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Le cache-cache de la survie

4 avril 2004, 20:00

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POUR VIVRE heureux vivons couchés prêche sans vergogne le débauché. Plus sage, l?homme prudent dit plutôt : vivons cachés. Dans le monde animal la discrétion s?applique particulièrement à des chairs tentantes ou susceptibles de tomber sous une dent carnassière.

Se cacher ne veut pas toujours dire se terrer, et l?ami de la nature admire de nombreuses silhouettes si bien déguisées qu?on les prendrait pour feuilles ou branches n?excitant aucun appétit. Tel est le phasme dit ?bébét la pail? ou plusieurs de ses proches ressemblant à des feuilles au point d?avoir sur les ailes des simulations de nervures proéminentes. Le camouflage fait aussi se confondre l?animal déguisé avec les objets du milieu. Par exemple, le crabe corail ressemble, comme son nom l?indique, à une pièce détachée du récif.

Un autre style est d?adopter les variations de coloration d?un tronc. Nous avons eu l?occasion de voir sur un manguier une phalène dissimulée à tel point sur les lichens de l?écorce que l?on ne distinguait pas l?insecte immobile, ailes étalées.

Au lieu de se cacher des victimes potentielles absorbent un poison qui ne leur est pas nocif mais dégoûte un agresseur. Parmi les meilleurs exemples, figure un beau papillon du genre ?danaus? dit petit monarque. Sa chenille vit sur une plante, le fanor, appartenant à la famille du laurier rose. Elle stocke le suc vénéneux de sa nourriture et l?adulte en hérite. Il clame ce fait par ses couleurs qui crient ?touche seulement avec les yeux?. Un oiseau apprend vite à le respecter. Mais les voies détournées de la nature s?exerçant au cours des âges ont donné à la femelle d?un autre papillon tout à fait inoffensif la même coloration que le monarque. La belle jouit donc d?une protection empruntée. Ses armes de dissuasion sont évidemment plus faibles que celles du modèle car autrement la ruse aurait perdu de son efficacité. Le mâle en revanche n?a pas cette coloration et ses teintes sombres l?annoncent bon gibier. Après tout, à quoi sert-il une fois sa contribution de quelques instants accomplie ?

Un style plus actif est celui du diodon dit ?boultang ? qui se gonfle en cas de danger. La boule hérissée de piquants ne pique guère la curiosité des poissons carnassiers et décourage même des squales.

La fuite est aussi une façon de ne pas contribuer à un déjeuner. Elle est choisie même par des braves. ?He who fights and runs one day lives to fight another day.? Hélas la simple course est futile quand le poursuivant est un requin rapide. C?est pourquoi la nature a inventé l?écran de fumée que les marines militaires ont redécouvert au cours de la Première Guerre mondiale. Seiches et calmars émettent un jet d?encre lors de la fuite. En s?étalant il ressemble un peu aux lignes de l?animal lui-même et fait donc double emploi : masque et leurre.

Un rôle additionnel est joué par une émission semblable issue de mollusques marins collectivement baptisés ?bébét di vin? vu la couleur violette du liquide. Le prédateur qui les rencontre ne peut dire qu?importe le vin pourvu qu?on ait l?ivresse car cet extrait au lieu d?effets euphoriques paralyse au contraire ses sens. Dans un ordre d?idées assez proche, une holothurie enfouie dans le sable rejette une collection de fils gluants dans lesquels s?empêtre un gourmand la désirant. Selon des voyageurs, des gamins de divers cieux tropicaux s?enduisent les pieds de cette glu puis dansent sur le sable qui, s?y collant, leur donne temporairement une sorte de chaussure. Et enfin au lieu d?une dépense d?énergie pour une défense, d?autres victimes potentielles jouent tout simplement aux morts. Le grand classique de cette mode est l?opossum au point qu?une expression courante ?playing ?possum? veut dire ?faire le mort?.

Toutes ces astuces sont privilèges de bestioles ne connaissant pas le plaisir d?un chez soi, d?un ?home sweet home? comme chanté par Deanna Durbin, héroïne d?il y a bien des années. La petite maison, au lieu d?être dans la prairie comme celle du film, est souvent sous terre. Mais il y en a aussi au-dessus. Les habitués du bord de mer connaissent ces vers marins vivant en tubes de sable ou de vase. Plus solides sont les tubes des polypes coralligènes construisant les récifs.

Sur terre des mollusques comme les escargots transportent leur maison dans laquelle ils se retirent en cas de danger. Mais un animal terrestre comme l?argyronète, (nom signifiant : filet argenté) choisit l?eau comme lieu de refuge. Cette araignée tisse sa toile en tente imperméable sous l?eau et prend la précaution de la remplir de bulles d?air qui donnent un look argenté à cet ensemble.

Qui dit mieux ? Eh bien ce sont des espèces qui ont trouvé comme abri des êtres vivants ! Ainsi le poisson clown vit entre les tentacules d?une actinie tandis que le fierasfer, moins délicat que le fier Sicambre, se réfugie dans l?intestin d?une holothurie !

?La chenille du papillon ?danaus? vit sur le fanor, plante de la famille du laurier rose. Elle stocke le suc vénéneux de sa nourriture dont hérite l?adulte. Il clame ce fait par ses couleurs qui crient ?touche seulement avec les yeux?.

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