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Le combat patrimonial et photographique de J.H. Sobha
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Le combat patrimonial et photographique de J.H. Sobha
La municipalité du Port-Louis donne, à juste titre, une place de choix à l?exposition photographique et patrimoniale de Jaffar Houssain Sobha. Elle la mérite amplement, car elle la compose de photos désormais historiques, témoignant d?un Vieux Port-Louis qui n?est plus, puisque victime d?une infamante spéculation foncière, due à un manque coupable de bonne planification et à un déficit déshonorant de cette imagination créatrice, permettant de prendre les décisions les plus précieuses, car les plus judicieuses.
L?exposition Sobha exige de la part du grand public un immense détour d?une? centaine de pas seulement. C?est tout simplement la distance séparant le patio intérieur de la mairie, où elle a lieu, du trottoir, passant devant l?hôtel de Ville de Port-Louis, par où passent des milliers de piétons à l?heure, pour ne rien dire des automobilistes et des autres milliers de citadins utilisant le trottoir d?en face, le patio de l?immeuble Emmanuel-Anquetil ou encore le premier tronçon de la rue Desforges.
Placée à même la rue, l?exposition Sobha aurait interpellé des dizaines de milliers de Portlouisiens ou de « campagnards » venus travailler en ville, comme on le disait jadis. Reléguée dans un patio, superbement ignoré par le tout venant, elle doit se contenter, jusqu?à midi aujourd?hui, de quelques milliers de visiteurs.
De même, nous aurions souhaité la voir répétée et renouvelée à quelques jours d?intervalle, pour être accueillie à tour de rôle par les différents centres sociaux municipaux afin qu?elle puisse être admirée à loisir successivement par les habitants des différents faubourgs de la capitale. Et puisque septembre est le mois des miracles du Père Laval, il nous est permis de croire dans l?infime possibilité que nos autres municipalités et conseils de districts auront l?intelligence voulue pour prier Jaffar Houssain Sobha de venir montrer ses meilleures photos aux plus intelligents de leurs administrés.
« Guerre sainte contre l?indifférence »
La noblesse du combat, que mène inlassablement et bénévolement Jaffar Houssain Sobha, ne saurait être mise en doute par aucun Mauricien digne de ce nom. À ses yeux, « la photographie n?est pas seulement une passion ou un art. Elle est avant tout un combat ». Il ajoute : « Avec la photographie, j?essaie de sauver de l?oubli ce que le temps dévore. À ma façon, je m?efforce d?arracher à la destruction ce qui mérite de demeurer en mémoire. Mon combat, si je peux m?exprimer ainsi, est une guerre sainte contre le temps et l?indifférence. »
Peut-on rêver plus noble et plus précieuse vocation ? Et dire que Jaffar Houssain Sobha n?est même pas un simple citoyen d?honneur de la cité de Port-Louis, titre honorifique pourtant peu glorieusement accordé jadis à un Jean Bedel Bokassa, grand anthropophage devant l?Eternel comme devant l?Histoire. Il suffit de savoir que ce passionné de photographie et de notre patrimoine tous azimuts est un simple employé du département du bien-être social de la mairie de Port-Louis, qu?il anime des cours municipaux de photographie depuis août 1980.
Il est aussi le fondateur de l?Association de l?art photographique de Maurice (AAPIM), a obtenu une vingtaine de prix, de trophées, de distinctions, de certificats, de diplômes d?honneur locaux et internationaux et qu?il compte à son actif la participation d?également une vingtaine d?expositions à Maurice ou à l?étranger, en solo ou collectivement, que ses participations publiques, officiellement reconnues ou non, ne constituent qu?une infime partie d?une collection inestimable de photographies de l?île Maurice.
J?affectionne ces politiciens qui couvrent de louanges les efforts désintéressés mais ô combien méritoires d?un Jaffar Houssain Sobha. Comment peuvent-ils ne pas savoir qu?ils appartiennent cul et chemise à des partis politiques ayant activement concouru à l?anéantissement des vestiges de notre patrimoine architectural qu?il essaye, mais non sans peine, de sauver de l?oubli.
Nous devons, le plus hypocritement possible, faire comme si aucune critique ne peut leur être adressée, sous prétexte qu?il convient de passer l?éponge de l?ignominie sur les turpitudes passées de leurs semblables.
Jaffar Houssain Sobha nous convie, jusqu?à midi aujourd?hui, à une promenade-pèlerinage dans un Vieux Port-Louis qui n?est plus sinon sous formes de clichés de sa précieuse collection de photographies. Il nous donne de revoir en pensée et successivement les vestiges suivants d?un riche patrimoine architectural qui malheureusement n?est plus : L?ancien bâtiment abritant les bureaux du MTTB, à l?angle des rues Royale et Newton.
En face, l?ancienne librairie Le Trèfle et bureaux à l?étage fort probablement de la Société Robert Le Maire, emplacement occupé d?abord par la Union Bank et puis par la First City Bank. Une vieille boutique du coin des rues Royale et Pasteur, jouxtant les magasins Kathrada. La Banque de Maurice supplantant outrageusement l?ancienne Quincaillerie Mauricienne, à l?armurerie plusieurs fois dévalisée, et que hante le souvenir du gentilhomme que fut de son vivant André Cantin.
Un éminent patriote
Il y a aussi l?immeuble de la Mauritius Commercial Bank Ltd avalant les anciens magasins Mohamed Hossein, Hatteea et Timol où venaient jadis s?approvisionner les scouts en quête d?accessoires. Disparition des officines des bookmakers des rues Royale et de la Corderie, regroupés au Champ de Mars par ce visionnaire qu?est Vishnu Lutchmeenaraidoo.
Ou encore l?ancien immeuble du département du Téléphone, à la rue Edith-Cavell où conversent toujours les mânes d?Emmanuel Juste et de Malcolm de Chazal, au grand dam de leurs supérieurs hiérarchiques anglais. En tendant bien l?oreille, on peut entendre encore Malcolm questionnant : « Mon ami ! vous qui êtes un génie, que pensez-vous du génie que je suis ? »
Le bâtiment Firestone et ses belles pierres de taille, l?escalier en colimaçon où se glissait l?inoubliable Christian Decotter, immeuble devenu depuis Médine News.
La campagne du capitaine de Chermont, où probablement démarre le grand incendie des 22-23 juillet 1893, devenue depuis l?immeuble de la Rainbow Insurance. L?ancienne filling station Shell au Jardin de la Compagnie, à l?arrière de l?immeuble Swan/Anglo Mauritius Insurance et où commençait le cimetière de l?Enfoncement, se prolongeant sous le Hawkers Palace.
Cela nous rappelle que les fouilles archéologiques c?est bon seulement pour le sommet du Morne Brabant. Quand je vous disais que nos dirigeants politiques nous prennent pour des couillons notoires.
Aujourd?hui Paille-en-Queue Court d?Air Mauritius. Happy World House remplaçant les ateliers d?imprimerie de la General Printing and Stationery du prince des mécènes que fut, pendant tout le XXe siècle, Thomy Esclapon. L?ancien immeuble Belmont à la rue du Vieux-Conseil.
Et pour terminer l?ancien Hôtel d?Europe, à l?allure si fière, ayant dû céder la place, en 1963, à un autre blockhaus, surnommé Municipalité de Port Louis.
Vivement un bel album pour recueillir les meilleures photos de l?éminent patriote qu?est Jaffar Houssain Sobha.
Un nom que tous les amoureux du Vieux Port-Louis doivent prononcer avec respect et vénération.
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