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Le ?Dr Jekyll and Mr Hyde? de la politique mauricienne ?
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Le ?Dr Jekyll and Mr Hyde? de la politique mauricienne ?
Trois appels d?excuse pour trois quarts d?heure de retard. Etienne Sinatambou sait mettre la manière pour ne pas basculer dans la désagréable liste des hommes importants retardataires. Ainsi entre-t-on dans l?univers du ministre des Technologies de l?information et des télécommunications. Affable, courtois et charmant, charmeur diraient plutôt ses détracteurs, Etienne Sinatambou se met à table avec l?assurance d?un homme du monde qui n?a pas peur de se faire ?cuisiner? par un journaliste. Homme du monde mais aussi un brin de celui qui sait que les tapes sur l?épaule sont plus faciles lorsqu?on est ministre.
Un coup d?oeil ici, quelques paroles là, d?emblée, il précise qu?il s?entend bien avec les gens. Il faut comprendre par là qu?on l?apprécie bien et que tout ce qui s?écrit ou se dit sur lui ne sont que des racontars. Bref Etienne Sinatambou pose le décor. Il n?est pas là pour un règlement de comptes. Mais pour une fois, il veut bien ouvrir son coeur. Le jeu du décodage peut dès lors commencer.
Mais c?est un décryptage qui se fait aussi en fonction de ce qui se dit de lui. Il en est conscient. Il y a, en effet, toute une pléthore de lectures critiques qui lui sont collées à la peau. Etienne Sinatambou préfère donc anticiper. Il aborde donc ces questions. Ces ?palabres et méchancetés?, on croirait presque entendre complot, qui tentent de le déprécier et le décrédibiliser. ?Faut-il répondre aux insinuations et notes venimeuses ?? se demande-t-il. Après un temps d?arrêt, il ajoute : ?Dans 50 ans, ce qu?on lira de moi donnera une image tellement négative de ma personne.? L?homme porte bien son ambivalence. C?est d?ailleurs un trait de caractère qui lui est propre. Entre l?homme qui veut s?ouvrir aux autres, ne serait-ce que par intérêt, et l?homme qui se conjugue résolument à la première personne, le choix n?est pas évident. C?est ce qui permet à une personne qui a travaillé avec lui de le comparer au personnage Collins de Pride and Prejudice de Jane Austen. Celui-là même à propos de qui un autre personnage disait : ?He is a pompous and self-conceited fellow.? ? Une personne pompeuse et vaniteuse.
Les exemples de ?son abus de pouvoir et de son arrogance? affluent chez d?autres personnes, du planton à des individus occupant de hautes fonctions et qui ont été contraints de démissionner ou ont été transférés. Pour différentes raisons, ces personnes préfèrent l?anonymat. Les excuses : ?Ce n?est plus la peine de chercher de nouveaux problèmes.? ?Tout cela est derrière moi. Après mon transfert, je n?aimerais pas créer une nouvelle polémique.? Bref, il semblerait que M. Sinatambou inspire toujours de la crainte, sinon que certains se cachent bêtement derrière une certaine forme de lâcheté.
?Je le connais depuis un certain temps et je n?ai jamais eu de problème avec lui. Mais une fois qu?on a commencé à travailler ensemble, je n?ai pas voulu me soumettre à des décisions dont j?allais par la suite assumer seul la responsabilité. Lui, ne faisait que dire que comme ministre, il doit être au courant de tout. Moi, je répondais qu?effectivement en tant que ministre, il a son mot à dire mais c?est moi qui dois assumer?, raconte un professionnel qui ajoute que le personnel de son service recevait des instructions pour ne pas parler à des personnes avec lesquelles le ministre ne s?entendait pas. ?C?est une personne charmante mais le problème, c?est qu?il croit être le seul à tout savoir. Il n?est pas un team player?, poursuit cet interlocuteur.
Le regard tourné vers son seul nombril et son intelligence ? Etienne Sinatambou balaie d?un revers de la main ces critiques. ?Je crois fermement dans mes droits et cela a été certainement à la source de beaucoup de problèmes dans ma vie. Je ne pense pas être prétentieux mais, lorsque je suis dans mon droit, j?utiliserai tous les moyens légitimes pour le faire respecter. Et ça à Maurice s?appelle de l?arrogance. On vous dit : Vous êtes prétentieux ! Trop souvent dans notre pays, c?est comme si on vous faisait une faveur que de respecter votre droit. Moi, je veux que les droits et mérites de tous les Mauriciens soient respectés. C?est cela le sens de mon combat politique?, affirme avec force Etienne Sinatambou.
