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Le bonheur après 15 ans

18 mars 2008, 00:00

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Vedanand et Simla Mootanah sont toujours émus. Ils ne parlent pas beaucoup. Difficile de détacher leurs yeux des deux petits bouts de chou que Simla a mis au monde le 16 février. Krishiraj et Krishirao pesaient 2,3 et 2,7 kg à la naissance. «Ils sont nés à terme en parfaite santé», raconte Simla. Marquant par là les dix ans des bébés-éprouvette totalement conçus à Maurice. Un bébé-éprouvette est un enfant qui est le fruit d?une grossesse obtenue par implantation dans l?utérus maternel d?un ovule fécondé in vitro, c?est-à-dire en dehors de l?organisme. Par exemple dans des tubes, des éprouvettes?

Ne pas pouvoir procréer. Quelle souffrance ! Quelle honte souvent ! Simla Pillymootanah et son époux Vedanand sont passés par à peu près tout cela. Ces années sont pénibles pour ces deux conjoints qui viennent tous deux d?une famille nombreuse ; trois frères et six s?urs pour Vedanand, trois frères pour Simla. Mais, pour ne pas corser les choses, heureusement, toute la famille se montre compréhensive.

Vedanand avait 24 ans quand il s?est marié à Simla en 1992. Elle avait alors 19 ans. Les deux tourtereaux s?imaginent avec un premier bébé au plus tard l?année suivant leur mariage. Ce ne sera pas le cas. Cinq années plus tard, ce n?est toujours pas le cas. C?est l?heure de la lente et pénible réalisation.

Même la maman de Simla, Lutchmee Nursee, commence à avoir des craintes. «J?avais tout le temps pensé que Simla allait tomber enceinte un peu tard, comme c?était le cas pour moi. Ce n?est qu?après quatre ans de mariage que j?ai eu mon premier enfant.» Mais, l?histoire sera bien différente pour sa fille. Le couple commence à frapper à la porte de plusieurs médecins du public et du privé.

Au début, ils ne se prennent pas trop la tête. Ils ont la foi. Pendant toutes ces années, Simla se lève à cinq heures du matin pour prier devant le Kalimaye de Boulet-Rouge à Flacq. Mais trop, c?est trop. Vedanand se décourage, se résigne. Parce qu?il sait que le temps fait son ?uvre ; il passe. Et en même temps, les chances pour Simla de concevoir. Il avoue qu?entre Simla et lui, c?est elle qui a été la plus forte. C?est elle qui n?a presque jamais perdu espoir.

Presque. Pendant un an, le couple arrête tout. Les visites mensuelles chez le médecin, les inlassables traitements, les piqûres qui font grossir Simla?

<I>«Pensant qu?elle va avoir une fille et un garçon comme la majorité des autres patientes de la clinique, Simla achète du bleu et du rose.»</I>

Un an après, ils voient une publicité dans le journal sur un centre de fertilité. Ils veulent retenter l?aventure. Ils débarquent à la Clinique du St-Esprit à Quatre-Bornes. Le cas de Simla fait partie des cas difficiles. La fécondation in vitro (FIV) est immédiatement prescrite. La FIV reste la technique à appliquer afin de donner la possibilité à un couple infertile d?avoir un enfant alors que toutes les autres méthodes ont échoué.

Trois embryons sont implantés dans son utérus. Simla, qui un mois avant, ne s?imaginait pas qu?elle pourrait un jour concevoir, apprend qu?elle est enceinte? de jumeaux. C?est le double bonheur. Pensant qu?elle va avoir une fille et un garçon comme la majorité des autres patientes de la clinique, elle achète du bleu et du rose.

Mais son sang ne fait qu?un tour quand, après trois mois de grossesse, elle a des saignements. Sur les quelque 37 % de grossesses après une FIV, il y a 25 % de pertes. Les statistiques ne sont pas en faveur de Simla. «Il y a certains qui réussissent, d?autres pas. Ce n?est pas garanti à 100 %. Si reste reste, sinon tanpi », se dit-elle courageusement. À la clinique, on lui attache le col. Pendant trois mois, elle doit rester alitée. Mais au bout de neuf mois, par césarienne, naissent deux beaux garçons.

Le couple Pillymootanah ne regrette pas de ne pas avoir essayé ce traitement plus tôt. «On se dit que c?était notre destin. C?était le chemin à parcourir.» Envisagent-ils d?autres enfants après ce succès ? «Non. Ce sera difficile pour nous d?élever plus de deux enfants. De plus, ces deux-là nous suffisent. C?est déjà un miracle. On n?en demande pas plus.»

À cause de cette joie qui lui a été refusée pendant 15 longues années, oublie-t-on presque comment jouer le rôle de mère ? «Non. Ça fait longtemps que j?attends. Je me suis toujours préparée.» Simla, 34 ans maintenant, est un peu timide, un peu incertaine, mais très heureuse.

La procréation médicalement assistée a fait ses preuves pour Simla et devrait permettre à de nombreux couples de vaincre leur infertilité. «Mais il faut s?armer de courage, de patience et de foi. Le jeu en vaut la chandelle !» assure le couple.

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