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Le climat, une affaire d?économistes

19 novembre 2006, 20:00

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Les équations macroéconomiques ont donc une nouvelle variable : le climat. Ou, plutôt, plusieurs nouvelles variables, tant les paramètres qui subissent les effets du réchauffement sont nombreux. Cette évidence est martelée depuis plusieurs années par le Groupe intergouvernemental d?experts sur l?évolution du climat (GIEC). Elle ne semble pourtant frapper les esprits que depuis peu de temps. En témoigne la médiatisation considérable du rapport Stern, remis le 30 octobre au gouvernement britannique. Selon ce rapport, le réchauffement pourrait, dans les prochaines années, coûter 5 500 milliards d?euros à l?économie mondiale et provoquer une récession comparable à celle des années 1930.

L?intérêt d?un nombre croissant d?économistes pour le changement climatique et ses impacts participe d?un bouleversement amorcé voilà quelques années. Ce tournant a vu les résultats de la recherche en sciences du climat s?émanciper. Ces travaux ont d?abord été repris, adaptés et travestis par des auteurs de fictions militantes ? cinématographique (Le Jour d?après, de Roland Emmerich) ou littéraire (Etat d?urgence, de Michael Crichton).

Depuis peu, mais parfois avec un volontarisme surprenant, le monde politique tend aussi à s?emparer de la question climatique. En témoignent le film-documentaire de Davis Guggenheim et Al Gore (Une vérité qui dérange), les récentes annonces de Tony Blair sur le sujet, les mesures prises en Californie par le gouverneur (républicain) Arnold Schwarzenegger, celles de maires américains pour limiter les émissions de gaz à effet de serre de leur municipalité ou encore, en France, les tentatives de récupération du discours porté par Nicolas Hulot.

L?appropriation de la question climatique par les économistes est salutaire. Elle seule permettra de mobiliser ? plus largement et au-delà du seul protocole de Kyoto ? des responsables politiques pour qui une augmentation de la température moyenne terrestre de 2 oC à 3 oC n?est souvent qu?une pure abstraction. A tel point que certains (y compris quelques rares scientifiques) n?hésitent pas à affirmer qu?un tel changement ne porterait, finalement, pas tant à conséquence. Nicholas Stern ? à qui on ne peut pas reprocher de faire du catastrophisme un lucratif fonds de commerce ?, les rappelle à la pénible réalité... économique.

Deux degrés de plus (hypothèse très optimiste pour la fin du siècle), c?est la disparition totale des glaciers andins, par exemple. Et plus généralement un recul encore accentué de tous les glaciers d?altitude aux latitudes moyennes. Avec, pour immédiat corollaire, une baisse importante de la disponibilité des ressources en eau dans de nombreuses régions. Pour maintenir en l?état la structure de l?occupation des territoires, des investissements lourds seront alors inévitables. Retenues d?eau en altitude, installations d?usines de dessalement et de nouveaux réseaux de transport des eaux, etc.

A défaut de ces investissements dans la construction de nouvelles infrastructures ? que le rapport Stern évalue entre 15 et 150 milliards de dollars par an dans les pays de l?OCDE ?, l?abandon de régions entières pourrait avoir un coût économique et social plus élevé encore.

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