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Le DVD de la maturité

3 septembre 2006, 00:00

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Qui ne risque rien n?a rien. C?est la devise de Stéphane Bellerose, l?une des têtes pensantes de Clap Productions. Il a osé, et il a bien fait. Sur Worst Case Movies, il propose quatre de ses courts-métrages, tournés, produits et réalisés, entre 2000 et 2006, avec ses complices de Clap Productions. « C?est le fruit de mon évolution artistique. Ma passion pour le cinéma est née grâce à l?impulsion de Francis Leroi. Il a formé tous les comédiens et tous ceux qui travaillent pour qu?un cinéma mauricien puisse voir le jour. Il nous a communiqué quelque chose. Il est venu nous donner espoir. Ce DVD vient montrer que l?artiste mauricien peut exister par lui-même. Il confirme que le film mauricien existe indépendamment des barrières et qu?il peut être vu par le public mauricien, » explique Stéphane Bellerose.

Respect des sensibilités locales

Ce trentenaire est venu au cinéma par la littérature. Grâce à ses connaissances acquises sur les bancs de l?université de Maurice, Stéphane Bellerose a appris à jauger l?homme et la nature humaine. Il a également appris à respecter les étapes de la narration. Par conséquent, il a développé un sens de l?observation aigu, qui se ressent au travers de ses courts-métrages. Il s?intéresse ainsi à l?homme et à la société dans laquelle il vit. Il détaille le quotidien et propose une exploration d?une société qui s?agite, s?organise et réagit. Grand amateur de roman, ce diplômé des belles lettres, aime Maupassant et s?inspire de l?un de ses contes, La Peur, pour Worst Case Scenario, une des ?uvres contenues sur le DVD.

Stéphane Bellerose laisse ainsi vagabonder son regard, son imagination et son sens du dénouement imprévu, pour faire son cinéma. Il travaille parfois avec un scénario, parfois sans, comme c?est le cas de Worst Case Scenario, auréolé du Prix du jury et du Prix de la photo lors du défunt Festival de Courts-métrages. Autant dire qu?avec lui, tout est possible Sa seule restriction : le respect des sensibilités locales. Quelques jours de tournage, des décors naturels, des économies autant qu?il est possible d?en faire dans le cinéma et le respect des règles du court-métrage.

Première contrainte : faire avec les moyens du bord. Avec Money, sa première réalisation, Stéphane Bellerose tente le tout pour le tout. Petite caméra, une mini-DV, pour filmer ? quarante minutes de rush pour un court-métrage de 25 minutes. Money, « un gros tas de fric et des fortunes diverses », avec Alexandre Martin et Denis Félicité dans les rôles principaux, est un premier court-métrage réussi, malgré quelques faiblesses au niveau du cadrage.

Ces deux acteurs, devenus aujourd?hui les célèbres Trioco, avaient déjà le talent. Denis Félicité a d?ailleurs obtenu le Prix du Meilleur acteur au Festival de courts-métrages de la MFDC, pour sa remarquable interprétation dans le rôle de M. Soy.

Worst Case Scenario, autre réussite critique lors du Festival de court-métrage, classe Stéphane Bellerose dans la catégorie des cinéastes à part, adepte de scénario catastrophe. Sa tasse de thé : les histoires qui finissent mal, comme celle de ce jeune homme qui n?a rien demandé et qui se retrouve au c?ur d?une sale affaire de meurtre. Cette histoire qu?il trouvait « trop simple », bénéficie de cadrages bien rodés et prouve que le réalisateur qui se met également en scène, a gagné en maturité et en savoir-faire. « L?important, ce n?est pas la peur, mais l?effet de la peur, » explique-t-il.

Rester derrière la caméra

Avec Highway, Stéphane Bellerose ouvre une nouvelle page dans sa manière de concevoir un court-métrage. Avec cette histoire qui raconte celle de « deux gars et d?une robe rouge, » il trace ses premiers engagements de cinéaste. Il décide de parler de choses qui l?intéressent et qui l?interpellent surtout. Stéphane Bellerose prend également le parti de rester derrière la caméra, « pour mieux contrôler ce qui se passe devant. » Highway, c?est l?histoire de deux gars, dont l?un, se travesti, pour pouvoir avoir accès à une boîte de nuit huppée. « J?ai toujours trouvé extrêmement injuste pour quelqu?un de se faire refouler à la porte d?une discothèque. C?est pour moi une forme de discrimination comme une autre.»

Avec Highway, il risque le suggestif et propose quelques « réflexions légères sur l?orientation sexuelle, le sexe et la couleur de la peau. » Pari réussi surtout lorsque son court-métrage évite la caricature et le rire forcé. Les acteurs, Thierry Françoise, Sylvain Petite et Jasmina Rüben, dans les rôles principaux, ainsi que la soixantaine de figurants s?en donnent à c?ur joie. Stéphane Bellerose réussit ainsi le pari de « faire rire de la nature humaine, sans rire de l?humain. »

Son quatrième court-métrage, Sitoladan, marque l?engagement définitif de Stéphane Bellerose. Il aborde sans complexe et surtout sans préjugés, la montée en flèche du sida chez nous. Les images sont poignantes, le sujet traité sans complaisance, mais avec un profond sens de l?humanité. La conception graphique, la bande son imaginée par Evazyon, et cette façon de filmer en rythme, suivant les battements du c?ur, rajoute au sérieux du sujet. Avec efficacité et un sens aigu de l?esthétisme visuel, Stéphane Bellerose dote le cinéma mauricien d?une première ébauche calquée sur DVD. C?est malin et réussi. Une diffusion sur grand écran serait la bienvenue.

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