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Le canal maudit de Petite-Rivière

7 février 2004, 20:00

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Petite-Rivière panse ses plaies. Le canal d?irrigation qui longe ce village a fait une nouvelle victime jeudi matin. Sarah Première, une enfant trisomique de trois ans, y est tombée. Elle a échappé à la vigilance de ses proches pour, sans doute, chercher sa mère qui a l?habitude de faire sa lessive au bord de l?effluent. Quelques minutes ont suffi. Le temps que ses parents constatent sa disparition, le petit corps est repêché une centaine de mètres plus loin dans l?eau gonflée par les pluies diluviennes.

Marie-Thérèse Première, la grand-mère semble résignée. Maintes fois, ce danger a été évoqué par les forces vives de l?endroit. En vain. Elle énumère la triste liste des noyés. Elle nous présente Sonny Ramdoyal qui a perdu son vieux père. Parti ramasser du bois, il s?est noyé après une chute. « C?était il y a 26 ans. Je vaccinais alors mon aînée pour la première fois.»

Un pâté de maisons plus loin, Ravin Seecharam, 28 ans, coiffe un client. De son salon, il voit le maudit canal qui lui a enlevé son frère aîné, Rajeshwar, il y a 35 ans. Le disparu n?avait même pas un an. La maison familiale se trouve à moins un mètre du canal. L?enfant qui jouait dans la cour a perdu l?équilibre avant de sombrer. Depuis, les Seecharam ont érigé un mur de tôles et veille jalousement sur la sécurité de leurs enfants. Un malheur est si vite arrivé. L?an dernier, Priya se promenait sur les berges du canal avec Rishta, 4 ans. La fillette a perdu l?équilibre et s?est retrouvée dans l?eau. « Li ti derrière mwa. Ene coup line tombé. Hérezeman mone réssi tire mo tifi? »

Depuis, les Seecharam ne laissent plus leurs enfants jouer dehors sans la présence d?un adulte. La mort de Sarah rappelle aux habitants de Petite-Rivière que la vigilance est de mise. Rajesh Bhagwan, député de l?endroit et ministre de l?Environnement, a promis des mesures pour couvrir le canal. Le syndic, responsable de son entretien, déplore le non respect des normes. « Les riverains doivent bâtir leurs maisons à trois mètres du canal au moins. Il faut aussi qu?ils clôturent leur cour? Hélas, ils ne respectent rien», déplore Alain Desvaux de Marigny, président du syndic.

« Nous étudions la possibilité de couvrir ce canal. Il faut évaluer les coûts de cette entreprise. Il y a peu, nous avons procédé à un exercice similaire pour les feeder canals qui traversent des zones résidentielles à Melrose et La Nicolière. Par exemple, pour recouvrir le canal Trianon-Grosses Roches qui longe Quatre-Bornes, Belle-Rose et Rose-Hill, il nous a fallu investir plus de Rs 50 millions. Dans ce cas précis, le canal irrigue les champs de l?Ouest. Et bien qu?il appartienne à la CWA, il est géré par un syndic regroupant des planteurs et la sucrerie de Médine. Nous étions en pourparlers avec l?Irrigation Authority pour qu?elle reprenne la gestion du canal », fait ressortir Alan Ganoo, le ministre des Services publics.

En attendant, croisons les doigts pour qu?un autre drame ne survienne pas à Petite-Rivière. Le 17 février 1992, une noyade similaire avait choqué le pays. Devina Seegobin, 13 ans, étudiante au Queen Elizabeth College, à Rose-Hill, avait été emportée par le canal d?irrigation qui longe la cour de l?établissement. Partie ramasser un ballon de volley, l?adolescente est tombée dans ce feeder canal. Son corps a été repêché deux kilomètres plus loin, aux abords du Jardin Balfour. Quelques jours après, le canal était recouvert. A Petite-Rivière, ce n?est pas de sitôt qu?une solution sera trouvée?

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