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Le Goulet n’est pas le tombeau de Pieter Both

21 novembre 2005, 20:00

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L’association entre la Baie-du-Tombeau et la montagne du Pieter Both qui la surplombe au loin est trop belle pour que des historiens trop téméraires, sinon des griots trop entreprenants, ne fassent pas périr en ce lieu, si lugubre à l’heure du coucher du soleil, le célèbre gouverneur hollandais. Des fouilles archéologiques sous-marines, entreprises en 1979-80, au large de notre côte Ouest, et plus exactement entre Flic-en-Flac et Médine, révèlent que deux épaves retrouvées et soigneusement explorées, par les collaborateurs de l’archéologue Jacques Dumas, est celle du “Banda”, le voilier du gouverneur Pieter Both. Ce dernier ne s’est donc pas noyé à la Baie-du-Tombeau comme ne l’ont pas été, n’en déplaise à Bernardin de Saint-Pierre, les naufragés du Saint-Géran, voilier en perdition, en août 1744, au large de la Poudre d’Or et de l’île d’Ambre.

Ces fouilles durent depuis plus de 18 mois. Au départ, l’équipe Dumas repère des canons, des porcelaines chinoises de la période Ming, un astrolabe, des poids d’époque et différentes pièces. Des recherches sont entreprises en Indonésie et en Hollande pour déterminer l’origine de l’astrolabe qui porte des écritures portugaises. Ces recherches permettent de dater approximativement l’époque du naufrage. Les poids portant notamment, les initiales ICL, peuvent être identifiés comme ayant appartenu à un maître balancier de 1611.

Les archéologues sous-marins sont en présence d’une autre épave. Des recherches sont en cours pour dater les objets récupérés autour d’elle. Ces vestiges aideront à connaître l’époque du naufrage et d’identifier le voilier ayant ainsi sombré en cet endroit.

D’autres recherches à la Grande-Rivière-Sud-Est permettent d’identifier le navire du pirate anglais John Bowen. Le 7 janvier 1702, en effet, une bourrasque fait échouer sur l’Ilot-aux-Roches, à l’embouchure de la GRSE, le “Speaking Trumpet”, commandé par John Bowen. Antoine Chelin écrit à son sujet dans son livre Une île et son passé que le gouverneur hollandais, Roëlof Deodati, leur vend alors une chaloupe de la Compagnie des Indes hollandaises sur laquelle ils quittent l’île le 24 mars suivant. Deodati se débarrasse ainsi de ces forbans qu’il considère comme des hôtes gênants.

Une équipe de télévision française tourne un film sur les fouilles sous-marines ainsi entreprises. Elle promet une copie du film aux autorités mauriciennes qui ont certainement fait le nécessaire pour qu’elle soit soigneusement archivée et conservée.

Yves Dumas et son assistant, Patrick Lisey, promettent de donner davantage de détails concernant toutes ces fouilles dans le numéro spécial que compte publier l’Institut de Maurice à l’occasion de son 100e anniversaire. Ils se proposent d’écrire chacun une biographie de Pieter Both et de John Bowen, respectivement.

Les fouilles ont coûté plus de 400 000 francs à l’équipe Dumas. L’importance historique et archéologique compense largement ce coût. En vertu du contrat, liant Dumas et le gouvernement mauricien, les pièces uniques, dont l’astrolabe, doivent demeurer la propriété inaliénable de l’Etat mauricien. Les autres pièces doivent être équitablement partagés entre l’équipe d’archéologie sous-marine et l’Etat mauricien.

Les objets revenant à ce dernier seront exposés en permanence à l’Institut de Maurice, dans une salle expressément rénovée à cette intention. A vérifier si tel est toujours le cas. Les fouilles de l’équipe Dumas se poursuivront jusqu’à décembre 1980.

Pieter Both est un des premiers gouverneurs des Indes hollandaises. Il visite Maurice en 1610 et 1615. Entre-temps, il entreprend une part active à la fondation d’un empire hollandais dans le Sud-Est asiatique, multipliant les comptoirs commerciaux, à Batavia et ailleurs. Le 2 janvier 1615, il quitte Bantam pour la Hollande avec quatre navires, richement chargés. Les vaisseaux touchent Maurice en février de la même année à l’endroit appelé alors Melukesereede ou rade des Tortues (aujourd’hui Port-Louis). Ce nom est donné à l’endroit en raison de la présence d’innombrables tortues de terre et de mer “aussi grasses que des pourceaux”. Un cyclone surprend la petite flotte au mouillage. Deux des vaisseaux dont le “Banda” de Pieter Both ne parviennent pas à prendre le large. Ils sont rejetés sur la côte où ils échouent. Après le naufrage du 10 février 1615, les Hollandais évitent Port-Louis et lui préfèrent le port Warwyck (notre Grand-Port).

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