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Le boni, un gaspillage ?
Fin décembre, l?employé est gâté. Il touche deux mois de salaire. Vive les dépenses festives ! Nourriture et cadeaux consomment une grande part de ce boni. Une large tranche repart donc à l?étranger sous forme de facture réglant les importations.
Le paiement du 13e mois est obligatoire par loi. Selon la Mauritius Employers? Federation, le secteur privé verse entre Rs 2,5 et 3 milliards à ses employés alors que l?Etat paye quelque Rs 950 millions. ?La culture du boni de fin d?année est ancrée dans les m?urs de l?employé mauricien?, explique l?économiste Pierre Dinan. Sur le plan mondial, le boni accordé à un employé est indexé sur la performance de son entreprise. Dans le contexte global de la compétitivité et de la productivité, le montant est lié à la croissance.
Avec les festivités à grands frais, la tendance est d?oublier les réalités économiques du pays. Le déficit commercial, différence entre les exportations et les importations, a atteint un seuil record de Rs 33 milliards fin septembre 2005, soit une hausse de 53 % par rapport à la période correspondante l?année écoulée. Un écart considérable qui s?explique, entre autres, par la chute des exportations textile. Avec ces dépenses catalysées par le boni le déficit se creuserait davantage.
?Le boni de fin d?année est une charge financière dont on aurait pu se passer du point de vue strictement économique. Il augmente les coûts d?opération. Cette loi impose un paiement que certaines entreprises peuvent payer et d?autres pas du tout?, commente Pierre Dinan.
Une analyse qui rejoint celle de Gérard Garrioch, président de la MEF et directeur général de Cernol. Certes, dès janvier, l?entreprise inscrit cette charge dans ses comptes. Qu?est-ce qui se passe, en fin d?année, quand la compagnie n?est pas en mesure de dégager cette somme d?argent ? ?Il y doit y avoir de la flexibilité. Dans un tel cas de figure, l?entreprise devrait être en mesure de négocier avec ses employés, les syndicats et les autorités concernées pour un paiement différé?, fait-il ressortir.
?Tombé dans un piège?
Sur le plan social, Pierre Dinan estime l?employé en ressort perdant. Au recrutement, l?employeur tient compte du salaire dans ses calculs.A défaut de payer, par exemple, Rs 156 000 sur 12 mois, il divise ce montant par 13. Du coup, le travailleur se retrouve avec des rémunérations mensuelles inférieures, de même qu?une contribution révisée à la baisse au fonds de pension.
Un enseignant dans une institution secondaire de l?Etat, interrogé pendant qu?il faisait son shopping de fin d?année, estime que ?le gouvernement est tombé dans un piège. Le pays ne peut se permettre de telles charges vu l?état de notre économie. Le boni encourage les Mauriciens à dépenser pour des choses qui peuvent être inutiles?. (Voir micro-trottoir sur les dépenses de fin d?année).
Ce boni de fin d?année augmente le flux d?argent dans le circuit. La Banque de Maurice note une hausse dans la circulation de la masse monétaire. En décembre 2004, elle a été de Rs 14,3 milliards, contre Rs 12,1 le mois précédent. Or, souligne Pierre Dinan, 80 % des dépenses se font dans les produits importés. De fait, c?est un pourcentage identique du 13e mois qui quitterait les caisses mauriciennes en devises pour payer ces importations.
Les commerces se frottent les mains en cette période. Car plus d?argent amplifie les achats. La totalité de ce boni, fait ressortir Eric Ng Ping Chuen, directeur de la société Pluri Conseil, intervient fin décembre en prélude aux fêtes, et début janvier pour les frais scolaires.
MICRO-TROTTOIR
Une personne sur deux le juge inutile
Faut-il un treizième mois ? face à cette question, les avis sont partagés. Une frange avance que l?argent permettrait de concrétiser des projets, en sus des cadeaux. Et une personne sur deux, interviewée à ce sujet, s?interroge sur le bien-fondé de cette rétribution additionnelle, avec le pays passant par une période de crise.
Employé dans une municipalité, cet officier de 33 ans, qui souhaite garder l?anonymat, affirme dépenser avec parcimonie car il est issu de la classe moyenne. Il estime que les frais pourrait avoir un effet néfaste pour l?économie car ?le pays passe par des moments durs?. De fait, ce treizième mois, ?ne servira à rien?. Tout en reconnaissant que son boni lui permettrait d?économiser encore plus, cette chargée de cours à l?université est catégorique. ?Je peux me débrouiller sans cet argent. L?Etat devrait économiser?. Un argument que reprend un jeune employé de la Hongkong & Shanghai Bank, qui souligne que l?économie n?est pas ?dans la bonne direction?.
Pour d?autres, à l?instar de ce professeur dans un établissement privé, le treizième mois est devenu un droit acquis, bien que ce soit là une ?mauvaise initiative?. Son abolition entraînerait, selon lui, une longue bagarre entre le gouvernement et les syndicats.
Au-delà de ces craintes pour la santé économique, le Mauricien casque encore dans les magasins. ?J?ai dépensé Rs 4 500 en parfums pour les remettre en cadeau à mes proches?, confie Pierre Guilliano, 36 ans, chauffeur dans une entreprise de la capitale sans compter cette bicyclette tant désirée par son fils unique.
Les enfants, en effet, sont gâtés. Les jeunes mères en font les frais. A l?instar d?Emma, 29 ans, qui achètera pleins de jouets pour sa fille de sept mois, et Marie-Christine qui débourse Rs 4 000 pour un siège-auto pour son nouveau-né.
Le boni permettra à cet employé d?usine, 28 ans, de payer ses employés de maison. ?J?ai davantage d?argent pour acheter des cadeaux pour mes proches. Je suis très content de ce que le gouvernement nous offre.?
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