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Le bâtiment dans tous ses états

26 octobre 2007, 00:00

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Le gymnase du collège Droopnath Ramphul a été fermé sur l?ordre des ingénieurs de l?Etat. Les fissures apparues en plusieurs endroits en faisaient un danger public. Idem pour le bâtiment abritant l?Imprimerie du gouvernement, vieux d?une dizaine d?années seulement...

La liste est longue. Outre les bâtiment de la National Housing Development Company où certains ingénieurs prédisent une catastrophe, citons ces trois collèges d?Etat : Bambous, Souillac et Dunputh Lallah. L?Etat devra débourser plus de Rs 100 millions en réparations. Cela, en raison des fissures apparues dans les structures de ces établissements. La présence de ces fissures devient de plus en plus une réalité. Nul n?est épargné. Au point où certains évitent le béton prémélangé commercialisé par les grandes compagnies.

?J?ai préféré avoir affaire à un petit entrepreneur qui coule la dalle avec les moyens traditionnels ? petite bétonneuse, pelle, brouette et ?balti?. Les dalles qu?il a coulées pour mes parents et mes proches dans le passé sont fiables, alors que celles coulées plus récemment dans le quartier se sont fissurées et les toits coulent comme des passoires !? C?est le discours que tient Megom. Sa maison, il l?a construite tout seul, avec l?aide de ses fils. Et il regrette l?époque où parents et amis se retrouvaient pour couler la dalle. Cela se faisait en une demi?journée. Aujourd?hui, cela n?est plus possible. D?où, inévitablement, le recours à des entrepreneurs.

Les ingénieurs ne sont pas insensibles à ce nouveau phénomène de fissures et de lézardes prématurées dans les maisons en béton. Un ingénieur de l?Etat nous confirmera la chose. Il nous parlera du dosage des produits chimiques dans le béton. ?Megon a probablement raison. Voilà des années que j?étudie ce problème. Je crois que le dosage du béton et des adjuvants chimiques que les compagnies utilisent, notamment le retardateur ? qui empêche le béton de sécher dans les camions toupille et les réducteurs d?eau (qui rend le béton plus malléable pour être pompé), sont responsables des nos maux. On a déjà eu un cas où le béton n?avait pas pris plus de 20 jours après avoir été coulé. L?entrepreneur a accepté sa faute et a fait laver tout ce béton à coup de jet d?eau haute pression.?

Si certains, comme cet ingénieur, montrent du doigt la qualité du béton utilisé ces derniers temps, d?autres évitent de se prononcer en l?absence d?études poussées. ? Il y a plusieurs autres paramètres à prendre en considération. Notamment le design, le ferraillage, la façon dont le béton a été coulé, son entretien après qu?il l?ait été. C?est-à-dire pendant le séchage et l?évaporation de l?eau?, explique le Dr Kishore Baguant (voir encadré).

Les ingénieurs s?occupent généralement du design, de la pose du béton, et de son entretien pendant le séchage. Dans le cas du gymnase du collège Droopnath Ramphul, l?ingénieur-conseil responsable du design, Servansingh-Jadav, n?est pas tendre envers les ingénieurs du gouvernement. Il les accuse notamment d?avoir fait fermer ce gymnase sur un coup de tête. ?La fermeture est le résultat d?une over-reaction?, déclare?t?il. ?Je suis allé constater sur place ces fissures. Elles ne sont pas importantes. Il n?y avait aucune raison de fermer ce gymnase. Je vais protester !?

<B>Réparations </B>

Toutefois, Raj Servansingh ne s?explique pas le pourquoi de ses fissures. Il affirme cependant que l?entretien est primordial pour tout bâtiment en béton. Autrement, des fissures risquent d?apparaître. Il nous citera le cas de plusieurs collèges construits par le gouvernement, il y a de cela une quinzaine d?années, qui ont nécessité, ou qui nécessiteront sous peu, des réparations. L?ingénieur-conseil ne néglige pas d?autres facteurs dont , entre autres, le ferraillage. Evoquant là, le problème d?enrobage. Pour lequel l?Europe a imposé des normes strictes selon les régions et le type de bâtiment.

