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Le combat de Yussuf Abdullatiff
Accident mortel à Flic-en-Flac.
« Une jeune étudiante tuée, ses quatre amies dans un état critique », titre l?express du 14 août 2002. Quatre jours plus tard, Jehan Abdullatiff succombe à ses blessures.
« To the uninformed newspaper reader, it was only a news item ; to us it was devastation : our only daughter, our sons?only sister. » C?est ainsi que débute le poème de Yussuf Abdullatiff, père de Jehan, écrit le jour même du décès de celle-ci, chez elle à Roches-Brunes.
Mais Yussuf Abdullatiff ne parle pas de décès, il dit : « Ma fille est partie ». Ce haut fonctionnaire, chef de cabinet au ministère de la Formation, porte une attention particulière aux termes qu?il utilise dans son poème, dans ses discours et ses propos de tous les jours.
Quand sa fille est morte, il a été, lui aussi, victime à sa façon : « Un policier du poste de police de Flic-en-Flac m?a appelé après ce terrible accident. Il m?a seulement dit qu?il fallait que je vienne avec une pièce d?identité et l?acte de naissance de ma fille. Et je lui ai alors dit : êtes-vous en train de me dire que ma fille Jehan est partie ? »
Yussuf Abdullatiff ne comprend pas ce manque de formation, cette absence de psychologie, cette attitude désinvolte qui frise le cynisme. « Plus tard, un journaliste m?a appelé et m?a littéralement obligé à lui faire une déclaration, alors que j?étais écrasé par la douleur? »
Mais il y a eu aussi beaucoup de compassion, d?élans de sympathie, de solidarité qui ont rendu moins déchirant le départ de Jehan, 21 ans, fiancée depuis un mois et qui venait de finir sa deuxième année de droit.
Anéanti, Yussuf Abdullatiff n?a toutefois pas baissé les bras. Le départ de sa fille, la fleur, le soleil, le « tournesol » de sa famille, ne peut être vain. Il fallait qu?il fasse quelque chose pour empêcher d?autres accidents de la route. Ses deux fils, Saleem et Assad, et son épouse, Rajiyah, ont puisé dans leur douleur afin de trouver l?admirable énergie à commencer une vaste entreprise, celle de diminuer le nombre de morts et de blessés.
Aujourd?hui, l?initiative prend la forme de Jarya ? nom formé des initiales de Jehan Ara Rookayya Yussuf Abdullatiff ? Memorial Trust, une association caritative destinée à venir en aide aux victimes d?accidents de la route et à leurs proches en leur apportant un soutien psychologique, médical, juridique et financier.
Mais le Jarya Memorial Trust, prévient Yussuf Abdullatiff, veillera aussi, en partenariat avec les autorités, à tout ce qui touche de près ou de loin, directement ou indirectement, au trafic routier, aux véhicules et automobilistes dangereux. Déjà, un article de Saleem Abdullatiff a fait réagir les autorités qui ont interdit l?usage des Bull Bars sur les 4X4 ? c?est ce type de véhicule qui a écrasé la petite Suzuki Maruti dans laquelle se trouvaient Jehan et ses amies. « Mais ce n?est pas une fin en soi. Il reste encore beaucoup à faire. »
Yussuf Abdullatiff, le discret haut fonctionnaire, ne reculera devant rien pour que cesse le massacre sur les routes. « Ce combat nous concerne tous. Il faut cesser de dire que ça n?arrive qu?aux autres. Ce n?est pas vrai, croyez-moi? » Dans ses yeux, dans sa voix, il y a un mélange de tristesse et d?espoir : Jehan est certes partie, mais pas pour rien?
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