Publicité

Le Dakar perd un géant

12 janvier 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L'Italien Fabrizio Meoni, double vainqueur du Dakar en 2001 et 2002, victime d'un arrêt cardiaque lors de la 11e étape entre Atar et Kiffa, en Mauritanie, est décédé mardi à l'âge de 47 ans.

C'est le Français David Frétigné qui a découvert celui qui était alors deuxième du général. Il s'agissait de son 13e et dernier Dakar. Le Toscan était revenu sur sa décision d'arrêter de disputer cette course après avoir annoncé sa retraite à la fin de l'édition 2004.

?Il est tombé après le deuxième point de passage de la spéciale à 10h15?, a précisé Etienne Lavigne, directeur de l'organisation. ?Nous avons envoyé un hélicoptère qui est arrivé à 10h36. Il l'a trouvé en situation d'arrêt cardiaque. Malheureusement, 45 minutes de massage cardiaque n'ont pas permis de le ramener.On l'aimait profondément, c'est quelqu'un qui a beaucoup marqué le Dakar. C'était un type fabuleux, un grand comédien, un très bon avocat. Nous sommes tous terriblement affectés par cette nouvelle?.

Il a chuté à 10h15 GMT au km 184 de la spéciale qui en comptait 400, à un endroit qui ne présentait aucun danger selon David Frétigné, qui le suivait. ?Je ne comprends pas ce qui s'est passé?, a déclaré le pilote Yamaha. ?A mon avis il regardait ses instruments. Les motos sont assez lourdes avec le poids de l'essence, puisqu'on sortait du ravitaillement, il a dû être déséquilibré par une dunette et il n'a peut-être pas réussi à récupérer sa moto?.

?On venait de se perdre et on cherchait la piste?, a-t-il précisé. ?Cyril Despres l'a trouvée et il est parti rapidement. Fabrizio est parti dans sa poussière et 300 mètres après j'ai vu Coma qui levait la main. J'ai freiné. J'ai tout de suite compris que c'était grave car il saignait beaucoup. J'ai eu du mal à trouver sa balise de détresse, je l'ai déclenchée et j'ai attendu car je n'arrivais pas à partir?.

<B>Funeste série</B>

Sur la ligne d'arrivée de l'étape, certains motards, comme Cyril Despres ou Jean Brucy, ses équipiers, se sont effondrés en apprenant sa mort, trois mois et demi après celle de leur autre équipier Richard Sainct lors du rallye des Pharaons.

Les pilotes se sont recueillis plus d'une heure dans une salle à l'arrivée de la liaison à Kiffa. Certains souhaitaient continuer en hommage à l'Italien, d'autres trouvaient plus sage d'arrêter ou envisageaient de neutraliser la 12e étape, mercredi entre Kiffa et Bamako, mais rien n'a été décidé.

?C'est encore trop tôt?, a déclaré Etienne Lavigne. La direction de la marque autrichienne, dans un communiqué publié mardi soir, conseillait vivement à toutes les équipes KTM et à tous ses pilotes d'usine de se retirer de la course. Elle laissait toutefois aux pilotes et aux équipes le choix de cette décision.

Finalement, en hommage à leur ami, les pilotes ont décidé de poursuivre l?aventure, ne disputant toutefois pas la spéciale du jour entre Kiffa et Bamako. En pleurs mardi soir, les motards ne se sont pas sentis capables de reprendre la route après la nouvelle disparition de l'un des leurs, survenue au lendemain de la mort de l'amateur espagnol Jose Manuel Perez. Les deux roues et leurs pilotes sont donc acheminés à Bamako par avion. En revanche, l'étape, longue de 819 km dont 586 km de spéciale, a été maintenue pour les autos et les camions, qui ont témoigné à leur manière. Chaque véhicule portait notamment un cheich noir en hommage au pilote italien.

Après les disparitions tragiques de Richard Sainct au rallye des Pharaons en septembre et de Meoni, KTM ajoute qu'elle va réexaminer son engagement futur dans le monde des rallyes.

Sa mort suit celle du motard amateur espagnol Jose Manuel Perez, victime d'une chute jeudi lors de la septième étape.

Elle survient également un peu plus de trois mois après le décès du Français Richard Sainct, triple vainqueur du Dakar en 1999, 2000 et 2003, victime d'un accident mortel durant le rallye des Pharaons.

Né le 31 décembre 1957, Meoni était marié et avait deux enfants. Il avait encore déclaré dimanche que pour lui, s'était ?la dernière fois? et qu'ensuite, il serait content de rester chez lui.

Il est la 22e personne à trouver la mort sur le Dakar depuis sa création il y a 27 ans. Mais c'est la première fois depuis 1992 que plus d'un engagé meurt la même année.

En plus de ses deux Dakar, Fabrizio Meoni avait gagné cinq fois le rallye-raid des Pharaons, en Egypte (1996, 1998, 1999, 2000 et 2001), et quatre fois celui de Tunisie (1997, 2000, 2001 et 2003). Il avait également remporté la Coupe du monde tout-terrain en 2000.

Patrick Zaniroli, était très affecté par la mort de Meoni . ?Je me sens abattu?, a déclaré le directeur sportif du Dakar. ?On ne peut pas se sentir autrement après une journée pareille. C'est toujours un drame comme lundi avec le motard espagnol Jose Manuel Perez, qui a succombé quatre jours après une lourde chute, mais vu la carrure du bonhomme, cela suscite encore plus d'émotion. C'était un des piliers de cette épreuve, un digne descendant des Neveu, Auriol ou Peterhansel?.

Rapidement arrivé sur les lieux en hélicoptère, Patrick Zaniroli a ?tout de suite vu que c'était grave?. ?Les médecins ont fait le maximum, ils ont lutté trois quarts d'heure pour le réanimer?, a-t-il ajouté. Pourtant, la chute n'avait pas l'air si dramatique. ?C'était entre guillemets une chute ordinaire?, a-t-il raconté. ?C'est ses amis pilotes qui étaient juste derrière qui me l'ont dit sur la ligne d'arrivée?

Stéphane Peterhansel, six fois vainqueur en motos et leader du général autos, cherchait lui aussi à comprendre : ?Quand j'ai vu sa moto en passant, je me suis dit merde c'est Fabrizio, il est tombé. Mais, sur le coup, je n'ai pas pensé que c'était grave. J'ai cru qu'il s'était cassé une clavicule ou un poignet. Et quand on apprend à l'arrivée... C'est terrible, insoutenable?, a avoué le Français. ?Ce qui est étonnant, c'est qu'à l'endroit où ça c'est passé, il n'allait sûrement pas vite. C'est vraiment pas de chance. Tous autant qu'on est ici sur le Dakar, peut-être qu'on cherche les ennuis. Après tout, il y a 150 000 personnes qui n'ont rien demandé et sont mortes pour rien, ça n'enlève rien au chagrin qu'on aura, mais c'est vrai qu'on cherche les ennuis. Quand j'ai arrêté la moto, c'était aussi pour ça, je ne voulais vraiment pas faire la course de trop?.

Publicité