?Il se peut qu?on ait un problème d?enrobage. La couche de béton ne protège plus les fers contre la rouille. Et quand le ferraillage rouille, il se gonfle et lézarde le béton. Ce sont les fissures qui apparaissent.?

L?ingénieur-conseil soulève, par ailleurs, un problème de contrôle sur le chantier. Selon lui, les entrepreneurs fournissent des échantillons respectant les normes. Mais hors de la présence des quantity surveyors, ils utiliseraint des produits différents. Quoi qu?il en soit, le pourquoi des fissures dans des bâtiments relativement neufs, ne s?explique toujours pas avec certitude. Les ingénieurs demandent une étude poussée sur la question. Il est temps d?y remédier. D?autant plus que les réparations se conjuguent en millions de roupies....

<B> Le béton armé en question</B>

■ Le béton et l?acier sont toujours mélangés afin que les ouvrages puissent supporter des charges plus importantes et ainsi résister aux efforts variés. Les bétons simples, sans acier, résistent très bien à la compression mais très mal aux efforts de traction, pas élastiques. L?acier, quant à lui, est très souple et résiste aux efforts d?extension.

Le béton supporte la compression. Il y a compression sur la partie supérieure d?une poutre quand la dalle de la toiture se pose sur elle. Mais il y aura une traction extension sous sa partie inférieure. Or la faiblesse du béton réside dans son incapacité à résister à cela. Le ferraillage prend là son importance, l?acier résistant aux efforts de traction extension. Cette association permet donc de limiter les déformations des ouvrages? mais à la condition que le béton adhère parfaitement au ferraillage.

Il y a donc une association béton - acier ayant le même taux de dilatation, basé sur leur possibilité d?adhérence (le moyen de transfert entre les deux). Pour que l?association soit parfaite, elle doit toujours être soignée, ainsi que l?enrobage des armatures dans le moule. Un acier à relief peut aider à la renforcer.

Dans une construction, il y a plusieurs contraintes, notamment le bon positionnement et l?adhérence parfaite du ferraillage qui résorbe les efforts de traction, de flexion. Sans ces deux conditions, le béton se déformerait (fissures importantes) et se briserait. Il existe tout de même des fissures n?excédant pas 1/10 mm dans les zones tendues. Celles-ci ne sont pas nuisibles tant qu?elles ne dépassent pas cette épaisseur de 1/10 mm.

Dans le cas du gymnase du collège Droopnath Ramphul, les ingénieurs consultants Servansingh-Jadav mettent en question l?épaisseur du béton utilisé jusqu?ici à Maurice. Elle est primordiale dans la qualité du béton et son non-respect entraîne des fissures. L?épaisseur est, en fait, la distance entre les aciers et les parois coffrantes, mais également la distance entre les barres. Les normes européennes imposent un enrobage de deux cm en milieu sain exposé aux intempéries et aux condensations. Il peut être moins important dans les locaux couverts non-exposés, mais il sera de trois cm en milieu urbain, et de quatre cm au bord de la mer préconisent les normes européennes.

Questions au ...

<B>Dr Kishore Baguant, ingenieur spécialiste en béton, universite de Maurice</B>

<B>?La discipline et le respect des normes sont primordiaux dans la confection et la pose du béton?</B>

● <B> Un bâtiment en béton ayant pris feu peut-il être réutilisé après réparation ? </B>

Tout dépend du type de bâtiment, du type d?incendie, de la structure du bâtiment, de l?intensité de l?incendie etc. Certains peuvent être utilisés après des réparations. Dans d?autres cas, il est plus profitable de le démolir et d?en construire un autre. Le bâtiment a généralement deux types de structures. L?ossature, c?est à dire les poutres, les poteaux, les fondations. Une deuxième structure : les murs, les partitions etc., qui comblent l?ossature, le squelette. Elle prend les charges, le poids, bien que souvent, les murs assument cette fonction. Murs et poutres vont alors de pair.

