Publicité
Le dilemme de Pravind
par Nazim ESOOF
C?est du vaudeville. La lutte à mort à laquelle se livrent Pravind et Paul relève du mimodrame de la politique mauricienne. Les accusations mutuelles fusent. Les coups bas ne manquent pas. Il ne s?agit pas de savoir ici qui dit la vérité. Elle est forcément subjective et chacun a la sienne. Le goût d?échec semble être resté au travers de la gorge de nos deux protagonistes de l?opposition. Pourtant les premières initiatives suivant les débâcles électorales paraissaient logiques. Les trois partenaires de l?ancienne alliance gouvernementale décidaient de se séparer pour se concentrer sur la restructuration de leurs partis respectifs. Puis on a compris que le mal était profond.
La guerre larvée entre les deux leaders, Paul Bérenger et Pravind Jugnauth, éclatait en plein jour. Qu?est-ce qui s?est passé en fin de compte ? Les caciques du MMM accusent le MSM de faire campagne, dans le cadre des réunions de mobilisation du 1er Mai, contre la personne de Bérenger, empruntant les mêmes techniques du PTr. Ceux du MSM ne tardent pas à monter au créneau accusant les dirigeants du parti mauve d?orchestrer un coup d?état à la tête de leur parti. Ces derniers réclameraient la tête du neveu pour installer l?oncle comme le nouveau roi de la dynastie Jugnauth. Le MMM rétorquait que son souhait était seulement de voir Ashock Jugnauth prendre le poste de chef de file du MSM au Parlement, voire celui de leader de l?opposition. C?est une version de l?histoire qui semblait plausible jusqu?à l?intervention d?Alan Ganoo sur les ondes d?une radio privée. Ce proche de Bérenger concédait que le MMM voyait bien Ashock Jugnauth à la tête du MSM car il présenterait de meilleures chances de réussite pour une éventuelle alliance MSM-MMM aux prochaines législatives. Du coup, la thèse de Pravind Jugnauth s?en trouve accréditée.
En fin de compte, on réalise qu?aujourd?hui le chemin de croix de Pravind Jugnauth ne fait que commencer. Au-delà du fait que les partis de l?opposition s?enfoncent dans des guerres de personnalité renonçant à la noble mission de construire une alternance, il demeure que Pravind Jugnauth est pris dans un dilemme cornélien. Avec Paul Bérenger devenu frère ennemi, il se découvre un allié en Navin Ramgoolam qui subitement commence à trouver des qualités aux Jugnauth père et fils. De la discipline et de la capacité au travail du premier à la référence au Coran pour rappeler que Mahomet a été trahi par son oncle, une allusion explicite au sort du second, Navin Ramgoolam a commencé à construire la pérennisation de son pouvoir. Avec un Pravind Jugnauth présenté comme vice-Premier ministre et un MSM en principal allié, il sait qu?il présentera une configuration imbattable aux prochains rendez-vous électoraux.
Reste à savoir à présent ce que fera Pravind Jugnauth. Entre la ?trahison? de Bérenger et les noces projetées avec un Navin Ramgoolam qu?il a toujours combattu, il se retrouve dans un inextricable dédale. L?orgueil blessé d?un homme politique peut le pousser à des extrêmes. Il y a tellement d?exemples en ce sens. Aujourd?hui la question se pose de savoir jusqu?où ira le leader du MSM ? Entre son désir de tuer politiquement Paul Bérenger, son rejet de Navin Ramgoolam et la nécessité de s?imposer comme la nouvelle majesté de l?empire soleil, il est pris entre des feux multiples.
Dans l?immédiat, il fait l?apprentissage de la realpolitik. Sans doute déçu de ce qu?il doit considérer comme l?immaturité politique des électeurs aux dernières législatives, il se livre aux pratiques du landerneau. L?enfer étant toujours pavé de bonnes intentions, le leader du MSM risque dans cette épreuve de durcissement de perdre l?essence d?un engagement politique sain. Dans un autre monde, il aurait été à l?avant-garde des forces qui construisent l?alternance. Il aurait travaillé à un cahier critique de l?action gouvernementale. Il aurait combattu le gouvernement sur le plan des idées?
Publicité
Publicité
Les plus récents