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Le Dr Gujadhur frôle la mort
Le bras droit plâtré, le nez cassé, portant une minerve et des bandages à la jambe droite, le Dr Vasantrao Gujadhur a triste mine.
Calé dans un sofa, il contemple avec ennui le plafond, dans sa maison perchée sur le flanc de la montagne à Vallée-des-Prêtres. Il y est bien forcé. Et pour cause : il a vu la mort de très près dimanche dernier. Une voiture l?a renversé sur la chaussée alors qu?il venait de garer sa voiture en face de lotel dithé Pakistan à Port-Louis.
« Il était près de 21 h 30. Je venais de fermer ma portière lorsque j?ai soudain vu une voiture venir vers moi en zigzaguant. Elle venait de Plaine-Verte. Le chauffeur semblait ne pas pouvoir contrôler son véhicule et prenait trop sur la gauche. Je n?ai pas eu le temps de penser à quoi que ce soit, en une fraction de seconde je me suis retrouvé par terre », raconte ce médecin de l?État
qui travaille au centre de santé de Goodlands. Même après l?avoir percuté, le véhicule ne s?est pas arrêté. « La seule chose dont je me souviens, c?est que la voiture avait un pot d?échappement type sport car elle faisait beaucoup de bruit. »
« Li ti pé roule brite. » Si le médecin avait traversé la rue à ce moment-là, il serait peut-être mort et enterré. Là, il est passé à un doigt de la mort car il a été atteint aux vertèbres cervicales.
Comme lui, d?autres habitués de lotel Pakistan, condamnent le fait que les véhicules qui viennent de la Plaine-Verte pour aller dans la rue SSR roulent trop souvent à tombeau ouvert. Sans compter ces motocyclistes qui font du rodéo au mépris du code de la route, en doublant à gauche ou sur un passage clouté. « C?est le far-west sur cette partie de la route : les automobilistes se garent n?importe comment, les marchands ambulants squattent le trottoir et les gens traversent n?importe où », condamne un habitant.
Obligé de se reposer, le Dr Gujadhur espère toutefois pouvoir aller dans deux semaines en Cour suprême pour suivre le procès qu?il intente au civil à l?ancien ministre de la Santé, Kishore Deerpalsingh. « Mo espéré mo pou truv zot là-bas », sourit-il difficilement. Le procès a été renvoyé à trois reprises à cause de l?absence du défendeur. Il souhaite que cette fois-ci « soit la bonne ».
Le Dr Vasantrao Gujadhur avait fait la une des journaux en 1999 après avoir été pris d?un malaise cardiaque lors d?une réunion particulièrement houleuse au bureau de l?ancien ministre travailliste, le jeudi 4 février de cette année-là. Kishore Deerpalsingh avait été accusé d?avoir eu des écarts de langage ayant provoqué le malaise du médecin. Ce dernier s?expliquait sur un différend qui l?opposait à un patient. Un policier l?accusait de lui avoir refusé des soins au centre de santé de Goodlands sous prétexte qu?il était trop tard. Mécontent, le patient avait alors consigné une déposition à la police et envoyé une lettre de protestation au ministère de la Santé.
« Défendre l?indéfendable »
À la suite d?une enquête départementale, Kishore Deerpalsingh avait déclaré que le Dr Gujadhur était coupable de non-assistance à personne en danger. L?affaire, notamment le malaise du médecin, avait été médiatisée
par plusieurs journaux. Kishore Deerpalsing avait alors intenté un procès au médecin et à quatre journaux. Lors d?une conférence de presse pendant la même période, l?ancien ministre de la Santé avait déclaré qu?il comptait s?appuyer sur les dispositions de l?article 24 (b) du Court?s Civil Procedure Act pour réclamer l?emprisonnement du médecin.
L?incident avait pris une telle ampleur que la Medical and Health Officers? Association (MHOA) et la Government Medical and Dental Officers? Association (GMDOA) étaient sorties de leur réserve, demandant au ministre de mettre un terme à « l?escalade de la provocation contre la profession médicale ». Dans un communiqué, elles avaient dénoncé « les propos et le langage abusif » de Kishore Deerpalsingh. Ce dernier avait décidé de ne plus faire de déclaration à la presse? Et de demander aux deux associations de ne pas essayer « de défendre l?indéfendable ».
Par la suite, la MHOA et la GMDOA avaient réclamé la mutation de Kishore Deerpalsingh à un autre ministère et sollicité une rencontre avec l?ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam. Des médecins de l?hôpital de Flacq avaient aussi envoyé une lettre à la presse condamnant la façon dont le Dr Gujadhur avait été traité. Depuis, beaucoup d?eau a coulé sous le pont?
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