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Le désespoir de l?ICAC

8 août 2008, 00:00

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<B>Par Raj MEETARBHAN</B>

Les récents propos du directeur de la commission anti-corruption font frémir. On sent qu?il se laisse aller au découragement. Si le commis de l?Etat à qui incombe au premier chef la responsabilité de lutter contre la corruption s?abandonne au pessimisme, la situation est désespérée. Un directeur qui n?a pas le moral perd la capacité de mener à bien son équipe.

Déjà, dans l?affaire Chady, on peut regretter que l?ICAC n?ait pas retenu l?option la plus efficace pour faire la lumière sur le versement allégué de pot-de-vin au président de la «Mauritius Ports Authority» (MPA). La commission a préféré ignorer le recours prévu par la Convention des Nations unies contre la corruption. Elle envisage plutôt d?emprunter une piste tortueuse dont le résultat est, pour le moins, aléatoire.

Ainsi, apprend-on, les enquêteurs de la commission vont d?abord compiler un dossier. Ensuite, ils feront des recommandations au bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP). Ce dernier jugera à son tour s?il est opportun de présenter aux autorités néerlandaises une demande d?assistance, tout cela suivant une procédure quelque peu dépassée.

Pourtant, la Convention internationale contre la corruption, adoptée par l?assemblée générale de l?ONU en octobre 2003 est un instrument moderne dont dispose l?ICAC pour aller plus vite dans sa tâche. L?article 46 de ce texte, intitulé «Entraide judiciaire», impose une exécution rapide de toute demande de coopération internationale. Il prévoit que les États s?accordent «l?entraide judiciaire la plus large possible lors des enquêtes, poursuites et procédures judiciaires» concernant la corruption. Sollicités par l?ICAC, les Pays-Bas auraient diligenté l?enquête.

Les autorités locales n?ont pas fait progresser l?enquête depuis que le scandale a éclaté. Dans cette affaire, une société néerlandaise, Boskalis International, est soupçonnée d?avoir versé 25 000 dollars américains sur le compte de Siddick Chady en octobre 2006, soit deux mois après avoir bénéficié d?un contrat de Rs 500 millions pour le dragage du port. Répondant à une question au parlement, le Premier ministre a avoué que jusqu?ici, le gouvernement n?a fait qu?adresser une lettre à Siddick Chady «requesting his comments on the allegations» et une autre à Boskalis «to seek explanations from the foreign company». L?Etat aurait pu avoir trouvé des moyens plus sûrs pour établir la vérité.

L?ICAC ne met pas toutes les chances de son côté, non plus, pour savoir si les allégations contre le président de la MPA sont fondées ou non. Le manque d?empressement de la commission est lié à l?état d?esprit de son directeur. Celui-ci confiait, il y a quelques semaines, que «c?est difficile de trouver des preuves dans les affaires de corruption» en rappelant qu?à Hong Kong «seulement 3 % à 5 % des cas aboutissent à des poursuites»? Une manière de prévenir les Mauriciens qu?il ne faut pas placer de grands espoirs dans le travail de l?ICAC.

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