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Le couple infernal
<B>Par Eric NG PING CHEUN</B>
Intéressante semaine que celle qui vient de s?écouler. Elle a commencé avec le conflit ouvert entre le conseiller politique du Premier ministre, Dinesh Ramjuttun, et le ministre des Finances, Rama Sithanen. Elle a terminé avec un soutien clair et net du chef du gouvernement, Navin Ramgoolam, à ce dernier et à la réforme économique en cours. Et pendant ce temps-là, la bourse de Port- Louis allait de record en record...
De tous temps et dans tous les pays du monde, la politique et l?économique n?ont jamais fait bon ménage. Elles doivent malheureusement se marier pour donner lieu à ?l?économie politique?, terme inventé par le Français Antoine de Montchrestien en 1615. L?Etat doit appliquer des règles de saine gestion économique afin d?avoir des moyens d?action de politique économique.
Les scènes de ménage impliquant la politique et l?économique tournent souvent à l?avantage de la première, pour des raisons purement électoralistes. Dans le pugilat verbal Ramjuttun-Sithanen, l?économique a gagné la première manche. Mais pour combien de temps encore ?
Il existe deux courants de pensée parmi les analystes économiques et financiers interrogés dans le présent baromètre. Le premier accorde une très grande importance aux remous politiques. Il représente les pessimistes qui constituent 23 % des analystes. Eux pensent que la ?stabilité politique?, qui est une notion relative, est une condition sine qua non de la bonne marche des affaires.
Le second courant ramène le facteur politique à sa juste dimension. Il est mené par les optimistes qui, sans être indifférents au remue-ménage politique, en minimisent l?impact réel sur l?économie. C?est pourquoi le taux d?optimisme sur les perspectives économiques à l?horizon d?un an demeure élevé à 77 %. Et il faut dire que les analystes ont répondu à notre enquête avant le ferme soutien apporté par le Premier ministre à son ministre des Finances jeudi dernier.
Depuis, la situation s?est décantée. Les gesticulations des anti-réforme n?impressionnent guère la communauté des affaires. Au contraire, à trop crier, ils deviennent soupçonnables aux yeux de la population qui commence à comprendre les véritables enjeux de la réforme d?imposition, à savoir traquer l?évasion fiscale.
Les ?secousses politiques? sont devenues notre lot quotidien au point qu?elles se banalisent. Elles font partie du folklore de notre microcosme politique. N?était-ce la surmédiatisation qui leur est faite, elles effleureraient à peine les sujets de conversation de ceux qui travaillent et produisent la richesse. Le marché a déjà ?intégré? ces secousses dans ses calculs économiques.
Pour les optimistes, l?essentiel est que Rama Sithanen n?ait pas démissionné et que Navin Ramgoolam maintienne le cap de la réforme. On peut comprendre que de petites retouches soient apportées à celle-ci. Mais tant qu?il n?y a pas de bouleversement dans les mesures de fond, c?est business as usual. Voyez le marché boursier et le marché des devises : ils font peu de cas des peccadilles de nos politiciens.
Le plus important dans l?esprit du monde des affaires, c?est la politique appliquée par le ministère des Finances et celle dictée par la Banque de Maurice. Même le dossier sucre a atterri sur la table du grand argentier, chargé de relancer les négociations avec la Commission européenne. On peut ainsi situer le soutien du Premier ministre dans le contexte de la déclaration du directeur général des opérations de la Banque européenne d?investissements hors-Europe à l?effet qu?il n?existe pas d?alternative à la réforme sucrière.
Alors que le Protocole sucre disparaîtra en 2009, entraînant une baisse de 36 % du prix du sucre, ce n?est pas le moment de faire de la politique politicienne. Un échec de la réforme sucrière risquerait de déteindre sur la réforme globale de l?économie. D?une part, on aurait un manque à gagner de devises, faute de dons et de financements étrangers. D?autre part, il deviendrait plus dur de soutenir le coût social de la réforme.
Celle-ci porte déjà ses fruits. La croissance économique se consolide et sera cette année de 5,8 %, le plus fort taux depuis 2000. On note une croissance à deux chiffres dans le tourisme (13 %), la construction (12 %) et les services professionnels (10 %). La reprise dans l?industrie textile est confirmée avec une croissance réelle de 7,2 %, soit le même taux que les services financiers.
En deux ans, 19 200 emplois ont été créés. L?inflation sous-jacente recule, étant à 6,8 % pour l?année se terminant à septembre dernier. Ce mouvement sera accentué par les effets de la forte appréciation de la roupie contre le dollar.
Durant l?année 2006-2007, Maurice a reçu Rs 10,3 milliards d?investissements directs étrangers, beaucoup plus que le total des cinq années précédentes. Pour cause, les réserves officielles ont atteint un niveau record de 1,7 milliard de dollars en septembre. Enfin, le compte courant de la balance des paiements s?améliore avec un déficit qui tombe à 6,8 % du produit intérieur brut en 2007.
Il faudra attendre encore une année ou deux avant de récompenser ceux qui contribuent à l?économie. En revanche, le temps compte pour les fraudeurs et les resquilleurs. Ayant compris le sens de la réforme, le Premier ministre a fait le choix courageux de l?économique. Mais chassez la politique, elle reviendra au galop. C?est naturel dans une démocratie élective. Pour l?heure, le couple Ramgoolam-Sithanen joue un jeu d?enfer.
(www.pluriconseil.com)
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