Après un incendie, les experts examinent de près cette ossature pour connaître le degré de dégradation et les réparations nécessaires afin que le bâtiment puisse être réutilisé. Celui d?Harel Mallac a été réhabilité après l?incendie et tient toujours.

● <B>Des bâtiments en béton, vieux de seulement dix ans, se fissurent, aujourd?hui, dangereusement? Idéalement, quelle serait la durée de vie d?un bâtiment en béton ? </B>

Un ingénieur conçoit un bâtiment en béton pour qu?il dure 60 ans. Dépassé cette date, on considère qu?il a fait son temps. Ce qui ne veut pas dire qu?après 60 ans, il n?est plus en état. Certains de ces bâtiments ont plus de 100 ans. Le béton est un matériau composé. Il comprend le ciment, des agrégats ? sable et cailloux (macadams), le ciment, l?eau et parfois des adjuvants chimiques. Il y en a toute une gamme, les plus utilisés à Maurice étant les réducteurs d?eau et les retardateurs.

Quand on parle de durée de vie d?un bâtiment, de sa pérennité, on doit prendre en considération un des paradoxes du béton : il a besoin d?eau. Mais elle réduit sa force si elle est utilisée en excès. Par ailleurs, si elle s?évapore trop vite d?un béton fraîchement coulé, il va rapidement se fissurer. En mettant trop d?eau, le béton sera affaibli. La discipline et le respect des normes sont primordiaux dans la confection et la pose du béton. La bonne pratique et les normes doivent être respectées?

● <B> Qui décide et qui impose ces normes à Maurice ?

Elles sont acceptées par des professionnels du béton à travers le monde. Nous utilisons, à Maurice, les normes européennes.

● <B> Quelle est la réaction de l?ingénieur devant tant de bâtiments neufs qui se fissurent ? </B>

Outre s?interroger, examiner la question, analyser tous les entrants dans la composition du béton, il faut voir si tous les composants, y compris l?eau utilisée, respectent les normes. Une eau contaminée par l?eau de mer par exemple, peut donner lieu à des catastrophes.

Il est vrai qu?à chaque fois qu?il y a des problèmes de fissures dans les bâtiments, le béton est montré du doigt. Or, ce n?est pas la seule cause. D?autres facteurs rentrent en jeu, dont, entre autres le design et la supervision des travaux etc. ?

Le béton pourrait poser problème s?il est mal coulé ou s?il n?est pas séché selon des principes établis. Les normes sont des guides génériques. Il est du devoir de l?ingénieur de les ajuster par rapport aux exigences du terrain.

● <B> Le béton des petits entrepreneurs serait, à ce qu?il paraît, beaucoup plus fiable en termes de fissures et d?imperméabilité, que le béton prémélangé des grosses compagnies? Qu?en pensez-vous ? </B>

Le béton n?est pas un matériau imperméable. Il faudrait pour cela, y ajouter un adjuvant chimique. Cela dit, le béton du petit entrepreneur en bâtiment, le contracteur, prend du temps pour être coulé. Une demi-journée ou une journée. Ce laps de temps est ramené à une demi-heure pour le béton industriel. Il se fissure donc moins facilement que celui qui est coulé très vite. Mais le contracteur utilise plus de ciment, d?agrégats et souvent plus d?eau. Un plus que le client doit payer. Plus d?eau signifie également un béton affaibli.

● <B> Economiser toute une vie et contracter des prêts pour se construire une maison, au risque qu?elle soit inutilisable après dix ans? Triste cas de figure pour l?individu?

Il doit louer les services d?un ingénieur qui vérifiera tout le design, qui suivra et supervisera la construction ainsi que la qualité du béton et des fers utilisés..

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