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Le débat s?étend

18 février 2006, 00:00

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Des groupes socioculturels font bloc derrière Gokhool

La réforme Gokhool n?a pas que des ennemis. Des supporters du ministre de l?Education sont montés au créneau hier. Une vingtaine d?associations socioculturelles ont formé un front commun pour soutenir la réforme. L?objectif est clair : s?assurer que les mesures proposées par le gouvernement arrivent à bon port.

«Depuis la réforme de l?éducation, une minorité de personnes se sont élevées contre cette mesure. La majorité silencieuse s?est s?abstenue de faire des commentaires pour laisser travailler le gouvernement. Mais c?est trop. Nous devons affirmer notre position», soutient le porte-parole du National Common Front, Somduth Dulthumun. Cette plate-forme comprend notamment la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation, la Muslim Youth Federation, Mauritius Arya Sabha, Mauritius Arya Ravived Pracharini Sabha, la Chinese Midlle School, la Hindu House et la Voix créole.

Somduth Dulthumun rappelle que le gouvernement s?est engagé, aussitôt arrivé au pouvoir, à enclencher une refonte en profondeur du système éducatif, pour donner une world class education aux jeunes. «C?était dans le manifeste électoral du gouvernement. Ce dernier ne fait qu?appliquer sa promesse.» Le porte-parole du front commun argue que le gouvernement a été plébiscité aux dernières élections.

Il estime que cette réforme permet une meilleure égalité de chances pour tous les enfants et de les équiper face aux nouvelles exigences du marché du travail.

Il affirme que l?ancien système éducatif était un système à multiples vitesses. Car il y avait les star schools du Bureau de l?éducation catholique (BEC), comprenant des collèges de Form I à VI, les collèges régionaux, les collèges de Form VI, et finalement les collèges privés dont la sélection se fait par l?argent. «Cela a été un échec total, et la réforme Gokhool apporte une justice pour tous les enfants du primaire.»

Dans un autre ordre d?idées, Somduth Dulthumun dit ne pas apprécier la façon de faire de Mgr Maurice Piat. « On ne peut pas aller discuter avec le chef du pays et porter un brassard noir.» Il égratigne également l?Eglise catholique qui approuve le concept de mixed abilities. «Combien d?enfants défavorisés peuvent accéder aux collèges du St.-Joseph ou du St.-Esprit ?»

Raffick Santally, président de la Muslim Youth Federation, estime que grâce à la réforme Gokhool, tous les enfants mauriciens auront désormais la chance de s?épanouir. «Elle ramène une justice dans le système éducatif.»

L?autre intervenant était le vice-président de l?Arya Sabha, Roodrassen Neewoor. A ses yeux, deux éléments sont à faire ressortir dans cette réforme : les collèges nationaux et l?introduction du grade A+. Il trouve injuste que le BEC conserve ses star schools, alors que le collège Royal, le Queen Elizabeth College (QEC), et le SSS Maurice Curé, entre autres, doivent disparaître de la scène. «Le gouvernement rétablit cette anomalie en créant les collèges nationaux.»

Par rapport au A+, il souligne que les élèves vont intégrer ces collèges selon leur mérite. «C?est exactement la même chose pour les collèges gérés par le BEC et qui ont 50 % de sièges réservés sous leur contrôle.»

Des professionnels préconisent une éducation plus juste

Un mouvement citoyen a vu le jour hier soir, à Curepipe, pour protester contre la réforme du ministre de l?Education, Dharam Gokhool. Ce mouvement, qui a réuni environ 700 personnes au collège de Lorette, prévoit d?organiser une «grande manifestation» pour dire non à la réforme Gokhool.

Une résolution dans ce sens a été adoptée à l?issue d?un forum-débat sur le thème : La réforme Gokhool est-ce bien pour l?enfant mauricien ? Dix autres résolutions ont été votées : Dire non à la réforme proposée par le gouvernement ; organiser un référendum national sur cette réforme ; dire non à l?échec scolaire pour 40 % d?enfants ; offrir une éducation qui luttera contre la pauvreté ; abolir les leçons particulières ; donner des cours de rattrapage aux frais de l?Etat pour les élèves qui apprennent moins vite ; enseigner dans la langue maternelle , mettre sur pied des star colleges dans chaque région ; soumettre un rapport des pédagogues au gouvernement et laisser les enfants profiter de leur différence.

