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?Le conseil exécutif, une torture??

18 octobre 2006, 00:00

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● Lélio Roussety, vous étiez membre de l?Organisation du peuple rodriguais (OPR). Racontez-nous votre parcours au sein de ce parti ?

J?étais en Angleterre, je travaillais comme fonctionnaire au Royal Mail et en même temps comme enseignant dans une école du soir auprès des adultes. Malgré mes obligations professionnelles, je lisais régulièrement les journaux afin de rester attentif à tout ce qui se passait dans mon île natale. En 1981, je décidais de venir passer quelques jours de vacances à Maurice. Et comme le Twin Otter faisait la liaison entre Maurice et Rodrigues, je prends le premier avion et débarque à Maurice. J?en profitais pour rencontrer Serge Clair qui avait déjà pris contact avec moi pour me demander si la politique m?intéressait et si je souhaitais travailler à Rodrigues comme enseignant. Des propositions qui ne m?avaient certainement pas laissé indifférent.

Ayant travaillé pendant plus de quinze ans en Angleterre, je décide donc de rentrer à Rodrigues pour occuper le poste d?enseignant avant d?être promu manager de Redco (Rodrigues Education and Development Company) qui m?avait été proposé par Serge Clair, et en même temps, pour poser ma candidature en juin 2002 dans le cadre de l?autonomie.

Ayant acquis de l?expérience dans le domaine de l?Education, Serge Clair m?a confié le poste de commissaire de l?Education. Malgré les conflits qui commençaient à miner notre relation après avoir accepté ce poste de commissaire, je suis toujours resté fidèle à l?OPR.

● Et qu?est-ce qui vous pousse tout récemment à soumettre votre démission ?

Avant de parler de ma démission, je voudrais d?abord retourner en arrière pour parler de la satisfaction que j?ai eue lorsque j?étais enseignant et manager des collèges Redco. Ma première satisfaction, c?est d?avoir pu former des cadres et mêmes des politiciens qui occupent aujourd?hui des postes au sein de l?administration rodriguaise et même des commissaires. Parmi eux, Nanrock Perrine, Jean Noël Evenor qui est le manager du collège de Citrodonis, Thomas Genave, le Departmental Head au sein de l?administration, Johnson Roussety, l?actuel Chef commissaire de Rodrigues, Christian Agathe et Marie-Therèse Clair, commissaires.

Malgré cela, Serge Clair n?a pas été du tout reconnaissant. Il m?a toujours considéré comme quelqu?un qui ne mérite pas sa place comme commissaire. Et sa première trahison je l?a fortement ressentie lorsqu?il m?a arraché le porte-feuille de l?éducation sans me donner les raisons pour lesquelles il avait pris cette décision. Cette humiliation m?a fait beaucoup souffrir. J?étais atteint dans ma dignité parce que l?éducation a été et restera un sujet qui me passionne. C?est comme cela que le premier ver a fini par empoisonner nos relations. J?ai commencé à réfléchir sur cette décision et plus encore après les dernières élections générales après que nous avons noté une baisse considérable du nombre des voix pour l?OPR en faveur du Mouvement Rodriguais (MR).

Serge Clair nous a fait comprendre dans une réunion que nous les commissaires étions responsables de cette situation et qu?il allait prendre son bâton de pèlerin pour descendre sur le terrain.

«Si Serge Clair était quelqu?un de plus conciliant, ses proches collaborateurs ne l?auraient pas quitté.»

Mais la chose qui m?a poussé à démissionner de toutes les instances de l?OPR, c?est lorsqu?il m?a fait savoir que ma demande pour une nouvelle investiture pour les partielles ou les régionales devrait être approuvé par des délégués. ?Kan ti demissionné pa ti bizin consulté délégué mais kan pou gagne ticket délegués ki décidé.? Après tant d?années de sacrifices et de fidélité exemplaire, j?ai cru que l?OPR allait automatiquement vers les élections avec la même équipe. J?ai ressenti cela comme une deuxième trahison et une humiliation. Je dirais même comme une malhonnêteté Je me suis dit qu?il y avait une limite à tout dans la vie.

● Selon les rumeurs qui circulaient, la décision de démissionner avait été déjà prise bien avant et vous vous êtes ravisé par la suite ?

Effectivement. C?était le jour où j?ai pris connaissance de ce que Serge Clair a dit dans une interview à l?express-Rodrigues en date du 12 avril selon laquelle certains commissaires avaient commencé un train de vie qui ne reflète pas la ligne du parti et que certaines ont construit une grande maison à étage, tout comme celui qui faisait des excès après une beuverie et que c?est pour cette raison qu?il avait pris le porte-feuille de l?Education.

