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Le duel des gauchers
Le scénario idéal est pour une fois respecté à Roland-Garros : les favoris Rafael Nadal et Roger Federer se sont affrontés en demi-finale et l?Espagnol est en vue de son premier titre dès sa première participation. Au fil de la quinzaine, ce scénario est même devenu pure logique.
Nadal s?est imposé comme le parfait terrien par sa puissance, sa résistance, et l?insolente assurance des 19 ans qu?il a fêtés le jour de sa victoire sur le numéro mondial.
Déjà vainqueur de cinq tournois cette année dont les trois principaux de l?avant-Roland-Garros, Monte-Carlo, Rome et Barcelone, il n?a plus connu la défaite en 23 matches. Il a renvoyé en classe espoir Richard Gasquet dont la presse française faisait son rival de génération. Il a écarté la menace d?un autre Français, Sébastien Grosjean, toujours en quête d?exploit en milieu de quinzaine à Paris. Il a contourné un toujours difficile duel entre compatriotes face à David Ferrer.
<B>Grains de terre</B>
Il a maté, enfin, Roger Federer dans le crépuscule d?une demi-finale qui a laissé le numéro un mondial résigné, incapable de se battre pour arracher le jeu qui lui aurait valu un sursis d?une nuit.
Nadal a donc tout pour devenir le quatrième plus jeune joueur à remporter Roland-Garros depuis le début de l?ère Open en 1968 après Michaël Chang, 17 ans et quatre mois en 1989, Mats Wilander, 17 ans et dix mois en 1982 et Bjorn Borg, 18 ans en 1974.
Difficile dans ce contexte de trouver les grains de terre qui pourraient entraîner un coup de théâtre de dernier acte. Mariano Puerta, actuellement classé 37e au classement ATP, offre bien sûr la première piste. « Je ne veux pas passer à côté de ma finale. Je vais entrer sur le court avec le couteau entre les dents. Ça va être une longue bataille. Je ne suis plus à une surprise près », a-t-il prévenu.
Si Puerta s?est permis de faire une telle déclaration de guerre, c?est parce qu?il reprendra aujourd?hui le drapeau d?un tennis argentin qui ne vit que pour gagner Roland-Garros, comme l?an dernier lors de la finale remportée par Gaston Gaudio face à Guillermo Coria. Parce que, aussi, il revient d?une suspension de neuf mois pour dopage, c?est-à-dire de nulle part.
Parce qu?il a tout de même inscrit à son tableau de chasse de la quinzaine, le Croate Ivan Ljubicic, tête de série n° 13, au premier tour, et son compatriote Guillermo Canas, n° 9 et crocodile redouté. Parce qu?il possède un coup droit qui claque comme un fouet de gaucho. Parce qu?il est puissant comme Nadal, résistant comme Nadal, âpre défenseur comme Nadal et gaucher comme Nadal.
La finale d?aujourd?hui sera en effet la première à opposer deux gauchers depuis le début de l?ère Open en 1968. Elle est aussi la troisième en trois ans à afficher un joueur non-classé tête de série après le Néerlandais Martin Verkerk et Gaston Gaudio. Le premier avait perdu en 2003, battu par Juan Carlos Ferrero. Le second avait gagné l?an dernier. Ces statistiques n?ont qu?une valeur limitée mais loin de fanfaronner, Nadal a reconnu s?attendre à toutes les « difficultés possibles ».
« Puerta a joué un tennis incroyable pour arriver en finale. Ça va être un match très compliqué, très accroché », a-t-il dit. L?Espagnol a en outre confié qu?il n?avait « pas l?habitude de jouer contre des gauchers ». Ce fut tout de même le cas à trois reprises dans sa jeune carrière et il a toujours gagné. À deux reprises et chaque fois en deux sets contre Puerta, en 2003, à Umag, et cette année, à Acapulco. La troisième fois à Salvador, au Brésil, contre le Brésilien Ricardo Mello, en trois sets.
Prié de donner son favori pour la finale, Roger Federer a fait vendredi soir la réponse de Monsieur Tout-le-monde.
« Ils ont le même jeu, n?est-ce pas ? », a-t-il dit. « Comment Nadal fera face à un gaucher est difficile à dire. J?en fais mon favori mais il serait stupide de sous-estimer Puerta, je crois qu?il est conscient du danger. »
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