Cassam Uteem, ancien président de la République, Arnaud Carpooran, chargé de cours à l?université de Maurice, Majorie Desvaux, enseignante au collège St.-Esprit Case Noyale, Hervé Sylva, ancien maître d?école et Mélanie Vigier de La Tour, pyschosociologue, participaient à ce forum-débat.

Cassam Uteem dit craindre pour l?avenir du pays «car quelque chose se trame». Il faut que chacun prenne ses responsabilités car, au cas contraire, la situation «risque de déraper». Le débat semble être faussé parce que certains commencent à revendiquer leur appartenance à telle ou telle institution scolaire. «Ce qui compte c?est l?avenir de nos enfants. Avec le système actuel, ils sont condamnés à devenir des robots. Ils perdent leur enfance.» Cassam Uteem renchérit : «Si le gouvernement ne prend pas en considération ce que nous disons, nous allons conclure que ce n?est pas l?intérêt de l?enfant qui compte pour lui.» Il fait ainsi plusieurs propositions, notamment : l?abolition des leçons particulières, la promotion du kreol dans l?enseignement au primaire, l?approfondissement du concept de régionalisation à travers la création de collèges QEC et Royal dans chaque région.

L?ancien président souhaite que le débat sur la réforme ne débouche pas sur une situation de confrontation qui sera dramatique pour le pays. Il demande aux forces vives d?être vigilantes.

Majorie Desvaux déclare qu?on ne peut décider de l?avenir d?un enfant. Elle utilise un langage imagé pour mieux traduire sa pensée. «Kan ou met la grin dan later eski ou kone ki sanla pou pouss pli vite ?»

Hervé Sylva affirme de son côté que le système éducatif actuel inflige un stress considérable aux parents et aux enfants. Le nouveau système favorisera les leçons particulières.

Arnaud Coopooran trouve que le système actuel est devenu «pourri et immoral», car, chaque année, 40 % d?enfants ne réussissent pas aux examens du CPE. Il finit par créer de jeunes délinquants.

Mélanie Vigier de la Tour, argue que toutes les recherches démontrent que les études sont la première cause d?angoisse des enfants. A ses yeux, la réforme Gokhool va à l?encontre de la Convention internationale sur les droits de l?enfant.

Une étudiante et sa mère angoissée par la réforme Gokhool ont également témoigné.

Des instituteurs pour la parité entre collèges d?Etat et privés

Une série de réunions est à venir à travers l?île. Objectif : expliquer pourquoi les instituteurs du primaire soutiennent la réforme Gokhool. Ceux-là se sont constitués ainsi en Front commun des instituteurs, la plate-forme Pro A+, pour mieux faire passer le message.

Six syndicats se sont joints au mouvement notamment la Government Teachers? Union (GTU), la Government Hindi Teachers Union (GHTU), la Deputy Head Teachers Union (DHTU), la Mauritius Head Teachers Association (MHTA) et la Mauritius Retired Teachers Association (MRTA).

Rencontrant la presse hier, Vinod Seegum, affirme qu?il soutient la réforme du ministre Gokhool qui «vise à valoriser le Certificate of Primary Education (CPE) et à rétablir la parité entre les collèges d?Etat et les collèges privés. Le front est donc d?accord avec le critère A+». Il affirme qu?il est faux de dire que l?introduction du ranking va encourager les leçons particulières. «Les leçons particulières sont dans nos m?urs depuis longtemps. Sinon comment expliquer le fait que l?Etat met ses écoles à la disposition des enseignants pour des leçons particulières ?» interroge-t-il.

Culture du travail

Il ajoute que l?introduction du ranking vise à inculquer la culture du travail chez les enfants.

«Cette culture risque de prendre du temps pour se matérialiser à l?adolescence», explique Vinod Seegum. Le président de la GTU est également d?avis que cette formule ne change rien au travail des instituteurs.

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