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Le GM convoite Rs 6 milliards du budget de Diego Garcia

3 mars 2006, 00:00

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L?argent n?a pas d?odeur. Le dollar américain encore moins que les autres unités monétaires. Autre devise : moralité pas rempli ventre. D?autres Premiers ministres retiendront la leçon, peu édifiante que donne, aux Mauriciens, le gouvernement travailliste en place, en mars 1981. Il convoite ouvertement le tiers du budget quinquennal de Rs 17 milliards, alloué par l?administration états-unienne à la base nucléaire de Diego Garcia.

Sir Harold Glover, flamboyant ministre des Affaires étrangères, préside les négociations préliminaires, en attendant l?arrivée d?une délégation officielle. En font partie l?ambassadeur Gordon et des chefs d?entreprise également intéressés par la manne annoncée et devant se répandre sur notre Diego Garcia. La partie mauricienne insiste pour que cette base donne du travail, permanent ou contractuel, au plus grand nombre possible de Mauriciens. Au moins 1 500 emplois, espère-t-on. Les forces d?occupation de Diego Garcia songent à construire de nouvelles pistes d?atterrissage et des aires de stationnement additionnelles pour les avions, de plus en plus nombreux, dont les célèbres et terrifiants bombardiers B52.

Les collabos locaux s?intéressent de près également au stationnement d?une flotte britannique dans l?océan Indien. Anglais comme Etats-Uniens veulent que notre Diego Garcia devienne l?une des bases nucléaires les plus modernes au monde. Ils savent pouvoir compter sur le gouvernement travailliste mauricien qui n?a rien à leur refuser. La mainmise anglo-états-unienne sur l?océan Indien est considérée comme l?échec de la diplomatie soviétique à Maurice. Moscou consent pourtant à prolonger le mandat, à Maurice, de son ambassadeur Safronov, certainement l?un des diplomates russes les plus médiatisé sur le plan local. S?il échoue, ce n?est pas faute, pourtant, d?avoir multiplié les initiatives afin de séduire un gouvernement dit travailliste. Lutchmeeparsad Badry en sait quelque chose.

La manne états-unienne, pouvant être allouée à notre gouvernement travailliste, via Diego Garcia, prendrait, entre autres, la forme d?une cargaison de 600 000 tonnes d?agrégats. Il suffit pourtant d?un macadam pour enrayer ce bel espoir.

Le gouvernement travailliste de mars 1981 n?est pas en mesure de cracher sur une manne, même d?origine impérialiste car notre économie est aux abois. Le thé, par exemple, ne va plus ni de l?avant, ni de l?arrière. Notre industrie théière n?est pourtant pas mourante, estime l?expert Christophe Tyler. Il lui promet même la prospéri?té, dans quelques années. Depuis décembre 1979, il est le Factory Superintendant de la Tea Development Authority. Le GM vient de le nommer président exécutif de cet organisme. Il hérite d?un déficit annuel de Rs 60 millions, d?un découvert bancaire de Rs 5 m., d?une productivité décourageante. La réalité fait peur et guère honneur aux autori?tés concernées : 1 200 métayers sur 2 523 arpents produisent 10 millions de kilos de feuilles de thé. 4 000 employés de la TDA, sur 3 145 arpents, n?en produisent que 1,1 m. Le rendement dans un cas est de 1 492 kg par arpent et de seulement 249 kg dans l?autre. La TDA possède, en 1981, 9 800 arpents, dont 2 589 loués à des « small holders », 3 100 sous son contrôle direct, 1 280 « abandonnés », 142 incultes et 2 721 occupés par des routes et des bâtiments. La fertili?té du sol ne pose aucun problème. Demeure celui de l?altitude : 1 200 à 2 100 mètres au Kenya contre un maximum de 450 mètres à Maurice. La TDA emploie ou dispose de 8 484 personnes. En dix ans, les salaires d?un journalier sont passés de Rs 4 à Rs 20 (Rs 40 avec les fringe benefits). La masse salariale représente 60% du budget annuel. La consommation est d?un kilo de thé par an par Mauricien, contre 3,5 kg par an et par Irlandais. La TDA ignore tout de son coût de production d?un kilo de thé. Il ne faut surtout pas remettre en question la viabili?té de notre industrie théière. Pas de tempête, donc, dans aucune tasse.

Autre sujet de préoccupation pour notre gouvernement travailliste, en mars 1981 : la fermeture de l?usine Litronix. Des ingénieurs de cette entreprise s?expliquent. Cette fermeture est un échec pour le désir gouvernemental de créer des emplois productifs. Elle jette sur le pavé 1 500 soutiens de famille. On évoque à ce sujet l?incapacité des Mauriciens de concurrencer les Japonais sur le terrain du savoir-faire et de la productivité. La fermeture de Litronix marque d?une pierre blanche l?histoire de l?industrialisation à Maurice. Elle rappelle à tous la possibilité toujours présente d?une exploitation de la main-d??uvre mauricienne par des investisseurs étrangers sans scrupule. Cette fermeture est décidée aux Etats-Unis et en Allemagne sans que la partie mauricienne soit consultée. Il y a donc une lacune dans notre stratégie de promotion industrielle. La maison-mère de Litronix est à Cupertino, Californie. L?entreprise a deux filiales : en Malaisie et à Maurice. Elles doivent produire en fonction des commandes californiennes. L?aspect marketing leur échappe totalement. Le personnel formé par Litronix ne peut trouver à Maurice un emploi alternatif, pouvant utiliser l?expérience professionnelle acquise par lui. Litronix Maurice ferme ses portes en raison de l?incompétence et de l?inefficience du marketing de Litronix-Californie.

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