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Le forfait de l?Icac
Cela ne surprend-il personne que l?Icac, qui avait occupé l?avant-scène de l?actualité pendant plus de deux mois grâce à l?étalage journalier de ses scandales internes, a réussi à se faire presque oublier ? Notamment grâce à un avis sur Web Site en date du 12 janvier dernier qui essayait de démontrer qu?elle était en train de ?travailler? et à la déclaration du président de la République, qui trouvait , lui, contrairement à tous les autres qui s?étaient exprimés jusque-là, que l?Icac faisait du ?bon travail? ?
Pourquoi le président pense-t-il comme cela ? Voyons voir?
L?Icac est aux affaires depuis le?1er avril 2002. Elle consomme un budget annuel de Rs 88 millions aux frais des citoyens. Elle a un mandat pour combattre le blanchiment d?argent et la corruption et faire l?éducation de la population contre ces fléaux. Quel est son bilan ? A ma connaissance : strictement zero, sauf sur le plan de la conscientisation aux problèmes. L?Icac a certes éduqué, occupé les devants de la scène, fait des campagnes d?affichage, émis des dizaines de ?provisional charges?, arrêté diverses personnes avec un maximum de publicité, et fait, grâce à Messieurs Bhadain, Halkaree et autres, étalage de son linge sale, mais a-t-elle jamais réussi à faire épingler qui que ce soit jusqu?ici, selon les standards requis par nos cours de justice et dans le respect strict des lois ? ZERO !
Sans doute la lenteur de la justice y est-elle pour quelque chose. Cependant, cette même justice a trouvé le temps de rayer des charges provisoires d?un revers de main et de dire à l?Icac, plusieurs fois d?ailleurs, qu?elle s?était trompée, qu?elle avait outrepassé ses droits, qu?elle avait mal compris la loi. L?Operations Review Committee du Prevention of Corruption Act 2002, qui est supposé s?intéresser à la manière selon laquelle les enquêtes de l?Icac sont menées et qui devrait recevoir un rapport de celle-ci pour les enquêtes ayant pris plus de six mois (MCB-NPF, par exemple, où M. Appasamy n?a pas encore été seulement interrogé et où M. Beekarry parle de démarches auprès du Serious Fraud Office de Londres en Janvier 2004 avec la même allégresse que le ?23 février 2003 !) ne trouve par contre rien à dire sur ce bilan ! L?Appointments Committee non plus.
N?est-on pas en droit de demander, au vu de toutes les bourdes accumulées, ce qu?il faut rajouter au bilan de l?Icac pour qu?elle soit sanctionnée ? Ou bien aurions-nous affaire à la seule organisation de notre Etat démocratique qui n?a pas besoin d?être ?accountable? ou transparente ? Le soutien du président, dont le parti préside d?ailleurs aux destinées du Parliamentary et de l?Appointments Committee, semble la conforter dans cette situation.
Sur sa méthode, on peut aussi dire que sur le plan de la corruption elle est en train de développer une approche qui, apparemment variable d?un cas à un autre, fait très peur. Dans celui de l?assistant commissaire Suneechura, le principe selon lequel le corrupteur et le corrompu sont tous deux coupables a été appliqué. Dans le cas de M. Antish Balgobin, bijoutier qui accuse deux officiers du ministère du Commerce de lui avoir extorqué Rs 1 000, c?est lui qui finit en prison quand, lors d?une parade d?identification, il ne peut reconnaître les officiers qu?on lui présente. Dans le cas de M. Anand K. Dowlut, qui aurait payé Rs 260 000 de pot-de-vin (combien peut donc bien rapporter une activité de camionneur à Mare-Chicose si l?on peut y amortir, rapidement, un ?bribe? de Rs 260 000 ?), il n?est pas, contrairement au corrompu, interpellé. Mieux, il est érigé au statut de ?whistle-blower?. Est-ce à dire que désormais le corrupteur peut corrompre le coeur content et devenir ?vierge? dès lors qu?il dénonce la situation s?il n?en a pas pour son argent ? N?est-ce pas là une façon un tout petit peu bizarre d?affirmer la loi des ?contrats? ?
Dans l?affaire MCB-NPF, à en croire l?Icac, nous nous trouvons, un an après, avec une situation caractérisée de?.blanchiment. En effet, Mr Lesage, Mme Rojoa, M. Noel, M. Manraj, M. Forget, M. Ramdewar, M. Ha Yeung, sont tous accusés d?offenses diverses de ?money laundering? ! Or une telle offense est définie comme une situation où quelqu?un s?implique dans une transaction ?that involves?the proceeds of any crime?. Cependant, selon la thèse de l?Icac, jusqu?ici, personne n?a commis le crime qui a créé les ?proceeds? et personne, à l?autre bout de la chaîne, n?a bénéficié du ?money laundering? de ces ?proceeds? non plus. Je trouve ça un peu gros ! Seuls existeraient de joyeux blanchisseurs d?argent, mais ni voleurs, ni escrocs, ni bénéficiaires ? A qui va-t-on faire avaler cela ? N?est-il pas temps pour l?Icac de déclarer forfait au vu de son bilan et de laisser l?enquête à la police ? Ou attend-elle l?ultime soufflet de la cour qui lui expliquera sans doute bientôt comment elle nous fait tous perdre du temps et de l?argent pour assouvir sa recherche de notoriété ? Il ne nous restera plus alors, après le comment, à établir le pourquoi d?un tel état de choses, ce qui pourrait enfin faire trembler quelques empires, mettre les politiciens devant leurs responsabilités et casser certaines pratiques jusqu?ici inavouables. On parlera alors, peut-être enfin, contrit, de la grande question du financement des partis politiques et de ses dérives, entre autres?
O.S.
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