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?Le Coureur? rattrapé par l?Histoire
Hasard d?une plongée. Au fond de l?eau : un trésor archéologique. L?épave de Le Coureur a été découverte en octobre 2004 par un plongeur de la ferme aquacole, Armiyo Vurdapa Naiken, au large de Pointe-aux-Feuilles. Le fruit des missions archéologiques est exposé au Mauritius Institute jusqu?au 10 septembre.
Les objets récupérés de l?épave sont disposés dans une demi-douzaine de présentoirs vitrés accompagnés de panneaux explicatifs concis écrits en français et en anglais. La première mission archéologique a été lancée en avril 2005, pour étudier les restes du navire. Enjeu majeur de cette découverte : déterminer avec exactitude si Le Coureur était effectivement un négrier et en quoi l?épave pouvait contribuer à mieux comprendre cet inhumain commerce.
Les trouvailles sont regroupées par thème. La première vitrine est occupée par des restes de la structure du navire. Des poulies, des clous, des morceaux de plaque de cuivre utilisés pour doubler la coque du bateau, un bout de gouvernail. Le tout méthodiquement expliqué. Note intéressante : nous apprenons que même le fabriquant de ces plaques de cuivre, Thomas Williams, roi du cuivre britannique au 19e siècle, était réputé être un fournisseur de marchandises de traite et également un fervent opposant à la promulgation des lois antiesclavagistes.
Le site archéologique est situé dans la baie de Mahébourg à 1.3 milles au sud de Grande-Rivière-Sud-Est. Les restes du navire reposent par quatre à 14 mètres de fond. Le site principal est d?une superficie totale de 600 mètres carrés. La campagne archéologique a duré trois mois. Son objectif principal : vérifier l?identité du navire. Une fois étudiées, les structures de l?épave ont été recouvertes de sédiment pour en assurer la préservation à long terme.
Auparavant, les plongeurs en ont ramené une collection de minerais de fer, de granite, de silex, de marbre, de galets de quartz, d?ardoise et de schiste qui servait de lest au navire. ?Le Coureur était chargé d?une grande quantité de ballast, ce qui est typique des négriers. Une cargaison humaine est mobile et nécessite une meilleure stabilité du navire?, explique la documentation affichée au Mauritius Institute. Un ballast composé de roches de Maurice, des îles avoisinantes et d?Afrique de l?Est.
Une époque,une mentalité
Egalement exposés, les documents administratifs relatifs à Le Coureur. Ces feuilles noircies et abîmées par le temps sont le registre des navires appartenant à la ville de Port-Louis (1818 ? 1824), où l?on peut constater qu?il y a plusieurs entrées pour le navire. Sont aussi montrées, les correspondances du département de la police concernant le débarquement des esclaves de Le Coureur, la déposition du capitaine Charles Letord dit Dorval devant la Commission d?enquête (23 décembre 1826 et 16 février 1827). Nous ne pouvons que regretter qu?une transcription de ces documents n?accompagne pas ces documents pas toujours lisibles.
Là où l?émotion atteint son apogée, c?est quand l?exposition aborde le quotidien de la vie à bord. Balles de fusil à plomb, reste de viande salée, fragments de bouteille, une partie d?un collier, des fragments de pots en grès et de porcelaine bleu-blanc de Chine plantent le décor d?une époque, d?un commerce, d?une mentalité.
?LE COUREUR?, NEGRIER ?MADE IN MAURITIUS?
■ Navire de commerce construit en 1818 à Grand-Port. Avec deux ou trois mâts, jaugeant 50 tonneaux, ce navire rapide et facile à man?uvrer s?est révélé approprié pour la traite négrière. Il fut enregistré avec l?autorisation de faire du commerce avec Bourbon et Madagascar. Il appartenait alors à Athanase Touche et fut successivement commandé par les capitaines Louis, L?Hoste et Tasdebois.
C?est en 1820, avec Auguste L?Hoste comme propriétaire et Charles Letord dit Dorval comme capitaine, que ?Le Coureur? pratiquera la traite sur les côtes de Madagascar et Zanzibar. Le 3 mars 1821, ?Le Coureur?, venant de Zanzibar, fut poursuivi par ?Henriette?, un chasse-marée du gouvernement. Il s?échoua sur la côte Est à la Pointe-aux-Feuilles avec une cargaison d?environ 100 esclaves. L?équipage parvint à débarquer les esclaves et à détruire partiellement le navire pour faire disparaître les preuves du trafic.
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