?Affable, courtois et charmant, charmeur diraient plutôt ses détracteurs, Etienne Sinatambou se met à table avec l?assurance d?un homme du monde qui n?a pas peur de se faire ?cuisiner? par un journaliste.?
Discours politicien ? Probablement. Car même le ministre concède que certaines critiques peuvent avoir une petite part de vérité mais son interprétation diffère... ?On parle beaucoup des problèmes relationnels que j?ai avec des gens. Oui, j?ai un problème relationnel avec tous ceux qui sont incompétents, paresseux et sans principes?, soutient-il.
L?un de ses anciens collaborateurs, qui se présente comme un professionnel qui ne regarde pas le bout de ses chaussures lorsque le ministre se met en rogne, assure que celui-ci ne tolère aucune contestation. ?Il aime bien hausser le ton. Il ne cesse d?affirmer : I?m the Minister. Il veut que tout soit fait selon ses désirs. Il a une très haute opinion de sa personne. Ce qui fait que souvent il humilie les gens, il terrorise son personnel. Il est en retard de plusieurs heures à ses réunions. S?il fait partir autant de gens, cela voudrait dire qu?il est le seul qui soit compétent. On ne peut pas être aveugle à ce point !? tonne cet interlocuteur. ?S?il peut agir de la sorte, c?est qu?il a d?importants lobbies sinon il y a longtemps qu?il serait parti?, poursuit-il.
Lobby ? Un soutien indéfectible de Navin Ramgoolam ? Le ministre ne le pense pas mais précise que son franc-parler peut même déranger dans son camp. ?Le Premier ministre comprend ma vision des choses. Je suis là pour le prévenir lorsque je pense qu?il y a quelque chose qui ne va pas dans une direction qui lui sera favorable. Il peut accepter ou ne pas accepter mon point de vue. Moi, je dois faire mon travail quitte à ce que j?en souffre après?, laisse-t-il entendre.
Poursuivant son ode à Navin Ramgoolam, Etienne Sinatambou confie : ?Je suis honoré qu?il ait fait de moi un ministre et si, demain, il me demandait de démissionner, c?est en toute humilité que je le ferais. C?est quelque chose qu?on ne voit plus en politique, à mon avis. Il y a peu d?hommes qui peuvent renoncer à leur portefeuille ministériel ainsi. Etre au service de Navin Ramgoolam est un honneur et aussi un devoir. J?ai peut-être une notion noble de ce que doit être un ministre en ce sens.?
Il invite, dans le même souffle, la presse à ne pas décrédibiliser les hommes politiques et sa personne. C?est ce que lui inspirent les critiques qui lui sont adressées. ?Je suis convaincu qu?il y a des gens qui me veulent du mal et qui utilisent la presse pour cela. Au lieu de lutter avec ceux qui veulent changer les choses, vous cassez les gens qui veulent servir?, fait-il ressortir à cet effet avant de préciser : ?Ce que j?ai vécu ne fait que renforcer ma détermination à lutter pour la justice.? Ce n?est pas ce que pensent tous ceux qui ont quitté son ministère ou ont été transférés dans d?autres services ou encore les personnes qui occupaient des postes à responsabilité dans certains organismes et institutions parapublics tombant sous son ministère. Ceux-là n?ont qu?une question que formule l?un d?entre eux : ?Etienne Sinatambou doit expliquer pourquoi les gens ne peuvent pas travailler avec lui et inversement.?
Lui dit qu?il n?a pas une ligne zigzagante. Pour d?autres, le discours de Sinatambou est suffisamment révélateur de sa psychologie.
<B>Le regard d?une mère</B>
Chantal Sinatambou ne se veut pas complaisante à l?égard de son fils. Agée de 65 ans, elle se décrit, en reprenant ce que disent certains de ses proches, comme une dame de fer et, tout en affirmant que son fils ministre a hérité un peu d?elle, elle précise aussitôt qu?elle ne connaît pas ce fils qu?on dépeint dans les médias. ?Ce n?est pas l?enfant que je connais. Même les amis ne croient pas qu?il est comme ça. Je ne crois pas qu?il puisse changer autant à moins que ce soit la politique qui l?ait changé?, souligne-t-elle. De l?enfance et l?adolescence de son fils, Chantal Sinatambou se rappelle un garçon ?soumis et obéissant?. ?Très intelligent aussi (?) Très appliqué dans tout ce qu?il fait. Tout doit être en ordre. Et puis, je crois qu?il a hérité de ce petit côté ?si on me cherche on me trouve? de moi?, poursuit-elle. Des qualités de son fils, elle cite la franchise et la générosité et, de ses défauts, cette manie que toute chose doit être à sa place.
