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Le déshonneur

27 octobre 2008, 01:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L'organisation internationale «Reporters sans frontières» (RSF) tire la sonnette d'alarme. Dans le classement mondial de la liberté de la presse qu?elle vient de rendre public, Maurice accuse un recul flagrant. Du 25e rang l?année dernière, le pays dégringole à la 47e place cette année. Cette contre-performance est le signe d?un sérieux manquement dans le processus démocratique chez nous.

Pour bien saisir l?importance du revers subi par notre pays, il faut savoir que ce classement se fonde sur des critères qui «recensent l'ensemble des atteintes directes contre des journalistes ou contre des médias». Nous sommes devancés, à ce tableau, par des pays tels que la Namibie, le Mali et le Cap-Vert. Ceux-ci comptent donc parmi les pays africains qui sont plus respectueux que nous de la liberté des médias. C?est un déshonneur.

En fait, les premières menaces contre la presse ont commencé à poindre juste après l?installation d?une nouvelle majorité en 2005. Le nouveau gouvernement agita le spectre d?une «Media Commission» officielle pour contrôler la presse. Le projet de loi instituant cette instance n?a jamais été rendu public mais son principe avait suscité de sévères critiques de la part des professionnels des médias. Ils ont mené un combat sans relâche contre ce recul démocratique et le projet fut suspendu.

Puis, le gouvernement a donné, coup sur coup, des signaux pour bien montrer qu?il faut prendre au sérieux ses avertissements à la presse. D?abord, trois journalistes, dont le rédacteur en chef de l?hebdomadaire «Week-end», ont été arrêtés et inculpés de publication de fausses nouvelles et de diffamation. L?accusation reposait sur une base frivole. Ils ont tous trois bénéficié d?un non-lieu en cour.

Ensuite, c?est le bruit des sabots des officiers du «Central CID» dans la salle de rédaction de «Radio One» qui a constitué un réveil brutal pour ceux qui étaient restés insensibles aux menaces brandies dès 2005. Une bande d?enquêteurs a fait irruption dans les locaux de «Radio One», en mars dernier, pour interroger deux journalistes, Karishma Beeharee et Humaira Ali, pour une histoire banale.

Ces man?uvres constituent une intimidation d?Etat. Elles mettent la pression sur les médias même si, en fin de compte, la légèreté de l?accusation conduit les autorités à abandonner les procès. Pour autant, nous ne pouvons être sûrs d?être à l?abri d?un coup de force à la Mugabe. Les journalistes peuvent réellement être envoyés derrière les barreaux pour des délits de presse si l?opinion publique ne défend pas son droit à l?information.

Rappelons certains autres critères utilisés par RSF : Y a-t-il un monopole de l?Etat sur la télévision ? L?Etat cesse-t-il d?acheter de l?espace publicitaire dans certains journaux qui refusent la mise sous tutelle ? Des journalistes rencontrent-ils des difficultés majeures pour accéder à l?information publique ou officielle ? Nous, qui avons la réponse à ces questions, savons que le rang de Maurice aurait pu être bien pire?

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