les expériences de Toussaint de Chazal en élevage et en sériciculture. Il établit, en 1815, les Archives de Maurice qu?il confie au baron d?Unienville. Il organise l?enregistrement des esclaves.
Dans la prochaine chronique, le lecteur aura l?occasion de se souvenir des faits marquants de la carrière mauricienne du gouverneur Robert Townsend Farquhar, tant à Maurice que sur les bords de la Tamise.
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