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Le Caire déploie sa magie
Vous laisserez au vestiaire votre montre, pour visiter en ses points cardinaux l?espace de l?attente, et apprendre la patience. Vous visiterez les recoins des syllabes de ?demain?, pour apprendre à le reconnaître, au cas où il viendrait, contre toute attente. Vous reléguerez au rancart la langue d?Albion que vous croyiez sesame à toutes terres; et l?autre, tout autant, celle des Gaulois, qui davantage vous investit, pour mieux vous murer, coupé de tout échange.
A moins que vous ne trouviez sur votre route cette adolescente de douze ans, ou ce gosse de sept, qui lui, mieux que tout autre, familier des accents de la Blonde Albion, vous ouvrira les sables millénaires de cette terre à la lisière du désert de Libye. Le Caire alors déballera ses légendes. Reconnaissant, vous lui direz : ?Shokran?. En attendant de savoir l?écrire en arabe.
Le Vieux Caire de la Basse Egypte pulse de siècles accumulés. L?azaan du Muezzin est répercuté aux quatre coins de Al Azhar Square. Qui résonne des mosquées multipliées. Elles sont de la période des Fatimides. Cette dynastie musulmane qui régna en Afrique du Nord au Xe siècle, puis en Egypte de 973 à 1171. Al Azhar Square est sans doute plus dépaysant pour celui qui vient d?Europe, que pour l?îlien de l?île-point pluriculturel et multiethnique par 20° Sud, ? bien que les dimensions ne se comparent pas. Ilien habitué des abords de mosquées aux heures des retours de la prière, avec ces hommes en habit blanc couvert de leur fez. Mais ce lieu est tout autant porteur de rêve.
L?on croise aussi, comme ailleurs dans la ville, les imposants dignitaires religieux des Coptes. Bien que leur doctrine soit pratiquée sous une forme atténuée, la croix ornant leur poitrine accroche par la finesse de sa joaillerie. Al Azhar Square est à voir de jour comme de nuit. Avec sa rue El Hussein, jusqu?au Khan El-Khalili. Entre des chaleureux salaam alecum et les inévitables palabres arabes aux rires exubérants, ce quartier sonore élève, féerique et envoûtant dans la nuit bleue, ses mille minarets illuminés. Il distille sa magie, comme un conte recommencé, chaque soir minutieusement paré.
On traverse la rue à son gré. Comme roulent les voitures. Dans un grand désordre. Mais le fils du sol prie parfois l?automobiliste d?attendre que traverse l?étranger. Même dans la nuit, l?on est saisi par le sentiment de fierté des Egyptiens par rapport à leur terre. On pense à Edgar Allan Poe, promenant son regard sur Samarcande : ?N?est-elle pas reine de la Terre ??
Mais il n?y a pas que des hommes revenant de la prière. D?autres vont au Café. Comme ces groupes de femmes, hilares, aux parures colorées. Elles prennent place à leur table. Les hommes occupent la leur. Tous les groupes se touchent dans cet espace, restreint à force d?accueillir du monde. Là, tous dégustent un verre de thé à la menthe. Et qui voudra, dans une ambiance illuminée, au parfum d?une braise sans cesse alimentée, se délectera de sa Shisha. Plongé instantanément dans un bien-être que seule lui procure sa pipe à l?eau, et que lui seul saurait dire, mais que trahit son ?il à demi fermé.
Un flûtiste offre, pour quelques Livres égyptiennes ? du moins l?espère-t-il ? ses phrases musicales que le brouhaha ambiant recouvre. Quand ce n?est par un bruyant marchandage voisin, à qui obtiendra pour le meilleur des prix l?objet convoité. Le vendeur risquant de le faire flamber au briquet, pour preuve de la qualité de son cuir. Une page grouillante des mille et une nuits.
Khan El-Khalili de jour présente davantage la structure de ses magnifiques mosquées. Alors que d?autres monuments captent aussi l??il. Ces habitations fragilisées d?où suinte l?Histoire. Et dont on craint qu?elles ne disparaissent. Emportant avec elles un peu de l?âme de ce peuple. Mais ce jeune homme, qui de loin a suivi l?intérêt porté à son héritage, s?empresse, dans un geste gratuit, d?informer l?esprit curieux. Et l?on apprend que l?Unesco les a décrétées ?patrimoine mondial?. Elles seront, ? certaines le sont déjà ? restaurées. Celles-là servent aux concerts ou encore comme centre technologique où les jeunes sont initiés à l?informatique.
Cependant, c?est le bazar qui donne le ton à ce lieu. Alignées, prodigieusement accoudées, des échoppes ouvertes par dizaines, de toutes dimensions, offrent de tout : des tapis aux pyramides-souvenirs, des écharpes aux gobelets en porcelaine, des bijoux d?or et d?argent aux lustres de verre gigantesques, des lampions au papyrus? Khan El-Khalili remue et traîne ses clameurs au-delà de minuit. Son contenu et son faciès en font La Caverne d?Ali Baba. Sans connotation péjorative.
?Khan El-Khalili remue et traîne ses clameurs au-dela de minuit. Son contenu et son faciès en font La Caverne d?Ali Baba. Sans connotation péjorative.?
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