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Le climat social mis en cause à cité Joachim

9 décembre 2005, 20:00

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«Bann zen pena oken distraksyon. Boucou tomb dan ladrog ek lalkol byen zen.» Ce sont les propos d?une mère dont le fils est en détention pour l?agression mortelle de Madouressen Sellamuthu. Cinq des neuf suspects arrêtés dans le cadre de cette affaire habitent la Cité Joachim, Forest-Side. Cette femme, de la même localité, exprime sa sympathie aux proches de la victime et déclare : «Mem si li mo garson, si li finn fer enn soz parey li bizin paye.»

Madouressen Sellamuthu, aussi connu sous le nom de Kris, était âgé de 23 ans. Ce croupier qui travaillait à la maison de jeux Flamingo, Rose-Hill, depuis deux ans, a été sauvagement agressé à la gare Jan Palach Nord, Curepipe, dans la soirée du samedi 26 novembre. Il a rendu l?âme mercredi après-midi. Le Dr Sudesh Kumar Gungadin, médecin légiste qui a pratiqué l?autopsie a attribué son décès à une hémorragie intracrânienne provoquée par une fracture du crâne.

La Cité Joachim est montrée du doigt, déclare un quadragénaire, mais a-t-on essayé de savoir dans quel climat vivent ses habitants, s?interroge-t-il ? Avec l?environnement qui prévaut, la jeunesse n?a plus de repères. «Boucou finn vinn kouma servolan kas la lign. Kot divan soufle zot ale», ajoute cet homme.

Alors que le chômage ronge cette localité, l?alcool et la drogue attaquent sa jeunesse. De loisirs, il n?y en a point à Cité Joachim. Les jeunes se rencontrent au coin de la rue et ne font rien de bon. Ou alors, assis sous la varangue d?une boutique, ils consomment de la bière ou du rhum. Le pire c?est que certains jeunes, à 15 ans, boivent déjà du rhum.

Les adolescents impliqués dans cette affaire sont pourtant de bonne famille. L?idée «ki zot fami ki pa bon» ne tient pas la route, déclare le quadragénaire. Cet acte odieux est une honte pour leurs parents. Cette affaire tourmente terriblement la famille de la victime à St-Aubin aussi bien que les parents des suspects. Des couples vivent des situations conflictuelles. «To tro soutir li», ne cesse de répéter un homme à son épouse, concernant leur fils.

Se marier très tôt

Chez les Achadoo, dont deux fils sont en détention dans le cadre de cette affaire, Roopana, 63 ans, le père déclare : «Tou finn boulverse. Dimoune koz tou kalite koze.» D?une voix émue il dit ne pas comprendre comment ses deux fils se sont laissés entraîner dans cette affaire. «Zame zot finn gagn problem lapolis», fait-il ressortir.

Marie Violette Lafolle, dont un fils a été interpellé, est encore sous l?effet du choc. Comme d?autres habitants de son quartier, elle montre du doigt l?environnement dans lequel les jeunes évoluent. Elle estime que c?est là l?origine de tous les maux qui rongent la cité. A son avis, certains jeunes ont bien raison de se marier très tôt ; avoir à assumer la responsabilité d?époux leur évite de traîner çà et là.

Le fils de Marie Violette Lafolle fait le récit de ce samedi fatidique. En début de soirée, le 26 novembre, un groupe de jeunes de Cité Joachim et des faubourgs avoisinants décident de se rendre à une discothèque. Ils se préparent, chacun de son côté, et pour se mettre dans le mood, ils consomment quelques bouteilles de bière. Aux alentours de 21 heures ce soir-là, ils se rencontrent devant l?hôtel de ville de Curepipe. Deux bouteilles de rhum sont consommées entre une dizaine de jeunes âgés de 15 à 22 ans.

Un habitant de Cité Joachim, aurait lancé au fils de Marie Violette : «pa vine are nou toi» parcequ?il n?étaient pas en bons termes. L?adolescent et un autre jeune font bande à part et prennent une autre direction. Passé 23 heures, quelques jeunes de ce groupe se dirigent vers la gare Jan Palach.

Le fils de Marie Violette et l?autre adolescent ont vu leurs amis courir. Ils ne savaient pas ce qui allait se passer. Qu?un jeune homme allait être agressé sauvagement. Alors que Kris Sellamuthu agonisait ces jeunes se sont, eux, rendus à la discothèque. C?est n?est que vers 2 h 45 du matin, le dimanche 27 novembre, que la police de Curepipe a découvert la victime dans une mare de sang.

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