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Le chômage informel
A la faveur du récent remaniement du cabinet, le pays a désormais un ministre pour s?occuper du secteur informel (ministère des Petites et moyennes entreprises, de l?artisanat et du secteur informel). Fait qui saute aux yeux, mais qui confirme en même temps la volonté du gouvernement de tenir compte de l?impact de l?économie parallèle dans la création de l?emploi. Tout cela n?est pas étranger à la polémique sur l?étendue du chômage dans l?économie.
D?une manière générale, le nombre de chômeurs diminue quand il y a de nouvelles embauches, quand les licenciés sont de nouveau sollicités par leurs ex-employeurs, ou encore quand des chômeurs cessent de chercher du travail et, par définition, quittent le marché du travail. En revanche, les départs (volontaires ou forcés) des salariés et la venue de nouveaux candidats sur le marché du travail font accroître le nombre de demandeurs d?emplois.
A septembre 2003, la population active s?élevait à 549 800, dont 18 700 étrangers. Le nombre de personnes au travail était de 495 500, contre 54 300 chômeurs. Le taux de chômage pour 2003 se situe à 10,2 %, selon les chiffres du Central Statistics Office (CSO). Mais ces estimations sont contestées par l?opposition qui estime que ces derniers excluent les personnes qui ont opté pour le plan de retraite volontaire dans l?industrie sucrière (?Voluntary Retirement Scheme?). Selon elle, ce sont des gens qui sont en quête d?un nouvel emploi.
Le CSO rétorque et soutient qu?une partie (environ 3 000) des retraités souhaitent se recycler, et sont en conséquence répertoriés comme tels, tandis que les autres souhaitent décrocher pour de bon.
Mais les interrogations plus profondes sont ailleurs. Les chiffres du chômage sont également contestés par le gouvernement, mais cette fois-ci, pour des raisons autrement plus troublantes. Les ministres ne sont pas satisfaits de voir les emplois créés par l?économie parallèle ne pas être comptabilisés dans les statistiques officielles.
Lors de sa dernière conférence de presse, le Premier ministre, Paul Bérenger, disait haut et fort qu?il n?est pas question de créer des emplois fictifs pour résoudre le problème du chômage. Or, en accordant une reconnaissance institutionnelle à l?économie souterraine, c?est précisément ce que le gouvernement s?efforce de faire.
Le gouvernement confond micro entreprise et activités informelles, qui sont de gros pourvoyeurs de petits boulots. Certaines d?entre elles peuvent, bien au contraire, mettre en péril l?existence même des micro et des petites entreprises. En inondant le marché de produits à bon marché importés de l?Asie du Sud-Est, souvent par les filières de la contrebande, les marchands de rue exposent le fabricant local ou le petit magasin du coin, dûment enregistré, à une concurrence féroce et déloyale.
Par ailleurs, l?étendue des activités informelles est en elle-même une indication du niveau du chômage. La prolifération des marchands de rue, par exemple, est peut-être le résultat du nombre croissant de chômeurs. Cela pourrait impliquer que ces derniers se reconvertissent dans ce type de travail en attendant des lendemains meilleurs.
Il faut bien se garder de la tentation de camoufler les chiffres et, à plus forte raison, la réalité des chiffres. Le secteur informel ne peut qu?offrir des ?odd jobs?, soit des embauches temporaires. Quand l?économie n?est plus en situation de plein emploi, ceux qui font des petits boulots savent qu?ils vont très vite se retrouver une nouvelle fois au chômage.
Le gouvernement et le secteur privé ont tort de compter sur l?économie informelle pour générer des emplois productifs permanents. Les autorités sont sans doute en train de choisir la voie de la facilité. Créer un ministère pour les activités économiques parallèles relève d?un non-sens. Soit on a un secteur informel, soit on a un secteur qui est couvert par des dispositions officielles.
Au lieu de parler d?emplois informels, il faudrait plutôt parler de chômage informel?
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