<B>Parcours</B>
Né un 25 décembre 1963 à Pointe-aux-Sables et marié à deux reprises, Etienne Sinatambou est père d?un garçon de 15 ans. Avec son frère aîné d?un an, ils sont les fils d?un clerc de notaire. Il fréquente le collège Royal de Curepipe où certains traits de son caractère se dégagent graduellement. Les enseignants, dira-t-il, le considèrent déjà comme un rebelle. A 18 ans, il conteste le fait que ce soient ses parents qui doivent signer son bulletin scolaire. Il est majeur et finalement c?est lui qui le signera. Il décide aussi qu?il fumera ses cigarettes ouvertement même si ce n?est, précise-t-il, ?pas dans l?enceinte de l?école?. ?J?ai quitté le collège avec 72 arrêts et 24 retenues le samedi. Mais je me suis toujours révolté contre l?injustice. J?étais très critique du système parce que je considérais qu?on prenait les jeunes pour acquis. Le rebelle que j?étais a évolué en un adulte très pointilleux sur ses droits?, se justifie-t-il. Il obtiendra la bourse d?Angleterre et celle de l?Alliance française la même année. ?C?est à ce moment que j?ai ressenti la plus grande injustice. Le gouvernement disait qu?il n?avait pas l?argent pour m?envoyer à Oxford et on avait dû débourser la moitié de la somme. Quant à la bourse de l?Alliance française, malgré le report que cette dernière m?avait accordé, les autorités mauriciennes avaient fini par la faire bénéficier à un autre?, se rappelle-t-il. Après les études, il décroche quatre diplômes, deux d?Oxford, un DEA de la Sorbonne et un Associate Research Fellowship de l?Institute of Advanced Legal Studies de l?université de Londres et peut prétendre à trois professions : avocat, notaire et environnementaliste. ?Malgré cela, je suis resté sans travailler pendant quatre ans et demi sous l?ancien gouvernement?, précise-t-il. Le salut viendra de Navin Ramgoolam. En 1999, il est nommé sur un comité alors même qu?il n?avait pas encore rencontré le Premier ministre d?alors. Dans le même esprit, Navin Ramgoolam lance un appel aux ?gens de bonne volonté pour aider le pays?. Etienne Sinatambou envoie son CV. Il est candidat et battu. Il revient à la charge en 2005. Pour être à présent ministre.
<B>Verbatim</B>
● ?Ce n?est jamais moi qui ai déclaré que je suis double lauréat. Mais devrais-je avoir honte d?avoir été l?un des premiers à l?être ? Beaucoup de ceux qui me connaissent me jugent brillant. Quel mal y a-t-il à cela !?
● ?On dit que j?ai mis aux arrêts, à genou, face au mur une personne de mon ministère. Vous vous imaginez cela dans la fonction publique au 3ème millénaire ? Autant me dire que j?ai violé ma mère !?
● ?Je gêne par mes principes et je ne vole pas. Parce que n?ai pas peur d?afficher mes principes, on avance que je suis arrogant !?
● ?Malgré mes quatre diplômes universitaires, je n?ai jamais été appelé, sous l?ancien gouvernement, à représenter mon pays.?
● ?Quand je regarde l?absence de respect envers les hommes publics aujourd?hui, je me demande si l?histoire politique de notre pays ne devrait pas sanctionner les gouvernants de ces 25 dernières années.?
● ?On entre en politique ou on perd à jamais le droit de se plaindre.?
● ?On dit que des conseils d?administration tombant sous mon ministère ne fonctionnent pas. Or, six sur neuf fonctionnent. Et je n?ai rien à faire avec les problèmes des trois autres. On leur a dit de ne pas tenir des réunions jusqu?à nouvel ordre. Un point c?est tout !? ● ?J?ai seulement trois règles à mon bureau. Premièrement, ?the minister knows first?. Je ne peux être le premier responsable de tout ce qui se passe et l?apprendre en dernier. Deuxièmement, la loyauté. Enfin, la qualité. Ce qui me scandalise : c?est que mes trois règles sont violées tous les jours !?
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