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Le chant du coeur
Ils promettent de faire gronder le Heat Club ce soir aux douze coups de minuit. Ce ne sera pas que la puissance sonore de leur sound-system qui fera date, mais aussi et surtout leur joie de faire cause commune au nom de leur passion pour la musique et de leur indéfectible amitié.
Jean-Daniel Milazar, Vincent Christome et Benoît Lejeune, que la postérité a déjà retenu sous le nom de Snyper, devenu Mister Snyp, Nigga, membre influent des Gangsta Beach et Ti Benoît, alias Ultimatum du groupe Monaster, n?ont qu?un discours : le leur. C?est ce qu?ils appellent sans détour le Gansta family, sorte d?unité, voire même de fraternité, qui fait leur force.
« Ena dimoun dir ki noune reussi fer enn morso ki marshe parski noune ena sans ek parski nou péna dialog. »
Ensemble, ils nous racontent leurs vieux souvenirs, leur début, leur galère aussi. Pas question de faire profil bas ou d?occulter leurs milieux. Au contraire. Ils en sont fiers. Et ils ont bien raison. L?envie de réussir, au-delà des contraintes sociales, les a menés là où ils sont aujourd?hui, au sommet des artistes de cette génération prêts à continuer sur leur bonne lancée.
Aujourd?hui, plus que jamais, ils se méfient des vanités et des effusions. Ils veulent rester à rebours de cette vague commerciale prête à tout pour réussir. Leur dada reste le travail.
Récusant la frime sous toutes ses formes, ils travaillent dans le respect des autres, de la musique et de ses exigences. «Ena dimoun dir ki noune reussi fer enn morso ki marshe parski noune ena sans ek parski nou pena dialog. Ler la, nou fer enn lot morso, ki met dife enkor. Ler la ki zot pou dir?» déplore Ultimatum.
Travail de réflexion
C?est vrai qu?après le raz-de-marée du morceau Téléfon, Monaster a récidivé avec Fast-Food et son refrain entêtant «Ena malad la dan !». Une fois encore, les cousins de Goodlands ont déclenché le plébiscite populaire. Ce flair qu?ils possèdent n?est pas le fruit d?un hasard, mais le résultat d?un vrai travail de réflexion pour faire comme cela les chante. Réussir à faire un tube, c?est justement prendre des pans de la vie courante pour en faire des harmonies qui résonnent.
Même succès populaire également du côté de Snyper, rebaptisé Mister Snyp, pour ne pas plagier un artiste déjà identifié sur le marché français. Après un premier succès sur Black is beauty, qui l?a révélé auprès d?Ultimatum, Rékonet mo l?île a confirmé le succès de cet ancien boxeur débarqué de Saint Gabriel à l?île Rodrigues.
Depuis quelques mois, il a lancé Snyper Révolution, pas pour chanter sa révolution, mais pour établir d?autres passerelles d?expression et chanter ce qui l?interpelle : l?hypocrisie, la misère.
Quand on est artiste jusqu?aux bouts des ongles, le besoin de dire sa vérité est primordial. Eux, continuent à parler de leur musique à la manière d?une bande d?adolescents exaltés. Le manque de reconnaissance qui décourage souvent, n?est rien comparé à ce besoin de s?exprimer.
Reste qu?à l?indifférence des uns et des autres, celle du public qui vient les voir et qui reste les bras croisés, a de quoi démoraliser. Au-delà de tout cela, il y a de nombreuses interrogations qui perdurent. Mais au fond être artiste, n?est-ce pas toujours questionner le système, ceux qui le font et ceux qui vivent au c?ur de ce système ?
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