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Le feu détruit l?aile ?épices? du marché central

18 mai 2006, 20:00

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A la mi-mai 1981, l?administration municipale portlouisienne et le PMSD sont assis sur une poudrière, pouvant exploser à tout moment. Curieusement c?est l?aile nord-est, celle des épices, produits textiles et d?artisanat qui flambe, à l?aube du 19 mai 1981, réduisant en cendres 200 étaux et jetant sur le pavé autant de familles dont ils étaient le gagne-pain.

Les premières indications laissent supposer que le feu commence à l?intérieur du Market Snack, appartenant à M. Poonoosamy. De là, il se serait étendu à l?aile droite du marché central et à divers magasin et entrepôts de la rue de la Corderie voisine.

Devant l?ampleur du sinistre, le chef de la Fire Brigade, M. Khaidoo, sollicite l?aide des pompiers de Quatre-Bornes et de Rose-Hill. La foule, sans cesse croissante, de badauds, de maraîchers, d?encanteurs, complique d?autant la tâche des pompiers et des policiers. Cet incendie n?est d?ailleurs pas leur seule préoccupation car, en sus du marché central, ils sont à pied d?oeuvre à l?usine Résultant qui est aussi la proie des flammes, à la Plaine Lauzun.

Les connaisseurs rappellent à qui veut les entendre que le marché central a déjà brûlé en 1816 mais il se trouvait alors à l?emplacement occupé actuellement par le théâtre municipal, à la Place Gabriel-Gillet. Radio-Palabres insinue, de son côté, que certains décisionnaires, nommés et non élus, caressent le projet de démolir le vieux bazar historique du Port-Louis, où se dévoile l?âme de la population mauricienne, pour remplacer ce pan privilégié du patrimoine architectural national par un amoncellement de béton. On ne sait dans quelle mesure ces insinuations incitent les limiers de notre force policière à caresser, à leur tour, la thèse d?un acte criminel pour expliquer l?origine du sinistre.

A l?heure du bilan, en fin de journée, on découvre qu?il ne reste plus rien de l?aile ?épices? L?aile ?légumes et fruits? et les sections boucherie sont épargnées. Les flammes détruisent ou endommagent, en revanche, les magasins Hassamal, General Trading Corporation (Import-Export), Premiers Buyers? Bureau Commission, Rajabalee Abed Abdullah, Sewraz Frères et le domicile d?une vieille dame à l?étage du magasin Hassamal. Tous ces établissements se trouvent à la rue de la Corderie et donnent le dos à l?aile sinistrée du marché central.

En ce matin fatidique, les veilleurs de nuit ouvrent le marché central à l?heure habituelle. Les encanteurs commencent même à aligner les légumes pour la vente aux enchères. Les premiers fonctionnaires municipaux s?amènent. Soudain l?alarme est donnée : Difé ! Difé ! Le Market Snack est déjà la proie des flammes. Les pompiers sont avertis. Ils luttent, depuis deux heures du matin, pour circonscrire l?incendie ravageant l?usine Résultant à la Plaine Lauzun. Ce n?est qu?en début d?après-midi qu?ils viendront à bout des flammes au Marché central et à la rue de la Corderie. A un certain moment le feu atteint la toiture de l?aile ?légumes? mais les pompiers parviennent à maîtriser rapidement cette menace d?extension.

La Riot Unit et la police, sous la direction du surintendant Alex Parfait et de M. L. Maillard, parviennent, non sans difficulté, à établir un cordon de sécurité. Le premier commissaire administratif à se rendre sur les lieux du sinistre est M. Kadressa Pillay bien qu?il soit menacé d?éviction. Le président, le Dr K. Nundoochand, également en voie de mise à l?écart, n?hésite pas à parler d?acte criminel. L?aspirant président, Gaëtan Duval, révèle l?existence du projet de remplacer le bazar historique par un marché flambant neuf, digne de l?île Maurice moderne, industrielle, touristique et tristement bétonnée. Le personnel municipal déplore, une fois de plus, le manque d?équipements devant permettre à la Fire Brigade de lutter plus efficacement contre les incendies les plus graves. Elle ne possède, en mai 1981, que six camions-citernes, deux remorques équipées de pompes à eau, un canon de mousse carbonique et une échelle deux étages. Heureusement, qu?il y a l?inépuisable eau de mer pour combattre les incendies mais seulement s?ils se déclarent à proximité de la rade du Port-Louis.

Des réunions ont lieu entre les officiels municipaux et les maraîchers sinistrés. Le secrétaire de la ville, Me R. Tegally, précise que les assurances municipales couvrent les bâtiments sinistrés mais pas le contenu des différents étaux et échoppes. L?expert légiste de la police, M. Andre Ah Yue, relève plusieurs indices devant être analysés.

Le 3 octobre 1980, la commission administrative du Port Louis lance un appel d?offres en vue du financement d?un projet de démolition et de reconstruction du marché municipal. L?association des architectes proteste et obtient le report au 12 décembre du délai pour la soumission des offres. Le 24 avril 1981, des vandales saccagent de nuit plusieurs étaux, en l?absence de leurs propriétaires. L?enquête est toujours en cours à ce sujet. Le marché central abrite plusieurs expositions horticoles et industrielles au cours du XIXe siècle. Ses murs résonnent encore de la gifle infligée par Raoul Rivet à Jérôme Tranquille dans les années 1930. Ils sont le théâtre d?au moins deux meurtres, en 1965 et en 1985 (Atchia). Une mezzanine prend feu en 1990. Au début de novembre 1999, l?aile ouest, épargnée par le sinistre de mai 1981, est à son tour la proie des flammes. La nouvelle aile ?épices? connaît la même animation mais dans un bâtiment bétonné, sans âme ni caractère. La nouvelle aile ?légumes? à étage se veut d?une conception plus recherchée ce qui ne lui assure pas pour autant la même popularité.

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