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Le devoir de transparence

15 mars 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Jour après jour, la controverse s?enfle autour du rapport N?Tan sur les présumés transferts irréguliers de fonds à la MCB. Accusé par l?opposition de vouloir étouffer l?affaire, le gouvernement peine à trouver une parade. La banque incriminée et la Banque centrale, non plus, ne peuvent pas réagir. On n?avancera pas beaucoup tant que les autorités continuent à garder le silence sur le rapport. Pourtant la transparence est l?une des pierres angulaires de la démocratie.

Les autorités se drapent dans les règlements bancaires pour justifier leur mutisme. Entre-temps, chaque citoyen apporte sa version des faits par rapport aux bribes d?informations qu?il a entendues ou lues à ce sujet. Un terrain fertile est créé pour la propagation de rumeurs. Une psychose nationale peut en résulter. Dans ces circonstances exceptionnelles, il est nécessaire de déroger exceptionnellement aux procédures.

Le rapport paraît déjà en feuilleton dans les médias qui en diffusent les extraits que leurs contacts ont bien voulu leur donner. Les journalistes sont dans leur rôle, certes, mais cette publication sélective nous prive d?une connaissance globale de l?affaire. Les dangers de manipulation sont importants car il va de soi que ceux qui organisent des fuites le font pour servir des intérêts précis.

La publication du rapport N?Tan est nécessaire d?abord parce que la transparence est une exigence de toute démocratie vivante mais, aussi, parce qu?elle donnera l?occasion à toutes les parties concernées d?expliquer leurs positions et de se défendre, le cas échéant.

L?Etat, qui a priori n?est pas directement mis en cause dans le rapport, n?apparaîtra pas non plus comme un complice voulant dissimuler des pratiques bancaires irrégulières. D?autre part, si la banque qui est soupçonnée d?irrégularités, la MCB, est en présence de l?ensemble des faits avancés, elle sera mise en demeure de s?expliquer. Quant à la Banque centrale, elle invoque le devoir de confidentialité pour garder le rapport sous le boisseau, mais les éléments les plus scandaleux sont déjà connus du public ! Une publication intégrale permettra, au contraire, de nuancer quelques accusations faites çà et là.

Il est possible que tant l?opinion publique que l?opposition ait eu une idée complètement déformée de l?affaire à travers des extraits volontairement tronqués que certains ont bien voulu diffuser. Si c?est le cas, ceux dont l?image est écornée par l?affaire n?ont pas intérêt à s?opposer à la publication intégrale du rapport. Il est normal que la controverse soit alimentée par ceux qui veulent embarrasser les autorités et mettre la MCB au banc des accusés. Mais pour quelles raisons le gouvernement peut-il refuser d?insister auprès de la Banque centrale pour qu?elle divulgue les éléments non encore disponibles?

Dans le sillage de cette affaire, une question essentielle se pose sur la marge de man?uvre qui est accordée à la Banque centrale. Il semblerait, selon les informations qui ont filtré jusqu?ici, que l?organisme régulateur n?a pas réagi après le constat fait par N?Tan. De deux choses l?une, soit il a choisi de fermer les yeux sur les excès relevés, ou alors il a agi dans le secret. Or, personne ne peut demander des comptes à la Banque centrale. Il est temps d?instaurer une pratique qui permettra à une commission parlementaire d?interroger le gouverneur de la Banque centrale sur son action ou inaction.

L?opposition a fait ressortir qu?à l?étranger, le rapport sur la banque Barrings a été rendu public. Evidemment, dans une démocratie, on ne transige pas sur le droit de savoir.

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