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Le défi de la MBC
On peut se demander si la télévision est en mesure d?assurer sa mission d?information quand elle est dirigée par des hommes (trop) proches du pouvoir. Mais il convient de rester prudents et attendre de juger sur pièces les orientations que donneront les nouveaux dirigeants de la MBC.
Rien ne permet de faire d?avance le procès de ceux qui ont pris les commandes de la station nationale. Si Bijaye Madhou, le directeur général, appartient à un mouvement socio-religieux qui soutient activement le Parti travailliste, et si Fareed Jangeerkhan, le président, entretient, de longue date, de solides relations d?amitié avec le Premier ministre, cela ne peut que créer une atmosphère sereine dans laquelle les deux cadres peuvent évoluer. Maintenant, on attend d?eux qu?ils agissent en professionnels de l?information et refusent d?être inféodés à un parti.
Une des premières tâches de la nouvelle direction sera d?appliquer des règles de bonne conduite pour éviter les dérives constatées après le 3 juillet. Certains commentaires diffusés lors du Journal télévisé de 19 h 30 versent dans la propagande. La promotion politique des ministres est à peine déguisée. Dans un premier temps, on peut mettre cela sur le compte de l?euphorie qui a gagné certains journalistes de la rue Pasteur après les législatives. Leurs dérives doivent toutefois être rapidement contrôlées pour éviter la perception d?une mainmise renforcée de l?Etat sur la télévision.
Le JT est un vrai rendez-vous national. Il ponctue la vie de centaines de milliers de citoyens. Il le sera pendant longtemps encore parce que la télévision est un puissant média dont la nature lui permet d?atteindre un maximum de gens. Il est impératif donc qu?elle conjugue pouvoir et devoir.
L?information dirigée ou manipulée n?est pas un phénomène nouveau dans le paysage audiovisuel. Cependant l?horreur de la situation est davantage mise en relief maintenant grâce à la vigilance citoyenne et les normes de bonne gouvernance. Sous ce rapport, notre pays prend des allures de république bananière.
Il y a quelques mois encore, le PTr s?élevait, non sans raison, contre l?accaparement de la télévision par les pouvoirs publics. Il rappelait constamment à la MBC sa mission de service public et son obligation légale de présenter l?information ?in an impartial manner?. L?ancienne direction de la MBC n?a guère fait évoluer les choses. Torriden Chellapermal a beau souligner que la rigueur de sa gestion a permis à la MBC de rembourser Rs 80 millions de dettes et de laisser un excédent de Rs 40 millions dans ses caisses. Mais, cela n?atténue pas l?échec de la station en matière d?information équilibrée et objective.
L?un des principaux manquements de la MBC est son incapacité à organiser des débats contradictoires sur des questions d?intérêt national. Elle aurait pu, par le biais d?émissions politiques, confronter différents points de vue et ainsi aider les citoyens à se faire une opinion informée sur les enjeux de société. Cela nous aurait épargné les outrances de langage auxquelles les politiciens se laissent aller devant des foules excitées. S?ils étaient invités sur le plateau de la télévision, ils tiendraient un discours moins radical et plus intelligent.
Dix ans après, Bijaye Madhou a retrouvé la station pratiquement dans le même état qu?il l?avait laissé. Mais il a, lui, connu entre-temps les voies mystiques du service à la communauté. Le service public de l?audiovisuel devrait en profiter.
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