Je me suis posé la question : est-ce que n?avons pas droit à une vie privée ? De toute façon, je ne lui ai jamais demandé un sou de plus, ni pour construire ni pour subvenir aux besoins de ma famille. J?ai construit ma maison avec les livres sterling que j?ai économisées pendant ma carrière en Angleterre. Qu?il le sache.

● Mais vous n?aviez, malgré tout, pas soumis votre démission, pourquoi ?

C?était par fidélité et solidarité malgré que notre relation était très tendue.

● Tendue ? Vous la viviez comment ?

La chambre où se tenait le conseil exécutif chaque vendredi était transformée en chambre de torture. Serge Clair nous traitait pire que des chiens. On en sortait humilié, traumatisé, blessé, atteint dans notre dignité. Je ne me suis jamais senti aussi humilié. J?ai beaucoup souffert. Ma famille aussi. Il oubliait trop souvent que nous sommes des pères et mères de famille et que nous faisions partie de son équipe par amour pour son parti.

● Et vous ne réagissiez toujours pas ?

Je n?ai jamais voulu descendre à au niveau le plus bas. J?ai travaillé en Angleterre. Je suis imbu de la culture britannique et j?en suis fier. Pourquoi descendre dans la boue pour aller le rejoindre ?

● Et les autres commissaires?

Par respect pour eux, je préfère ne pas répondre à cette question. Mais une chose est sure et je le répète : il ne prenait pas en considération que nous sommes des pères et mères de famille.

● Quelles étaient vos relations avec vos adversaires politiques lorsque vous étiez commissaire ?

Très cordiales. Je les considérais comme des adversaires politiques, pas comme des ennemis. Je ne voyais aucune raison de ne pas leur serrer la main quand on se croisait quelque part.

● Lélio Roussety, vous avez côtoyé Serge Clair depuis de longues années. Si vous aviez à le décrire, que diriez-vous ?

Pour être honnête, c?est quelqu?un qui est incontournable dans le paysage politique à Rodrigues. Il est surtout reconnu pour sa contribution dans l?autonomie.

Mais s?il était quelqu?un de plus calme et de plus conciliant, il aurait été un grand politicien et ses proches collaborateurs ne l?auraient pas déserté.

● Que dites-vous de la décision de Robertson Mercure et de Lindsay Castel de passer de l?autre côté de la chambre?

Il est vrai qu?ils sont deux transfuges mais je crois qu?ils ont leurs propres raisons qui ont motivé leur choix.

Serge Clair oublie trop souvent que Robertson Mercure, Lindsay Castel et moi-même sont des pères et mères de famille dont les enfants vont à l?école. En nous salissant dans des réunions privées, il se rend pas compte qu?il expose nos enfants et nos familles aux pires humiliations dans les écoles, surtout face à leurs camarades de classe.

Pour revenir à votre question je ne dirai pas s?ils ont eu raison de passer de l?autre côté ou pas. ?Mais enn kitsoz qui mo konne c?est poul qui pond qui konn so douler.?

● Vous qui avez travaillé comme enseignant et manager des collèges de Redco, quelle est votre analyse du système d?éducation à Rodrigues.

Lorsque vous entendez le Mauritius Examination Syndicate (MES) exiger que les enfants rodriguais doivent impérativement obtenir six credits comme les Mauriciens pour obtenir une bourse étrangère et qu?une quarantaine d?élèves rodriguais y parviennent chaque année, c?est un signe que Rodrigues a fait un immense progrès dans le domaine de l?éducation. Pour maintenir ce rythme, il faut, à mon avis, qu?il y ait continuité dans l?enseignement

● Que voulez-vous dire par continuité dans l?enseignement?

Il faut créer, comme c?est le cas actuellement, les conditions pour que les enseignants mauriciens restent plus longtemps dans l?île.

● L?ancien Chef commissaire, Serge Clair, a déclaré que les fréquentes visites des ministres dans l?île Rodrigues donnent l?impression que le gouvernement central agit de connivence avec le Mouvement Rodriguais (MR). Vos commentaires ?

Chaque Chef commissaire a sa façon de gérer Rodrigues. Serge Clair lui, a pris l?habitude de faire des choses à sa manière. Pourquoi faut-il que les autres emboîtent le pas. Je trouve que Rodrigues a tout à gagner en travaillant en étroite collaboration avec le gouvernement central.

● Que ferez-vous si demain un autre parti politique vous demande votre soutien pour les élections partielles ou régionales?

Je suis en retraite politique et je consacre beaucoup de temps à ma famille. Pour le moment, que ce soit les partielles ou régionales, cela ne me fait ni chaud ni froid.

Propos recueillis par Jocelyn ROSE et Joyce JHABEEMISUR

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