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Le Clézio par lui-même

17 avril 2006, 00:00

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Empêtrés dans des a priori, on n?imagine pas forcément Jean Marie Le Clézio assis devant un feuilleton ?carri brile?. Une de ces interminables séries brésiliennes ou mexicaines diffusées chez nous à 18 heures 30 et étiquetées ?spéciales ménagères.?

Tout grand écrivain-aventurier qu?il est, Le Clézio a bien une vie, direz-vous. C?est bien cela qui attise notre curiosité de lecteur. Alors, quand il nous la raconte, sous couvert de théoriser sur la nouvelle, nous sommes comblés.

C?était vendredi, au cours de la table ronde organisée au Centre culturel Charles Baudelaire. Autour de Le Clézio : Christophe Vallée, professeur de philosophie et Issa Asgarally, maître d??uvre du Prix Jean Fanchette, qui brosse de Le Clézio le portrait d?un homme ?hésitant? face à la presse.

Un thème les réunissait : La nouvelle, genre littéraire mineur ? Après les préambules d?usage ( Qu?est-ce que la nouvelle ? Est-ce un genre littéraire ? Est-ce un genre littéraire mineur ?), en filigrane, Le Clézio s?est raconté.

La voix posée. Sans sourire quand il ironise. Et voilà le mot ?télénovela? qui est lancé. ?Je ne suis pas un grand spectateur. Pendant six mois, avec une équipe universitaire, on a suivi Rose sauvage, une série mexicaine. C?était une niaiserie, mais nous attendions ce moment-là. Nous commentions les épisodes comme si que c?était une ?uvre en construction. C?est la manière d?utiliser la nouvelle à la télé .?

<B>La nouvelle,une réflexion sur la réalité</B>

Et voilà que sans définitions théoriques, la nouvelle devient palpable. D?ailleurs, pour Le Clézio, ce genre est ?une réflexion sur la réalité. Le lecteur y trouve non pas une réponse mais un écho. Comme dans la télénovela, cela permet de sortir de la vie quotidienne tout en y trouvant le reflet.?

Le Clézio ? miroir. Il confie à l?assistance que ses modèles du genre sont l?Argentin Jorge Luis Borges et l?Américain Salinger. ?Quand j?ai décidé de proposer un texte à un éditeur, je voulais imiter Salinger, mais je commençais une nouvelle et elle devenait un roman, je commençais un roman et la matière ne venait pas.? Il avouera aussi que pour l?inspiration, ? je lisais les journaux pour écrire des nouvelles?.

Mais revenons à la relation Le Clézio ? éditeurs. L?auteur de Mondo et autres histoires, recueil longtemps inscrit au programme de la school certificate, nous décrit ce monde de l?intérieur. ?En France, la nouvelle est un genre mineur. J?ai été lecteur chez un éditeur. Souvent la réaction face à des nouvelles, c?est : ?Ah, c?est bien, faut voir si l?auteur peut faire un roman. De plus en plus d?éditeurs sont entourés de conseillers économiques pour savoir si tel ouvrage pourra rembourser ses frais de publication. Il faut vendre 3 000 exemplaires pour couvrir les frais. C?est pas beaucoup.?

L?écrivain traitera les éditeurs de ?pas très courageux?. ?Ils gardent les nouvelles sous le coude. Si le roman marche, ils sortent les nouvelles, si ça ne marche pas, l?auteur a perdu des années, il est découragé. Il faut dénoncer ce genre mineur.?

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