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Le choix ?

26 août 2007, 00:00

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Dans une large mesure, notre existence se passe à faire des choix ; sauf, évidemment, pour tout ce qui nous est imposé dès la naissance. La famille, le milieu, un environnement déjà structuré, tout cela nous ne le choisissons pas. Pour le reste, une fois acquise une certaine « majorité », des choix vont se présenter. Une profession, des amis, compagnon ou compagne de vie, etc. Il y aura des choix aisés, évidents : d?autres, difficiles, risqués, qui par la suite peut-être seront regrettés. Mais certaines décisions sont irréparables ? à moins de payer très cher un retour sur le passé. C?est souvent le cas du choix d?un conjoint. Une fois passé le premier emballement, la fougue d?un amour débutant, le réveil s?avère décevant. L?amour est aveugle, on le sait ; pourtant, le vertige initial s?y laisse piéger. Et quand les jeux sont faits, commence parfois la grisaille du désamour? Surtout de nos jours, époque du zapping à tout va, où l?on change pour changer, sans de sérieuses raisons, comme on change de vêtement ou d?appartement : il y a une instabilité de notre temps que l?on peut repérer en tout. Qu?il s?agisse d?achats ménagers, de vie commune, de loisirs, le nouveau chasse l?ancien. La publicité envahissante se charge d?entretenir cette inconstance de caractère, au profit d?un commerce florissant. Ce qui n?est pas sans effet sur l?individu.

Rappelons-nous ce mot de Sartre : « L?homme est condamné à être libre. » Condamné donc à choisir sans cesse ? ce à quoi sert la liberté. C?est le thème essentiel des « Chemins de la liberté », série de romans restée malheureusement inachevée. Mais « choisir » compromet. C?est ce que dit fortement, dans « Les mains sales » du même auteur le personnage d?Hoederer, répondant à Hugo qui vient d?objecter : « Tous les moyens ne sont pas bons »? « ?Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien reste pur !

À qui cela servira-t-il ? Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire? Moi j?ai les mains sales. Jusqu?aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang? Est-ce que tu t?imagines qu?on peut gouverner autrement ? »

Choisir, c?est donc s?impliquer, renoncer à ceci pour cela. Et souvent le choix est difficile, « cornélien ». Car l?homme est ainsi fait qu?il voudrait cela et son contraire : partir et rester, l?épouse et la maîtresse, les excès avec la santé, avancer en âge mais rester jeune? La raison et la folie. Pour finir par comprendre que l?on ne peut pas apparier l?eau et le feu, le jour avec la nuit. Etre complètement heureux, sans, quelque part, rendre malheureux quelqu?un? C?est, constamment dans la vie, le problème du conflit intérieur, de la contradiction.

C?est aussi parfois une question de vie ou de mort, pour tous ceux qui, comme Kravtchenko ou Koestler, ont « choisi la liberté » contre l?oppression et la terreur organisée. Là, il ne s?agit plus de caprices ou de fantaisies, mais de choix vital où l?on y laisse, au cours d?une fatalité contraire un mince espoir de survie. Combien de Juifs, de « damnés de la terre » ont eu à se mesurer à ces choix terribles ! La vie ne donne rien de gratuit, il faut tout lui arracher ? sauf pour les gâtés du sort. Le philosophe Karl Jaspers écrit :

« À celui qui demande, sur le ton du désespoir, ce qui subsiste encore dans le monde présent, on ne peut donner qu?une seule réponse, toujours la même : ce que tu es en tant que tu peux. » Et Simone de Beauvoir : « La réalité n?est ni triste ni gaie, les faits sont les faits, rien de plus ; ce qui importe, c?est la manière dont l?homme dépasse sa situation. » Car, quelle que soit l?excuse que l?on se donne, le plus souvent « on a le choix ». Mais ce choix est difficile, cruel parfois. Et il y faut une certaine force de caractère pour l?assumer. Cette force-là se prépare jeune et doit se cultiver pour s?affermir. On ne peut que regretter, dans notre éducation présente, cette carence de discipline intérieure quasi générale dans une pédagogie démissionnaire, où triomphent la mollesse, la négligence et le laisser-aller. Un vieil adage disait : le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Dans notre société du n?importe quoi, les lève-tôt volontaires sont devenus rares?

Or, choisir, c?est d?abord « se choisir ». Faire, et en faisant se faire. Avoir de grands modèles, des « figures » à qui ressembler : Napoléon, Mermoz, Gandhi, le Père De Foucauld, n?importe ; simplement ceux de nos semblables qui ont fait honneur à l?Espèce. Mais notre époque n?incite guère à de telles démarches. L?idéal ? Réussir. Non pas réussir sa vie, mais la réussite sociale, matérielle, politique, etc. Non point la réussite de soi.

Écoutons pour finir ce que dit Nietzsche de « l?homme noble » :

« L?homme noble sent que c?est lui qui fixe les valeurs, il n?a pas besoin d?approbation, il juge : ?ce qui m?est nuisible est nuisible en soi?? L?homme noble honore en lui l?homme puissant, et celui qui est maître de soi, qui sait parler et se taire, qui pratique avec joie la sévérité et la dureté envers soi? »

Hélas, la plupart des modèles que proposent l?époque et ses valets sont des représentants du Vide?

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